Arthur Rimbaud à Alost / Aalst
en octobre 1870

 

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

Poème Sensation de mars 1870

 

 

But de notre vagabondage

 

Démontrer que Ma Bohème, l’un des poèmes les plus connus d’Arthur Rimbaud, a été écrit en octobre 1870 à Alost – Aalst.

 

la Place Ducale de Charleville en 1860         la Grand’place d’Alost en 1860

https://sites.google.com/view/soulme/trouvailles/1870-arthur-rimbaud-passe-%C3%A0-soulme

https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/41198#0

 

 

Charleville Mézières : au centre, la maison où la famille Rimbaud
a vécu, au premier étage, de 1869 à 1875,
sur les quais de la Meuse, aujourd’hui le 7 quai Arthur Rimbaud.
En 1869, Arthur Rimbaud a 15 ans,
https://maisons-ecrivains.fr/category/rimbaud-arthur/

 

 

 

Itinéraire de notre cheminement

 

Seuls seront pris en compte le texte de Georges Izambard de 1911 (avec les précautions d’usage pour un texte écrit 40 ans après les faits rapportés), les manuscrits des poèmes recopiés par Rimbaud lui-même (avec la même attitude prudente pour des ajouts de date) et le plus important, le texte même du sonnet Ma Bohème.

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
― Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
― Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

 


Autoportrait de Rimbaud dans une lettre
adressée à Ernest Delahaye en 1873

 

 

En octobre 1869, Arthur Rimbaud, né le 20 octobre 1854, est admis en classe de rhétorique (première, option littéraire) au collège de Charleville. En janvier 1870, un nouveau professeur de lettres de vingt-deux ans, Georges Izambard, est chargé de cette classe. Arthur trouve en lui un adulte compréhensif qui lui fait découvrir des écrivains, des philosophes et les poètes parnassiens contemporains, et à qui il ose montrer les vers qu’il écrit.

 

    Georges Izambard en 1870      Arthur Rimbaud à 16 ans en 1870    

1- Cliché attribué à Louis Eugène Vassogne, photographe à Charleville.

2- Photo-carte de visite retirage d’Étienne Carjat d'après un cliché peut-être pris à Charleville.

 

Lors de ses deux fugues de 1870, celle de septembre qui se termine à la prison de Mazas à Paris et celle d’octobre, Rimbaud se réfugie à Douai, chez les sœurs Gindre, la famille adoptive d’Izambard. En 1911, Izambard publie des lettres retrouvées de Rimbaud où il rapporte son itinéraire à la recherche du jeune fugueur à la demande de sa mère.

Quand je rentre à Charleville, le 8 octobre, on me remet un mot apporté par Mme Rimbaud, qui m'a cherché chez moi, chez Deverrière, à la pension où je prenais mes repas. Elle m'annonce que son fils est encore par voies et par chemins […] Arthur est reparti de la veille.

(Georges Izambard, À Douai et à Charleville. Lettres et écrits inédits de Rimbaud, Kra, 1927. Et Rimbaud tel que je l'ai connu, Le Mercure de France, 1947.)

7 octobre 1870.
Au début du mois d'octobre 1870, Paris est en état de siège. Le 7 octobre, Arthur Rimbaud fugue pour la deuxième fois, pour se rendre à Bruxelles où il espère retrouver son professeur Georges Izambard. Il prend le train de Charleville à Fumay où il arrive vers 5 heures du soir. Pendant son trajet, il semble composer son poème Rêve pour l'hiver qu'il annote avec l'inscription "En wagon, le 7 octobre 70 ".

 

L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée…
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…

Et tu me diras :  « Cherche !  » en inclinant la tête,
– Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
– Qui voyage beaucoup…

 

Au café, rue de l'Hobette, en bord de Meuse, il est accueilli par son camarade de classe Léon Billuart. Il dîne et passe la nuit rue de l'Hobette.

8 octobre 1870.
Il s'invite chez Billuard et y découvre Le Buffet, imposant meuble gardé par la famille de son ami. Billuard lui prépare un billet de recommandation pour son cousin, sergent de mobile à Givet.

 

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

– Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

 

9 octobre 1870.
Arthur quitte Fumay vers 11 heures avec un peu d'argent et un chocolat. Il s'arrête à Vireux pour rendre visite à son camarade Arthur Binard qui lui offre un repas.

 

7
La Meuse

 

Vireux

 

Il prend ensuite la direction de Givet, située à une dizaine de kilomètres, et, dans la forteresse qui surplombe la ville, essaye de trouver en vain le cousin de Billuart. Il passe la nuit dans la chambre de ce militaire absent et oublie la lettre de recommandation de son ami Billuard.


Givet : la dernière ville sur la Meuse avant la Belgique.

 

10 octobre 1870
Il quitte Givet à pied pour passer la frontière en évitant les douaniers et prend la direction de Charleroi où il espère trouver un emploi au Journal de Charleroi comme rédacteur par Louis des Essarts, propriétaire du journal.
(Louis Xavier Bufquin des Essarts, français exilé, dont le fils Jules, élève au collège de Charleville de 1864 à 1867, a dû connaitre Rimbaud).


Charleroi – Place Verte

 

Après 10 heures de marche et avoir parcouru près de 50 km à pied, Rimbaud arrive à Charleroi en fin d'après-midi et, vers cinq heures du soir, compose Au Cabaret-Vert, établissement situé près de la gare de Charleroi, où il s'arrête probablement pour manger et se reposer un peu.

 

Au Cabaret Vert, cinq heures du soir 

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
– Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

– Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! –
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

 

En réalité, ce café-restaurant se nommait À la Maison Verte. Pensant à la « Caige-Vert » du Grand Testament (CX) de François Villon, Rimbaud préfère le mot « cabaret ». En mai 1872, il écrit Comédie de la Soif où se trouvent ces vers dans Le pauvre songe : Et si je redeviens / Le voyageur ancien, /Jamais l'auberge verte /Ne peut bien m'être ouverte.

 

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https://www.charleroi-decouverte.be/pages/index.php?id=487

 

https://autourducabaretvert.wordpress.com/rimbaud-a-charleroi/ et les autres pages du blog.

Robert Goffin, Sur les traces d’Arthur Rimbaud, Le Sagittaire, 1934.

Pierre Stéphany, La Belgique en cent coups d'œil, éd. Racine, date, p. 105-108.

Maurice Culot et Lola Pirlet, Charleroi : d’Arthur Rimbaud à Jean Nouvel : 150 ans d’imaginaire urbain, AAM, 2015.

La Bibliothèque municipale (locale-pivot) de Charleroi porte le nom d’Arthur Rimbaud.

 

11 octobre 1870.
Après avoir probablement passé la nuit dehors, Arthur Rimbaud prend la direction de Bruxelles, toujours à pieds. Comme d'habitude, c'est une étape d'une cinquantaine de kilomètres en 11 heures de marche environ. Cette marche lui inspire un poème qui deviendra lui aussi célèbre.

12 octobre 1870.
Dans la capitale belge, Arthur Rimbaud se présente chez Paul Durand, un ami de son professeur Izambart. Il est logé pendant deux jours et habillé de neuf.

14 octobre 1870.
Il part pour Douai, chez les sœurs Gindre, où il a logé quelques mois plus tôt. Sur la route, il compose plusieurs poèmes, écrits au crayon. A Douai, il les recopiera à l'encre et y ajoutera quelques dates. Sur place, il fêtera aussi son 16e anniversaire.
Le 27 octobre, la ville de Metz capitule devant la pression de l'armée prussienne.

1er et 2 novembre 1870.
Après avoir été retrouvé par son professeur Izambart, originaire de Douai, délégué par Vitalie Rimbaud, la mère d'Arthur, il quitte cet endroit le 1er novembre et arrive à Charleville le lendemain.

 

 

Les souvenirs de Georges Izambard

 

En 1911, Georges Izambard, son professeur de rhétorique au collège de Charleville, devenu un confident et un ami, publie des lettres retrouvées de Rimbaud où il rapporte son itinéraire à la recherche du jeune fugueur à la demande de sa mère.

 « Quand je rentre à Charleville, le 8 octobre [correction manuscrite. Le texte édité porte : « vers le 8 octobre environ »], on me remet un mot apporté par Mme Rimbaud, qui m'a cherché chez moi, chez Deverrière, à la pension où je prenais mes repas. Elle m'annonce que son fils est encore par voies et par chemins [...] Arthur est reparti de la veille. »

 

Vitalie Rimbaud, née Marie Catherine Vitalie Cuif (1825-1907),
mère de Jean Nicolas Frédéric, Jean Nicolas Arthur,
Jeanne Rosalie Vitalie et Frédérique Marie Isabelle

 

Georges Izambard se rend d’abord à Fumay, puis à Vireux avant de gagner Charleroi où il rencontre Louis des Essarts :

Le directeur, très accueillant, un peu solennel peut-être, m'explique que le jeune homme (je n'ai pas remarqué s'il prononçait june homme, Rimbaud le dit) lui a fait très bonne impression tout d'abord et fut invité à dîner en famille ; mais qu'au dessert le néophyte, voulant montrer sans doute sa connaissance des hommes, et des hommes politiques en particulier, s'est mis à qualifier ceux-ci, à droite et à gauche — à droite surtout — de pignoufs : ce pignouf de X, ce sauteur de Y, ce maringouin de Z. « Et alors ? — Alors, dame, j'ai décliné ses offres de collaboration et il s'en est allé. — Où cela ? — Il n'a pas jugé bon de me le dire. »

Où dort-il après avoir été éconduit ? Dans une lettre, écrite de Charleroi le 8 à son ami Billuart et aujourd’hui perdue, Rimbaud raconte :

« J’ai soupé en humant l’odeur des soupiraux d’où s’exhalaient les fumets des viandes et des volailles rôties des bonnes cuisines bourgeoises de Charleroi, puis en allant grignoter au clair de lune une tablette de chocolat fumacien. » (fumets – Fumay !)

Passe-t-il la nuit à la belle étoile ? Prend-il le train pour Bruxelles ? Parcourt-il à pied les 50 kilomètres entre Charleroi et Bruxelles ? À raison de quatre kilomètres en moyenne par heure, un adolescent de 16 ans en pleine santé, peut marcher pendant dix ou douze heures, peut-être en une nuit et un jour, avec un court repos en cours de route, si l’on veut qu’il reparte de Bruxelles avant qu’Izambard n’y arrive.

 

Bruxelles – la Bourse et le boulevard Anspach en 1890

https://belgique-insolite-et-occulte.blogspot.com/2014/07/nostalgie-vues-de-bruxelles-la-belle.html

 

La description de l’arrivée de Rimbaud à Bruxelles par Izambard permet de penser qu’il a marché :

Le pauvre enfant, ajoute Paul Durand, avait beaucoup marché, paraît-il. Il était poudreux, boueux, faux-col sale, cravate en tordion... Tu comprends, je l'ai requinqué de mon mieux. — Qui, Rimbaud ? — Oui, ton ami Rimbaud. — L'animal ! il est donc là ? — Non. On l’a logé ici deux jours, puis il a déclaré qu'il avait à faire son tour de Belgique pour son instruction, qu'il saurait bien se débrouiller. Nous l'engagions à t'attendre, puisqu'il était sûr que tu viendrais... Il a dit non... Alors, soupçonnant qu'il n'était pas argenté, je l’ai muni d'un léger viatique, bien qu’il fît quelques façons, et il a filé... mais propre, bien cravaté, tout coquet... » Pour le coup, j'éclatai de rire, je les mis au courant de l'aventure... Et je me laissai dorloter à mon tour dans cette maison amie et aimée.

Que fait Rimbaud entre son départ de Bruxelles et son arrivée à Douai ? Nul ne le sait ; Izambard n’en parle pas et ne donne aucune date pour l’arrivée chez ses « tantes », les sœurs Gindre :

Cinq ou six jours plus tard, je réintégrais Douai. Je trouve les tantes en grand émoi parce que Rimbaud est là. Il s'est présenté en disant simplement : « C'est moi, je suis revenu. » En effet, avec le viatique de Paul Durand, il a pris le train direct pour Douai. Que faire ? Le chapitrer, mais le recevoir et le faire manger. Et après ?... On va décider de cela ! Rimbaud m'apparaît, en faux-col à la mode à coins cassés, plastronné d'une cravate en soie mordorée, d'un effet aveuglant ; un vrai dandy : Paul Durand a bien fait les choses.

Un calcul approximatif donne une arrivée d’Izambard à Douai le 15 ou le 16 pour un départ de Charleville le 8. Y a-t-il contradiction entre ces deux détails qu’il donne :

« il a déclaré qu'il avait à faire son tour de Belgique pour son instruction » et « il a pris le train direct pour Douai » ?

 

Douai, Place d'Armes

 

 

Entre Bruxelles et Douai,

une étape à Alost ?

 

Entre Bruxelles et Douai, une étape à Alost ?

Il faut, ici même, sans contradiction possible, placer un passage à Alost/Aalst.

En 1870 et encore aujourd’hui, l’itinéraire par train de Bruxelles à Douai passe à Alost. La ligne 50 relie Bruxelles à Gand via Alost depuis 1856 ; la ligne 75 relie Gand à Mouscron (frontière franco-belge) depuis 1842.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Belgian_Railway_Line_50.png

Cette nécessité d’un passage à Alost-Aalst, je ne l’ai rencontrée dans aucun ouvrage sur Rimbaud car rares sont les critiques qui signalent que le train de Bruxelles à Douai passe obligatoirement par Gand, donc par Alost-Aalst.

 


http://www.garesbelges.be/aalst.htm

 

Rimbaud s’arrête-t-il à Alost pour concrétiser sa découverte de la Belgique, avant de poursuivre sur Gand ?
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Belgian_Railway_Line_50.png

 

A-t-il en vue de gagner Ostende pour s’embarquer à bord d’un bateau, à la recherche de son père, capitaine d'infanterie, qui a quitté femme et enfants en 1861. Ce père, qu’il ne reverra plus, parti quand Arthur avait environ six ans. Et qu’il paraît rechercher comme l'attraction permanente du poète pour l'Orient, qu'il appelle « la patrie primitive »
En 1864, Frédéric Rimbaud quitte l'armée pour se retirer près des racines paternelles, à Dijon. Mais Arthur ne semble pas le savoir.

Dans Les visiteurs du moi, Alain de Mijolla a tenté de montrer comment Arthur Rimbaud se serait identifié à son père qu’il a peu connu, le capitaine Frédéric Rimbaud, partant suivre les traces paternelles en Afrique. Ce père, qui avait rencontré la future madame Rimbaud alors qu’il revenait de l’armée coloniale.

(Alain de Mijolla, Les visiteurs du Moi : fantasmes d'identification, Les Belles Lettres, 1981.)

Est-il seul ? Accompagné ? A-t-il retrouvé un ami dans le train ? Sa mise de dandy lui a-t-elle permis de conquérir le cœur d’une jeune fille ? Marchant vers ses 16 ans le 20 de ce mois d’octobre, ce grand adolescent explore sa sexualité qui entraîne son corps et ses pensées vers les jeunes filles de son âge.
Ce sonnet est empreint d’érotisme, tout d’abord discret (Muse, que d'amours splendides j'ai rêvées, un doux frou-frou) et qui s’achève, sous les doigts d’un Orphée juvénile, en une extase éjaculatoire (des gouttes de rosée, un vin de vigueurje tirais les élastiques), l’expression « tirer sur l’élastique » signifiant « paresser », mais aussi « se masturber », sens que peut reprendre la fin du poème « un pied près de mon cœur ». « Prendre son pied » en pensant à sa « Muse » dont on est le « féal » est aussi une façon d’exprimer son désir d’être à la fois libre et poète, sensible au monde.

Izambard, présentant la Lettre du voyant alors inédite qu’il a retrouvée et répondant à Berrichon, écrit « … c’est deux ans plus tôt, à seize ans, que Rimbaud… Et si quelqu’un doit le savoir, je pense que c’est bien lui. » La première phrase incomplète évoque l’initiation d’Arthur à la vie sexuelle. Cette « prime amourette », l’a-t-il connue à Charleroi avec la serveuse du Cabaret-vert que l’on retrouve peut-être dans La Maline. Quelques jours plus tôt, à en croire l’annotation portée sur le manuscrit « En wagon, le 7 octobre 70 », il a écrit le sonnet Rêvé pour l’hiver qu’il dédie à « *** Elle ».

Ces poésies appartiennent au « Cahier de Douai » appelé aussi « Recueil de Douai » ou encore « Recueil Demeny » car Rimbaud a remis l’ensemble des feuilles où il a recopié vingt-deux de ses poèmes à Paul Demeny, jeune poète de 27 ans que lui a présenté Izambard. L’examen de ces pages volantes contredit le souvenir que rapporte Izambard qui doit probablement confondre ce séjour à Douai avec celui du mois précédent :

« Rimbaud, […] vivante image du fait accompli, garde son air de sérénité souriante : il ne se fait pas de bile, il est au chaud, il recopie des vers, qui ont le toupet d'être charmants. On connaît Au Cabaret vert, la Maline, le Buffet, Ma Bohème : J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal ! A la moindre rature, il recommence, et il exigede larges feuilles de papier écolier. Quand une main est noircie, il vient dire : « je n'ai plus de papier », et cela, plusieurs fois par jour. On lui remet les quelques sous nécessaires pour qu'il en aille acheter d'autres. « Ecrivez au dos », lui suggère une des tantes ; mais lui, d'un air scandalisé : « Pour l'imprimerie, on n'écrit jamais au dos. » Vous voyez bien qu'il songe à se faire imprimer. »

Le manuscrit prouve, me semble-t-il, que le sonnet a plus de chance d’avoir été recopié en chemin qu’à Douai, rue de l’Abbaye-aux-Prés, chez les sœurs Gindre.

« Des repentirs de la plume et des variantes montrent d’ailleurs que les sept manuscrits d’octobre ne sont guère soignés pour ce qui est d’envoyer le dossier à l’imprimeur. »

(David Ducoffre, La légende du « recueil Demeny », sur internet, juillet 2010.)
https://rimbaudivre.blogspot.com/2010/07/la-legende-du-recueil-demeny-en_19.html

 

 

Claude Jeancolas rapporte ainsi son examen attentif de la page manuscrite de Ma Bohème à la British Library de Londres :

 En chemin il compose sept poèmes […] Il les écrivait au crayon et les recopiait à l’encre quand il pouvait disposer d’une table. Ce n’est plus le papier de Douai, mais un papier à lettres vergé écru, de format plus petit ; l’encre est foncée, l’écriture plus irrégulière, les conditions de recopiage n’étaient peut-être pas idéales. Souvent la plume est usée, mais probablement n’en a-t-il pas d’autre. Par contre, les dates et certaines précisions de lieu sont toutes de la même plume neuve, fine. Arrivant à Douai, il les aura ajoutées, vite, avant de les porter à Demeny en une seule fois.

Demeny conserva au secret tous ces manuscrits de septembre et d’octobre qu’il ne jeta pas. Il ne les brûla pas non plus quand Rimbaud lui écrivit le 10 juin 1871 : « Brûlez, je le veux, et je crois que vous respecterez ma volonté comme celle d’un mort, brûlez tous les vers que je fus assez sot pour vous donner lors de mon séjour à Douai. » Heureusement qu’il n’en fit rien car nous n’aurions pas su qu’Arthur Rimbaud s’en vint à Aalst.

L'examen de ces pages volantes contredit le souvenir que rapporte Izambard qui doit probablement confondre ce séjour à Douai avec celui du mois précédent :

 « Rimbaud, [...] vivante image du fait accompli, garde son air de sérénité souriante : il ne se fait pas de bile, il est au chaud, il recopie des vers, qui ont le toupet d'être charmants. On connaît Au Cabaret vert, La Maline, Le Buffet, Ma Bohème : J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal ! À la moindre rature, il recommence, et il exige de larges feuilles de papier écolier. Quand une main est noircie, il vient dire : « je n'ai plus de papier », et cela, plusieurs fois par jour. On lui remet les quelques sous nécessaires pour qu'il en aille acheter d'autres. « Écrivez au dos », lui suggère une des tantes ; mais lui, d'un air scandalisé : « Pour l'imprimerie, on n'écrit jamais au dos. » Vous voyez bien qu'il songe à se faire imprimer. »

(Claude Jeancolas, Les manuscrits d'Arthur Rimbaud. L'intégrale, Textuel, 1996, 2004 et 2012.)

 

Mais où Rimbaud a-t-il trouvé le papier et l’encre pour recopier ces sept poèmes dits belges. Alost est-elle la ville à retenir puisqu’elle est sur sa route pour rejoindre Douai par le train ? La copie peu soignée de ses poèmes de fugueur, qui apparaît très maniaque dans ses recopiages, peut-il être un argument en faveur d’un séjour prolongé à Alost ? Mais chez qui ? Izambard n’en rapporte rien. Rimbaud lui aura-t-il caché cet épisode ? Il est exclu d’inventer tout un roman au lyrisme flamboyant. Rimbaud ne fait-il que passer ou bien séjourne-t-il à Alost et combien de jours ? Pourquoi décide-t-il, à Gand, de rejoindre Douai au lieu de poursuivre sa découverte de la Belgique ? Fatigue, manque d’argent, besoin du cocon « familial » et d’Izambard, tout à la fois « grand frère » et « père » de substitution ? Nous ne le saurons certainement jamais.

 

 

 

Le 20 octobre 1870, à Douai, chez les sœurs Gindre, on fête les seize ans d’Arthur. Mais respectueux de son engagement, Izambard a prévenu la mère d’Arthur. Le 1er novembre, Arthur Rimbaud revient à Charleville.

 

 

Où il est démontré
que Ma Bohème parle bien d’Alost

 

À la bibliothèque de Charleville, Arthur Rimbaud découvre Antoine Court de Gébelin, Antoine Fabre d’Olivet et Éliphas Lévi. De Court de Gébelin, il lit Le Monde primitif où l’auteur recherche la langue primitive, dont toutes les langues connues seraient dérivées. Fabre d’Olivet et Lévi le mettent sur les pas de l’occultisme.
L’étude de nombreux poèmes de Rimbaud par Jean Richer permettent d’affirmer que les mots, les lettres et les sons, ne sont pas choisis au hasard mais dans le dessein d’ajouter du jeu au sens et aux images que les mots véhiculent. Dans chaque cas, la clé se déduit de l’étude attentive de la structure phonétique du poème : un relevé des sons dominants, des syllabes récurrentes, livre assez vite les intentions secrètes de Rimbaud, si on se réfère à ses trois « sources » citées ci-dessus.
L’argument principal et convaincant de l’hypothèse alostoise est la distribution raisonnée des lettres /al et la - o - s - st/ du nom Alost ou Aalst dans le sonnet. Le cryptage est trop évident pour être mis en doute. « Rimbaud réduisait le plus possible la part du hasard » écrit Jean Richer. Ainsi, Rimbaud inscrit, mais caché, le nom d’Alost où il a pu écrire ce poème pendant son périple d'octobre 1870. Il donne lui-même la clé de cette lecture : « J’égrenais dans ma course / Des rimes. » Ces rimes, reprises au poème de 1862 Le Sonneur de Stéphane Mallarmé (idéal/féal) et pour la plupart au recueil de 1857 Odes funambulesques de Théodore de Banville (crevées/rêvées ; trou/frou-frou ; ourse/course ; fantastiques/élastiques), deviennent de petits cailloux blancs destinés à retrouver son chemin.

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
― Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
― Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimantau milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur ! 

Dans le second quatrain, Rimbaud associe la lettre O avec la lettre U, bénéficiant ainsi des rimes empruntées à Banville qu’il a en mémoire. Il faut donc à la fois assembler et dissocier le O et le U, car dans le Système qu’utilise déjà Rimbaud pour écrire ses poésies, la lettre O représente l’eau et la femme ; la suite O - U - OU - OUR correspond, selon Court de Gébelin, au soleil, à la lumière, au feu (Grande-Ourse, étoiles) et aux objets ronds (trou).

Pour Jean Richer :

« le plus ancien poème composé suivant le Système semble être Soleil et Chair, qui est daté sur le manuscrit du 29 avril 1870. » Par Système, il faut entendre l’Alchimie verbale. De plus, « Rimbaud semble s’être informé du symbolisme des Arcanes majeurs du Tarot et des relations kabbalistiques des 22 lames avec les lettres. » « Rimbaud est parti d’une conception magique et mystique du langage. »

(Jean Richer, L'alchimie du verbe de Rimbaud : Les jeux de Jean Arthur : Essai sur l'imagination du langage, Didier, 1972 et éd. Guy Trédaniel, 1990.)

Le mot « septembre » au vers 10 pourrait arrêter nette notre identification de la ville d’Alost. Mais la plupart des spécialistes de Rimbaud s’accordent à le dater, comme tous les sonnets du second Cahier de Douai, du mois d’octobre.

 

Pierre Brunel y voit

« une commodité métrique » (« octobre » donnerait un vers de onze pieds) et « n'a pas nécessairement à être considérée comme un élément de datation ».

(Pierre Brunel, Rimbaud. Projets et réalisations, Champion, 1983.)

De plus, ce mot ajoute une lettre /s/ au tercet.

 

Pour Steve Murphy :

« on ne peut déduire de l’allusion au mois de septembre la date de composition du poème : dans ce poème écrit à l’imparfait, Rimbaud a pu se remémorer en octobre (ou feindre de se remémorer) un sentiment éprouvé en septembre. »

(Steve Murphy, « Autour des ‘cahiers Demeny’ de Rimbaud », Studi francesi, n°103, 1991.


Pour David Ducoffre :

« l’anomalie relative de la mention du mois de « septembre » dans Ma Bohême s’explique par un renvoi symbolique aux vendanges et à l’avènement de la République le 4 septembre de cette année-là, sans que l’allusion à la fugue belge d’octobre ne cesse d’être patente. »

(David Ducoffre, La légende du « recueil Demeny », sur internet, juillet 2010.
https://rimbaudivre.blogspot.com/2010/07/la-legende-du-recueil-demeny-en_19.html

 

 

Mon hypothèse est, qu’après Alost et Gand, Rimbaud pensait poursuivre son voyage jusqu’au port d’Ostende. Il aura 16 ans le 20 octobre : pense-t-il embarquer comme mousse ? C’est une supposition légitime quand on connaît les raisons de ses deux fugues successives, son désir certain de trouver du travail pour être indépendant et son refus de reprendre ses études après les vacances. « O que ma quille éclate ! O que j’aille à la mer ! » écrira-t-il dans le Bateau Ivre de 1871. Le bateau, rêvé plusieurs fois, est le symbole de la vraie vie, de la liberté libre.

Georges Izambard le note à plusieurs reprises dans ses textes sur Rimbaud :

« Rimbaud, retombé sous la poigne de sa mère, rongeait son frein et piaffait d’impatience […] Toujours impulsif, il ne voyait que l’attirance du grand voyage. » ; « … nous savons tous l’attirance exercée sur l’enfant poète par la mer… qu’il n’avait jamais vue avant d’écrire Le Bateau ivre. » ; « Et alors le grand cri de détresse : Ô flots abracadabrantesques, / Prenez mon cœur, qu’il soit sauvé ! Reconnaissez enfin cette hantise de la mer, de la mer libératrice… » ; « Le Bateau ivre, c’est le grand chef-d’œuvre, où le poète a magnifié sa passion lyrique pour la mer. Mais d’abord, il s’était essayé dans ce petit chef-d’œuvre : Le Cœur supplicié, qui se révèle ainsi à nous comme la maquette initiale qui prépara Le Bateau ivre. »

(Les manuscrits d'Arthur Rimbaud. L'intégrale, Textuel, 1996, 2004 et 2012.)

 

Il peut être aussi le moyen de retrouver ce père dont l’absence le hante comme bien des poèmes le révèlent en filigrane.
C’est d’Ostende que Paul Verlaine et lui s’embarqueront en septembre 1872 pour Douvres et l’Angleterre. La première fois que Rimbaud verra la mer.

 

 

Pour aller plus loin dans Ma Bohème

 

Il est d’autres thèmes qui peuvent conduire d’autres lectures de Ma Bohème désignée comme une "Fantaisie". « J’ai voulu dire ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens » dira-t-il plus tard à sa mère au sujet d’Une saison en enfer.

Lisons donc ce poème alostois comme celui d’un adolescent explorant sa sexualité au cours de sa marche diurne, « à travers ses poches crevées », et d’une nuit délicieusement érotique où il « prendrait son pied » en « tirant sur l’élastique ». La présence d'allusions sexuelles dans Ma Bohème, comme dans nombre de ses autres compositions, habilement masquées par les images, ne doit pas nous effrayer. Ces sous-entendus érotiques marquent la littérature de toutes les époques.

 

Une lecture ésotérique s’appuyant sur les œuvres des occultistes Antoine Fabre d’Olivet et Éliphas Lévi déjà cités trouverait du grain à moudre car Rimbaud emprunte à la kabbale hébraïque et au symbolisme du Tarot. Ainsi la rosée pourrait être considérée comme la prima materia de certains alchimistes et le vin de vigueur comme un philtre aux pouvoirs magiques. Une liaison des lettres et des arcanes majeurs du Tarot donne l’interprétation suivante : § 1 : lettre A et arcane 1 : Le Bateleur soit le magicien, le jongleur (de mots) qui aime entreprendre, jouer et créer. § 2 : lettre L et arcane 12 : Le Pendu soit la victime : la misère du vagabond. § 3 : lettres O - OU - U et l’arcane 6 : L’Amoureux soit l’Initiation et les deux routes possibles loin de la mère (Douai : la sécurité et le climat familial de substitution ; ou Ostende : l’aventure, sur la mer, à la recherche du père ?). Mais aussi l’équilibre de la nécessité et de la liberté. § 4 : lettres S et arcane 15 : Le Diable soit la tentation érotique ; lettre T et arcane 9 : L’Hermite soit la solitude, le plaisir solitaire.

Éliphas Lévi nous entraînerait dans un tout autre paysage où habitent les voyelles du fameux sonnet : §1 et 2 : [E] et [I] la Femme : liberté (je m’en allais, sous le ciel, j’ai rêvées), Muse, France (la République proclamée), passion (féal, amours splendides), beauté (Grande-Ourse, doux frou-frou). § 3 : [U] l’Homme, la science et ses recherches (je les écoutais, assis, mon front), la force (gouttes de rosée, vin de vigueur). §4 : [O] Résurrection (mon cœur) après la « petite mort » de l’orgasme (je tirais les élastiques). Soit le mouvement symbolique de l’émancipation, du Grand Œuvre alchimique dont le cheminement est donné ici par trois couleurs comme dans maints poèmes rimbaldiens : le noir (l’aspect miséreux du vagabond, la nuit), puis le blanc (les étoiles), enfin le rouge (le vin ; le sang des pieds blessés ; le cœur, centre de la vie et des passions). Je est aussi un autre… à venir.

 

Une lecture psychanalytique est également à tenter. C’est aussi lors de cette fugue d’octobre qu’il écrit Le dormeur du val. Le dernier vers : « Il a deux trous rouges au côté droit » pourrait évoquer la blessure occasionnée par le départ de son père. Le côté droit correspond généralement dans les religions ou dans l’inconscient à l'aspect masculin, au père ou au mâle. « J'ai constamment l'Éternel sous mes yeux ; quand il est à ma droite, je ne chancelle pas » lit-on dans les Psaumes (16:8). Le soldat mort pourrait-être aussi ce père, capitaine d'infanterie. Ou son frère aîné Frédéric qui a suivi un régiment qui passait par Charleville pendant la guerre franco-prussienne de 1870. C’est quelques jours plus tard qu’Arthur quitte à son tour de domicile familial. Le pied droit que Rimbaud élève facilement près de son cœur dans Ma Bohème peut se comprendre comme celui du père absent que l’on fait revenir près de soi, près de son cœur où « siège » l’amour. Cette présence/absence du père devient plus vive en février 1891 : « Il y a aujourd'hui quinze nuits que je n'ai pas fermé l'œil une minute, à cause de ces douleurs dans cette maudite jambe » écrit-il d’Harar à sa mère. Dans l’articulation du je/nous, ça boîte depuis le début. Et plus tard : « Je souffre d'une forte névralgie à place de la jambe coupée, c'est à dire au morceau qui reste. » Le père absent/présent est bien là au jour ultime quand la mort le prend à l’hôpital Conception de Marseille après l’amputation de la jambe droite...

 

 

Conclusion

 

Ma Bohème, écrit à Alost-Aalst, appartient bien à cette seconde fugue rimbaldienne d’octobre 1870. Vie insouciante et libre des poètes (bohème avec accent grave), vie nomade, errante des bohémiens, des gens du voyage (Bohême avec accent circonflexe).
En plaçant (peut-être) Ma Bohème à la fin du second Cahier de Douai, Rimbaud désire probablement désigner la nouvelle voie qu’il veut désormais suivre, dans sa vie quotidienne et dans sa production poétique.

Les deux lettres du Voyant qu’il envoie en mai 1871 en sont le jalon primordial, la première le 13 à Georges Izambard :

« Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ? Je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. […] Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon… ».

La seconde le 15 à Paul Demeny :

« Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. […] Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, ― et le suprême Savant ― car il arrive à l’inconnu ! »

Il s’agissait alors de révolutionner la poésie et de « changer la vie » … On sait ce qu’il advint.

 

 

Paul Verlaine : Arthur Rimbaud croqué de mémoire en juin 1872.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Rimbaud

 

Henri Fantin-Latour, Coin de table, 1872
Huile sur toile, 160 × 225 cm, Paris, musée d'Orsay
assis, de gauche à droite : Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Léon Valade, Ernest d'Hervilly et Camille Pelletan
debout : Pierre Elzéar, Emile Blémont, et Jean Aicard

 

 

Ma bohème : analyse au fil du texte du poème
https://www.youtube.com/watch?v=Fe2WFlAuayQ

Léo Ferré
https://www.youtube.com/watch?v=zpmLFCsM9zg

https://www.youtube.com/watch?v=uOGd2hrzEZk

https://www.youtube.com/watch?v=Ppskr9BIn1c

Pascal Mano
https://www.youtube.com/watch?v=jZezQ9R2968

Robert Charlebois
https://www.youtube.com/watch?v=tGj7gZ1m9OM

Étienne Sinouhé
https://www.youtube.com/watch?v=FXdaS68Mg8g

Chamblas Rêveil
https://www.youtube.com/watch?v=sdPJvVRRBrY

Joe Krapov
https://www.youtube.com/watch?v=h6hZc8_lfGE

Ma bohème, dessin animé
https://www.youtube.com/watch?v=3l_jn4e0P1I

 

 

Ernest Pignon-Ernest
Arthur Rimbaud
Sérigraphie - 1978
« Cette image du poète que j’ai collée sur les murs de Paris a une longue histoire. » https://pignon-ernest.com/

 

 

Imaginons maintenant que lors de sa première fugue à Paris le 29 août 1870, Arthur Rimbaud ait pu rencontrer Isidore Ducasse avant de prendre, escorté, le train pour Douai et y retrouver Georges Izambard (qui a envoyé de l’argent pour le billet de retour et s’est porté garant pour l’obtention de sa libération de la prison de Mazas où il est resté quelques jours).

Allez, imaginons…

Je vous convie à la lecture de deux de mes nouvelles extraites du recueil Mélancolie du temps paru aux Éditions Dacres en 2019.

 

SUITE Les deux poings dans les poches

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