La vie de Jésus

 

Les Mystères de la Vierge

 

 

 

 

 

 

Hans Memling, Les Joies de la Vierge, 1480, Alte Pinakothek, Munich.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_%C5%93uvres_de_Hans_Memling#/media/File:Hans_Memling_056.jpg

 

 

Hans Memling, La Passion du Christ, 1470, Galleria Sabauda, Turin.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sc%C3%A8nes_de_la_Passion_du_Christ_%28Memling%29

 

 

 La Chasse à la licorne expose de façon claire et chronologique la vie de Jésus que les quatre Evangiles narrent et que la geste mariale a regroupée dans les 15 Mystères de la Vierge divisés anciennement en trois séries de cinq événements chacune.

 

En 2002, le pape Jean-Paul II a institué les Mystères lumineux par sa lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae. Le rosaire est le nom d'une prière catholique consacrée à la Vierge et composée aujourd’hui de quatre chapelets d'oraisons. Son nom vient du latin ecclésiastique rosarium désignant la guirlande de roses qui couronne la Vierge sur ses représentations.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rosaire

 

 

1- Les Mystères joyeux : Mysteria gaudiosa

 

1.1- L'Annonciation : Annuntiatio

 

 

 

 

L'oiseau bleu = le Saint Esprit

 

La tapisserie 1 est une Annonciation mais en sens inverse, car l'archange à droite salue la Vierge à gauche. Les éléments iconographiques traditionnels de l'Annonciation sont tous ici présents :

- l'archange Gabriel arrivant sur le côté gauche de la tapisserie (en rotation horizontale) = l'homme qui lève le bras en haut à droite (mais tourné vers la gauche).

- Le Saint-Esprit, émetteur du sperme divin = l'oiseau bleu (mais tourné dans la direction opposée de l'archange Gabriel).

- Les troncs de trois arbres au-dessus de l'archange = les rayons divins.

- La ligne d'arbres en perspective = les colonnes habituelles.

Les courbes de la végétation contraste avec la rigidité verticale des troncs d'arbres.

- Les feuilles des arbres étrangement carrées ou en forme de diamant = les pages du livre qui se lit Mary, les carreaux du plancher.

- La couleur bleue de l'oiseau et les feuilles de l'arbre = l'infini, un monde idéalisé.

- La perspective ouverte sur le paysage et le jardin (l'hortus conclusus de Marie), leurs fleurs, leurs arbres, rappellent l'Eden perdu que le Christ rachète.

- Le tronc de l'arbre de chêne qui symbolise l'infini = la colonne temporelle interposée entre Gabriel et Marie, symbole du Christ (Chistus est columna).

- Le halo de lumière fortement colorée de jaune sur les arbres autourdu chasseur = la lumière divine, le substitut de lys que tient habituellement l'archange, fleur symbole de pureté et de virginité.

- La forme circulaire des arbres = les auréoles de Gabriel et de Marie.

 

 

 

" Ave Regina "

 

Ces feuilles peuvent évoquer les lys peints entre Gabriel et Marie.

 

Dans la tradition biblique, le lys blanc est symbole de pureté, de virginité et d'immortalité. La fleur de lys est associée aux représentations médiévales et renaissantes du Christ ou de la Vierge  pour symboliser l’Immaculée Conception. Le lys représenté habituellement sous une forme trilobée figure la Sainte Trinité.

 

Trois fleurs de lys au sommet de la même branche : (Annonciation de Francesco di Simone da Santacroce, 1504, Accademia Carrara, Bergame). Deux branches de lys à trois fleurs dans un vase : (Annonciation de Robert Campin, 1415, musée d’Art ancien, Bruxelles). Dans les autres Annonciations, le nombre de fleurs par branche diffèrent.

 

La tapisserie 3 est aussi une Annonciation, plus ironique car le geste d'un chasseur semble vouloir donner la version humaine de l'accouplement et de la conception.

L’ange Gabriel (par l'intermédiaire de ce chasseur armé d’une pique) est Eros à la flèche acérée de l’amour.

Cette seconde scène se lit habituellement au premier degré : la licorne se défend en blessant un chien avec sa corne et en ruant pour se protéger du chasseur qui veut la blesser de sa pique. Faut-il oser une lecture plus licencieuse ? Une Annonciation très distanciée : le geste d'un chasseur (Éros possédant la flèche acérée de l’amour) semble vouloir donner la version humaine de l'accouplement et de la conception alors que la croyance en une conception naturelle de Jésus est peut-être encore une hérésie. À son côté se trouve l’archange Gabriel : le fourreau de son épée porte la formule "Ave Regina", pour "Ave Regina cœlorum ; Salut, reine des cieux."

Et, à l’extrémité du sabot gauche postérieur, telle une étincelle de vie, cette fleur-feuilles portant un fruit en son centre. La fleur d’or, l’étincelle de feu sous le sabot de la licorne.
Pour Héraclite, tout vient du feu qui est l’essence même du monde.

Simon le Mage dit qu’à l’origine est le désir de la création ou le désir de devenir quelque chose, et que le désir jaillit du feu. « Le feu du désir, de la colère, de l’amour, de la jalousie, de l’action… un tempérament de feu. » Pour lui, le feu apparaît sous deux formes : il est rouge comme le sang, et blanc comme la semence de l’homme et le lait de la femme. « ... que le feu soit l’origine de la création, des créatures, vous allez le voir : chez tous les êtres qui sont engendrés, le principe du désir da la génération est le feu. » (in H. Leisegang, La gnose,Payot, 1951, p. 59)
Marie-Louise von Franz, Les mythes de création, Fontaine de Pierre, 2004, p. 168-169.

 

« Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. L'ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi. Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation. L'ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin. Marie dit à l'ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? L'ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. » Luc, 1. 26-35.

« En Italie, les « Annonciations à la Licorne » ne sont point sanguinaires comme, souvent, en Allemagne, en France, en Angleterre Clémence du climat, meilleure compréhension du symbole, relations plus étroites avec l’Orient ? Les artistes n’aiment pas massacrer en effigie la bête sacrée, dans ces scènes d’essence paisible […] Il faut attendre le fin de ce concile [à Trente, de 1545 à 1563], instrument de la Contre-Réforme, pour que soit résolu officieusement le problème de la licorne taillée en pièces par les artistes. Le meurtre en effigie de la bête céleste disparut de l’art chrétien. […] Ces outrances exposaient en plein jour ce que l’inconscient de l’Eglise a de plus trouble. L’acharnement contre l’innocente licorne dénotait une haine irraisonnée […] La Licorne était devenue parfois le lieu de projection de tous les fantasmes… » (Francesca-Yvonne Caroutch, Le Mystère de La licorne, Dervy, 1997, p. 230-231)

Cette scène d’Annonciation dessinée par Jean Perréal s’apparente à ces massacres dont parle Francesca-Yvonne Caroutch, même si un parfum d’humour en atténue la cruauté.

Peut-être Jean Perréal veut-il montrer, par un clin d’œil ironique, ce que l’incarnation par l’oreille a d’irréel. François Rabelais fera de même dans son second écrit en 1534 en faisant naître Gargantua par l’oreille gauche de Gargamelle. Ce qui est entré par l’oreille doit sortir par l’oreille !

« Suite à cet inconvénient, les cotylédons se relâchèrent, et l’enfant sauta, entra dans la veine cave, et, montant par le diaphragme jusqu’au-dessus des épaules (où ladite veine se partage en deux), il prit son chemin à gauche, et sortit par l’oreille gauche. » (Chapitre VI : Comment Gargantua naquit de façon bien étrange.)

 

 

Dans La Chasse, Jean Perréal ne se laisse pas entraver par les dogmes chrétiens qui peuvent avoir eu un effet d’autocensure pour certains artistes « puisque le christianisme considère qu’est irréel, voire démoniaque en puissance, tout ce qui n’est pas au service de Dieu et de son église. » (Yves Bonnefoy, Le Graal sans la légende, Galilée, 2013, p. 87)

Pourquoi interdire à Perréal des scènes que d’autres artistes exposent plus crûment que ne fait cette scène ?

Livre d’heures, vers 1300, Cambridge, Trinity College, ms B 11 22, fol 11r.

Psautier-heures de Geoffroy d’Apremont et d’Isabelle de Quiévrain,
Manuscrit Douce 118, f. 34v, Oxford, Bodleian Library

La scène de La Chasse vient-elle tout droit d’un psautier où une biche à tête de femme devient une licorne ?

Ms. fr. 95, fol. 190v, Paris, BnF

 

Église de Cormery (Indre et Loire)

« Le décor des églises romanes accueille, dans des lieux marginaux de l’édifice, des scènes profanes, incongrues ou licencieuse, voire obscènes. Ce phénomène de « drôleries » se répand à partir de 1250 dans les marges des manuscrits gothiques. »

Frédéric Elsig, « La ridiculisation du système religieux », Les marges à drôleries des manuscrits gothiques (1250-1350), Jean Wirth, avec la collaboration d’Isabelle Engammare et des contributions de Andreas Bräm, Herman Braet, Frédéric Elsig, Isabelle Engammare, Adriana Fisch Hartley et Céline Fressat, Genève, Droz, 2008.

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Jeune homme nu à tête de Christ qui offre son derrière à l’agression armée d’un singe chevauchant une autruche.
Psautier de Rutland, Add 62925, fol. 66v-67, Londres, British Library.

« Entre le XIIIe et le XIVe siècle, de nombreux manuscrits médiévaux voient leurs marges être envahies par des représentations du quotidien. Inspirées de la vie courtoise de l’aristocratie, ces scènes revêtent souvent un caractère comique, mais semblent aussi parfois sombrer dans l’obscène et le blasphématoire. »

Benoît Durand, « Aux marges du manuscrit : les drôleries gothiques, entre satire et transgression », p. 143-163.

Une Bible moralisée de la première moitié du XIIIe siècle (Vienne 2554, fol. 27v) évoque l’expression « mettre un petit pain au four ». Rien de culinaire : « Avoir un pain au four » veut dire « être enceinte ».

Heures dites de Marguerite de Beaujeu, 2e partie, M. 754, fol. 48v
New York, Pierpont Morgan Library.

Le singe boulanger plante sa palette dans le postérieur de celui (ou celle) qui occupe le four. Il est accompagné par un autre singe qui porte péniblement un plateau garni de quatre petits pains ronds et d’un oiseau monstrueux et qui désigne de la main gauche le texte de la consécration eucharistique. Le sens en est gauchi par l’allusion à la sodomie ; les paroles sacramentelles sont assimilées à la salutation angélique et la consécration eucharistique à une conception.

L’enfournement du pain azyme par les Juifs (Lévitique, 2, 4) sert en effet de type à l’Annonciation : « Et qe li pains fu mis el for par le commandement Deu senefie que iesucriz fu mis el ventre a la pucele par le commandement del pere del ciel et par annuncement de l’angle. » « Mettre le pain au four » a donc la même signification dans la bible moralisée et dans le dicton moderne : il s’agit d’engrosser une femme. »

On trouve encore la métaphore dans le Roman de Fauvel (fol. 34v) avec la "sotte chanson" « Dame, se vos fours est chaut (Dame si votre four est chaud).

Jean Wirth, Les marges à drôleries des manuscrits gothiques, Droz, 2008.

 

Les stalles (chêne sculpté, atelier picard, 1492-1500) de l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Ici : Un mari chassant l’amant de son épouse caché dans un four.
https://www.lavieb-aile.com/2023/01/les-stalles-de-saint-lucien-de-beauvais-exposees-au-musee-de-cluny.html

 

 

1.2- La Visitation  de la Vierge Marie enceinte de Jésus auprès d'Elisabeth enceinte de Jean : Visitatio

Tapisserie 5 incomplète

 

 

Tapisserie 5 reconstituée par Helmut Nickel

 

 

Reconstitution très intéressante trouvée sur un site disparu

 

« Dans ce même temps, Marie se leva, et s'en alla en hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Elisabeth. Dès qu'Elisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. Elle s'écria d'une voix forte : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni. » Luc, 1. 39-42.

 

1.3- La Nativité de Jésus à Bethléem : Nativitas

 

 

 

Le chasseur en haut à droite, dans le cercle de lumière,

invite les autres chasseurs à visiter l'Enfant nouveau-né.

« En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre. Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville. Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléhem, parce qu'il était de la maison et de la famille de David, afin de se faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Pendant qu'ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva, et elle enfanta son fils premier-né. Elle l'emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie. » Luc, 2. 1-7.

 

Adoration des mages, 432-440.
Mosaïque Sainte-Marie-Majeure, Rome

Analyse de la mosaïque par Frédéric Chapot, dans Régis Courtray, Régis Burnet, Jérôme Lagouanère, Maguelone Renard (dir.), Du Jésus des Écritures au Christ des théologiens. Les Pères de l’Église, lecteurs de la vie de Jésus, Turnhout, Brepols, Cahiers de Biblia Patristica 24, 2023, p. 75-76.

https://www.brepolsonline.net/doi/pdf/10.1484/M.CBP-EB.5.134110

 

1.4- La présentation de Jésus au Temple : Praesentatio

 

 

La Présentation de Jésus au Temple est accomplie selon une prescription de la loi juive : « Tu consacreras à l'Éternel tout premier-né, même tout premier-né des animaux que tu auras : les mâles appartiennent à l'Éternel. » (Exode, 13. 12). Il y est reçu par le vieillard Symeon ou Simon.

 

 

Les deux oiseaux apportés au temple pour la circoncision

   

 « Quand arriva le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur, et pour offrir en sacrifice deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, comme cela est prescrit dans la loi du seigneur. » Luc, 2. 21-24.

 

1.5- Le recouvrement de Jésus au Temple : Inventio in Templo.

 

« Les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem, à la fête de Pâque. Lorsqu'il fut âgé de douze ans, ils y montèrent, selon la coutume de la fête. Puis, quand les jours furent écoulés, et qu'ils s'en retournèrent, l'enfant Jésus resta à Jérusalem. Son père et sa mère ne s'en aperçurent pas. Croyant qu'il était avec leurs compagnons de voyage, ils firent une journée de chemin, et le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Mais, ne l'ayant pas trouvé, ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher.

Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Tous ceux qui l'entendaient étaient frappés de son intelligence et de ses réponses. »  Luc, 2. 41-47.

 

2- Les Mystères douloureux : Mysteria dolorosa

 

 

 2.1- L’agonie de Jésus à Gethsémani : Agonia in Hortu

 

 « Là-dessus, Jésus alla avec eux dans un lieu appelé Gethsémané, et il dit aux disciples : Asseyez-vous ici, pendant que je m'éloignerai pour prier. Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses. Il leur dit alors : Mon âme est triste jusqu'à la mort ; restez ici, et veillez avec moi. Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi : Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Matthieu, 26. 36-39. 

 

2.2- La flagellation : Flagellatio

 

 

 

Pilate, à gauche, détourne la tête et se lave ostensiblement les mains, geste rituel signifiant "cela ne me regarde plus." Le collier du chien tient lieu de bassin. La courroie sur son épaule gauche et ses ornements peuvent évoquer l'eau qu'un serviteur fait couler sur ses mains.

 

Le fouet et les crachats

 

« Alors Pilate prit Jésus, et le fit battre de verges. Les soldats tressèrent une couronne d'épines qu'ils posèrent sur sa tête, et ils le revêtirent d'un manteau de pourpre ; puis, s'approchant de lui, ils disaient : Salut, roi des Juifs ! Et ils lui donnaient des soufflets. » Jean, 19. 1-3.

 

 2.3- Le couronnement d'épines : Coronatio Spinis

 

 

Les lances représentent les épines de la couronne

 

« Les soldats du gouverneur conduisirent Jésus dans le prétoire, et ils assemblèrent autour de lui toute la cohorte. Ils lui ôtèrent ses vêtements, et le couvrirent d'un manteau écarlate. Ils tressèrent une couronne d'épines, qu'ils posèrent sur sa tête, et ils lui mirent un roseau dans la main droite; puis, s'agenouillant devant lui, ils le raillaient, en disant : Salut, roi des Juifs ! Et ils crachaient contre lui, prenaient le roseau, et frappaient sur sa tête. Après s'être ainsi moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l'emmenèrent pour le crucifier. » Matthieu, 27. 27-30.

 

2.4- Le portement de la Croix : Baiulatio Crucis

 

 

 

 « Ils forcèrent à porter la croix de Jésus un passant qui revenait des champs, Simon de Cyrène, père d'Alexandre et de Rufus ; et ils conduisirent Jésus au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne. » Marc, 15. 21-22.

 

2.5- La crucifixion : Crucifixio et mors

 

Crucifixion du Christ, panneau de bois
l’une des deux plus anciennes représentations
vers 430, Rome, basilique Sainte-Sabine

 

« Ce n’est que lorsque la formule figurée à Sainte-Sabine fut trouvée, qu’elle put être acceptée. En effet, elle est la contradiction même de ce qu’est la Croix : un instrument de supplice qui mène à la mort. Non seulement le Christ est bien vivant, mais il ne semble ne ressentir aucune souffrance. Les pieds bien sur terre, il paraît détendu, dans la position de la prière. Il est assez caractéristique que sa posture fasse disparaître la croix, masquée par son corps. C’est un Christ victorieux de la mort, triomphant de la souffrance, assez proche d’une théologie johannique de la gloire. »

Régis Burnet, " La crucifixion ", dans Régis Courtray, Régis Burnet, Jérôme Lagouanère, Maguelone Renard (dir.), Du Jésus des Écritures au Christ des théologiens. Les Pères de l’Église, lecteurs de la vie de Jésus, Turnhout, Brepols, Cahiers de Biblia Patristica 24, 2023, p. 147-148.
https://www.brepolsonline.net/doi/pdf/10.1484/M.CBP-EB.5.134113

« Notre étude a pu cependant dégager de leurs écrits quelques argument constants : 1) le supplice de la croix a été prédit, il relève donc du plan divin, de l’économie du salut. 2) la malédiction de la croix ne peut en aucun cas s’applique au Christ de Dieu, qui ne saurait être maudit par son propre Père. 3) le supplice de la croix, voulu et accepté, se transforme en rançon pour le salut des hommes. »

Bernard Pouderon, « L’argument de la crucifixion dans la polémique antichrétienne du IIe siècle (90-170) », Du Jésus des Écritures au Christ des théologiens. p. 111-124.

 

 

 

 

« On conduisait en même temps deux malfaiteurs, qui devaient être mis à mort avec Jésus. Lorsqu'ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils le crucifièrent là, ainsi que les deux malfaiteurs, l'un à droite, l'autre à gauche. Jésus dit : Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort. »  Luc, 23. 32-33.

 

« Il était déjà environ la sixième heure, et il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure. Le soleil s'obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu. Jésus s'écria d'une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira. » Luc, 23. 44-46.

 

Les reliques

 

 

 

 

Louis XI (Saint-Louis) fait construire la Sainte-Chapelle pour abriter les reliques qu'il a acquises.

 

Les stigmates

 

 

La corne "traverse" la main et le flanc du chasseur.

 

 

1- Giotto, Saint François d'Assise recevant les stigmates, Louvre.

2- Rutilio Manetti, Sainte Catherine de Sienne reçoit les stigmates, collection particulière - Genève.

 

 

3- Les Mystères glorieux : Mysteria gloriosa

 

3.1- La Résurrection : au troisième jour après son inhumation : Resurrectio.

 

 

La licorne est toujours vivante.

 

« Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre de grand matin, portant les aromates qu'elles avaient préparés. Elles trouvèrent que la pierre avait été roulée de devant le sépulcre ; et, étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Comme elles ne savaient que penser de cela, voici, deux hommes leur apparurent, en habits resplendissants. Saisies de frayeur, elles baissèrent le visage contre terre; mais ils leur dirent : Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n'est point ici, mais il est ressuscité. Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé, lorsqu'il était encore en Galilée, et qu'il disait : Il faut que le Fils de l'homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour. Et elles se ressouvinrent des paroles de Jésus. » Luc, 24. 1-8.

 

 

3.2- L'Ascension du Christ au Ciel, quarante jours plus tard : Ascensio.

 

 

La licorne paraît en état de lévitation quand on la voit aux Cloisters.

 

La résurrection de la licorne a lieu au pied de l’Arbre de Vie de l’enclos zodiacal, un grenadier, symbole du Paradis.

 

 

la licorne n'est pas attachée car la chaîne n'est pas fermée.

 

 

 

1- La porte de l'enclos = la "porte" du Paradis.

2- Porte des enfers dans la tombe étrusque Carderelli de la fin du -VIe siècle, de la nécropole de Monterozzi, près de Tarquinia.

La porte fait le lien entre le mondes des vivants et le monde des morts.

 

« Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s'assit à la droite de Dieu. » Marc, 16. 19.

 

3.3- La Pentecôte : La descente de l'Esprit Saint sur les Apôtres : Descensus Spiritus Sancti.

 

 

Les arbustes au-dessus de l'arche représentent les flammes de Troie en feu, mais aussi les langues de feu qui descendent sur les apôtres.

 

 

 « Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d'eux. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. » Actes, 2. 1-4.

 

3.4- L'Assomption de la Vierg: Assumptio.

 

 

La licorne représente aussi la Vierge.

 

Très ancienne dans les Eglises d’Orient et d’Occident et fêtée liturgiquement dès le VIIIe siècle,  aucun texte du Nouveau Testament n'évoque la fin de la Vierge. Seuls des textes apocryphes et des légendes en parlent. Cet ‘événement’ a été défini comme dogme religieux  (c’est-à-dire vérité de foi) par l’Eglise catholique en 1950. Tout en partageant la même foi en l'Assomption (qu'elles appellent Dormition) les Eglises orientales n'ont jamais souhaité la définir en termes dogmatiques.

Peut-être peut-on en trouver une origine dans ce texte :

 

« Et Marie dit : Mon âme exalte le Seigneur, Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, Parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, Parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. » Luc, 1. 46-49.

 

 

Thomas, incrédule, reçoit du ciel la ceinture de la Vierge.

 

 

3.5- Le Couronnement de la Vierge Reine du Ciel : Coronatio in Caelo.

 

 

L'enclos évoque la couronne que le Christ dépose sur la tête de sa mère. 

 

« Un grand signe parut dans le ciel : une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête. » Apocalypse, 12. 1 

 

4- Mystères lumineux : Mysteria luminosa.

 

Ces mystères ne sont pas représentés dans La Chasse puisqu’ils ont été créés en 2002.

 

4.1- Le Baptême du Christ au bord du Jourdain :

Baptisma apud Iordanem.

 

 

 

« Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l'eau. Et voici, les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. » Matthieu, 3. 16-17

 

Régis Courtray, « Le baptême du Christ », in Régis Courtray, Régis Burnet, Jérôme Lagouanère, Maguelone Renard (dir.), Du Jésus des Écritures au Christ des théologiens. Les Pères de l’Église, lecteurs de la vie de Jésus, Turnhout, Brepols, Cahiers de Biblia Patristica 24, 2023, p. 281-282.
https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/M.CBP-EB.5.134120?role=tab

 

 

4.2- Les Noces de Cana :

Autorevelatio apud Cananense matrimonium.

 

 

 

« Trois jours après, il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là, et Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples. Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont plus de vin. Jésus lui répondit : Femme, qu'y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n'est pas encore venue. Sa mère dit aux serviteurs : Faites ce qu'il vous dira. Or, il y avait là six vases de pierre, destinés aux purifications des Juifs, et contenant chacun deux ou trois mesures. Jésus leur dit : Remplissez d'eau ces vases. Et ils les remplirent jusqu'au bord. Puisez maintenant, leur dit-il, et portez-en à l'ordonnateur du repas. Et ils en portèrent. Quand l'ordonnateur du repas eut goûté l'eau changée en vin, - ne sachant d'où venait ce vin, tandis que les serviteurs, qui avaient puisé l'eau, le savaient bien, - il appela l'époux, et lui dit : Tout homme sert d'abord le bon vin, puis le moins bon après qu'on s'est enivré ; toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à présent. Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des miracles que fit Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » Jean, 2. 1-11.

 

4.3- La Proclamation du Royaume de Dieu :

Regni Dei proclamatio coniuncta cum invitamento ad conversionem,

unie à l'invitation à la conversion.

 

« Après que Jean eut été livré, Jésus alla dans la Galilée, prêchant l'Evangile de Dieu. Il disait : Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. » Marc, 1. 14-15.

 

4.4- La Transfiguration du Christ au Mont Thabor :

Transfiguratio.

 

« Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. » Matthieu, 17. 1-2.

 

4.5- L'institution de la sainte Eucharistie,le soir du jeudi saint :

Eucharistiae institutio.

 

« Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe ; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : Buvez-en tous ; car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés. Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où j'en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. » Matthieu, 26. 26-29.

 

 

La Cène

 
Dans la Cène, deux sujets sont mentionnés : l'annonce de la "trahison" de Judas et la création de la Sainte Eucharistie.

• Matthieu : 26. 17-30 • Marc : 14. 12-26 • Luc : 22. 7-38 • Jean : 13. 17-30.

 

 

La représentation de l’Ultima Cena est un motif respectant une ancienne tradition monastique, celle d’exposer sur les murs des réfectoires le dernier repas de Jésus entouré de ses douze apôtres, le jeudi saint, la veille de sa crucifixion. Sur les conseils probables du théologien Vincenzo Bandello, deux sujets sont mentionnés dans La Cène : l'annonce de la « trahison » de Judas et la création de la Sainte Eucharistie.

Mais Léonard ne respecte pas les conventions de représentation picturale des autres Cènes qui ont déjà été peintes et qu’il connaît : Jean n’appuie pas sa tête sur la poitrine de Jésus ; il n’isole pas Judas en bout de table, loin du Christ et des autres apôtres ; au contraire, les apôtres se tiennent tous de face du même côté de la table et non disposés tout autour. Son génie lui souffle de coller au plus près du texte de Matthieu et de représenter les réactions des apôtres après la révélation de Jésus sur sa prochaine Passion. Car pourquoi isoler Judas si personne ne sait encore qu’il va « trahir » (« Le soir étant venu, il se mit à table avec les douze ») et si la mort prochaine de Jésus est prévue dans le dessein divin de la Rédemption ? (« Le Fils de l'homme s'en va, selon ce qui est écrit de lui » (Matthieu, 26:20 et 24) et « Mais il faut que l'Écriture s'accomplisse : celui qui mange avec moi le pain a levé son talon contre moi. » (Jean, 13:18 et surtout 13:26-27). Et, dans La Cène, les mains de Jésus et de Judas se rapprochent pour matérialiser l’offre d’un morceau de pain trempé dans le vin.

Vinci et après lui Perréal montrent Judas comme un apôtre que rien, au premier regard, ne semble distinguer des onze autres. Ils l’intègrent dans la communauté des apôtres, mais indiquent par certains détails les événements à venir le concernant.
L’interprétation dominante de la trahison de Judas (que l’on soit croyant ou non-croyant) « à partir des écrits canoniques et extra-canoniques comme à partir de la ténuité des données historiques qui favorise les lectures légendaires  », non conforme aux textes bibliques, a alimenté et alimente encore aujourd’hui un antisémitisme religieux à l’encontre du peuple juif accusé de déicide. Pourtant, il suffit de lire simplement les textes bibliques (qu’ils rapportent une réalité historiques ou des fables) pour supprimer toute accusation de trahison de la part de Judas. Le besoin d’un bouc émissaire, d’une victime expiatoire dans un rite de purification, manipule trop facilement les foules.
En définitive, les quatre Évangiles eux-mêmes avouent l’innocence de Judas (« le fils de perdition ») dans la mesure où ils reconnaissent que le Christ (« l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » ; Jean 1, 29) assume son destin :

« ― Le Fils de l'homme s'en va, selon ce qui est écrit de lui. Mais malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux vaudrait pour cet homme qu'il ne fût pas né. » (Matthieu 26, 24 - Marc 14, 21)
« ― la main de celui qui me livre est avec moi à cette table. Le Fils de l'homme s'en va selon ce qui est déterminé. Mais malheur à l'homme par qui il est livré ! » (Luc 22, 21-22)
« ― Mais il faut que l'Écriture s'accomplisse » et « Dès que le morceau fut donné, Satan entra dans Judas. Jésus lui dit : ― Ce que tu fais, fais-le promptement. ». (Jean 13, 18 et 27) ; « Jésus dit à Pierre : ― Remets ton épée dans le fourreau. Ne boirai-je pas la coupe que le Père m'a donnée à boire ? » (18, 11)

À bien lire, Jésus et Judas ne sont, dans une « relation solidaire », que les exécutants de la décision divine. Dans les quatre Évangiles, « la ''trahison'' de Judas est constamment présentée comme la marque d’une prophétie […] Judas est « un acteur malheureux, mais indispensable, d’un drame qui ouvre la voie au salut. Envisagé ainsi, Judas, sans être un héros positif, joue un rôle positif, à tout le moins nécessaire . »

.Alain Rabatel, « L'arrestation de Jésus et la représentation de Judas en Jean, 18, 1-12. Mise en perspective avec l'univers de la gnose dans l'Évangile de Judas », Études théologiques et religieuses, tome 84, p. 49-79, 2009.

Pourtant Vinci et Perréal ne semblent pas rejeter la lecture traditionnelle des Évangiles qui fait de Judas un traître. Sans doute fallait-il faire plaisir aux commanditaires en respectant '' le cahier des charges''.

La seconde tapisserie "La Fontaine", par l'arc de cercle qui agence 12 personnages autour d'un élément cylindrique, peut évoquer la Cène, le dernier repas que Jésus a partagé avec les apôtres.

 

 

 

Les personnages sont regroupés en quatre groupes de trois comme dans La Cène (L'Ultima Cena en italien) de Léonard de Vinci, dans des attitudes très diversifiées.

 


Les deux artistes se sont rencontrés en Italie et nombreux sont les « clins d’œil » que Jean Perréal glissent dans son œuvre pour célébrer le génie de Léonard.

 

Comme Léonard de Vinci (le premier à le faire), Perréal a inclus Judas parmi tous les Apôtres, en réservant pour lui une position encore « d’exclu », à l'extrême gauche.


La fontaine pourrait symboliser l'Eglise chrétienne, comme dans les peintures ou miniatures médiévales.


« Dieu est un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. »
Nicolas Krebs (1401 - 1464) alias Nicolas de Cues.

 

(Le centre du nœud entre les deux lettres sur la fontaine et tous les points sur la circonférence du cercle où se trouvent les êtres vivants et la flore)

 

 

 

Deux dessins préparatoires de Léonard de Vinci, avec Judas, écarté, de l'autre côté de la table.

 

 

 

Léonard de Vinci - Etude pour la tête du Christ de la Cène

Pinacothèque de Brera – Milan

Visage masculin ou féminin ?

 


Léonard de Vinci - 1495-1498 - réfectoire du couvent de Santa Maria delle Grazie – Milan

 

 

 

 

Les quatre groupes de trois apôtres, tous dans des positions et des sentiements différents, encadrant Jésus.

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=87gWidr7A6U

et
http://www.youtube.com/watch?v=kZVjf_V3qwk

 

 

Rechercher dans la tapisserie tous les aliments disponibles : la viande et les fruits, l'eau, le pain, le vin (présent aux noces de Cana ou au Dernier repas) ; le pain et le vin convertis (la transsubstantiation) en corps et en sang du Christ – Licorne lors de l'Eucharistie.

 

"La transsubstantiation est littéralement la transformation d’une substance en une autre. Dans la théologie catholique, c’est la doctrine selon laquelle au cours de l’eucharistie, au moment de la consécration, les espèces du pain et du vin deviennent le Corps et le Sang du Christ tout en conservant les caractéristiques physiques et les apparences originales. Aujourd’hui, les catholiques préfèrent utiliser l’expression "présence réelle". Cette doctrine prend le nom de transsubstantiation au concile de Trente en 1551 où elle est officiellement proclamée par l’Église catholique, prenant  ainsi position à l’encontre de la consubstantiation envisagée par les protestants."

http://www.eglise.catholique.fr/glossaire/transsubstantiation/ 

 

 

D'autres Cènes

 

 

La Table Ronde du roi Arthur et de ses Chevaliers : le Graal apparaît au centre.

 

 

 

Les agapes qui closent une réunion de loge maçonnique

 

Les arbres, les «lacs d'amour"

et le chrisme

 

Un commentaire très pertinent dû à un lecteur, Axel Schneider, que je veux inclure ici :

"Je pense que les "lacs d'amour", près de l'Arbre de la Connaissance ou de la fontaine, représentent l'Alpha et l'Oméga du Chrisme."

Les deux lettres de l'alphabet grec : Alpha et Omega.

"L'alpha et l'oméga du Chrisme» font référence à l'Apocalypse de Saint-Jean, 22. 13 : "Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin."

Ces deux lettres extrêmes symbolisent l'incarnation et l'éternité du Christ, l'origine et la fin de toutes choses pour les chrétiens.

Chrisme surmontant le portail ouest de la Commanderie de Montsaunès (Haute-Garonne) - 13ème siècle.

Les lettres A-3 "couronnent" la Licorne-Christ, elles-mêmes "couronnées" par la verdure et la lumière vibrante de la "couronne" de "l'Arbre de Vie" qui porte le «lacs d'amour".

L'amour de deux souverains (une reine et un roi : Anne de France et Louis XII - ou d'une princesse et un prince, Anne de France et Pierre de Bourbon)

Les cordons de chaque «lac de l'amour" forment la croix du chrisme.

La boucle supérieure des «lacs d'amour" rappelle la croix "ankh" égyptienne.

 

Tapisserie 1 : pas de licorne mais le chrisme "couronne" le "roi" et la plume du chapeau touche la lettre A.

Tapisserie 2 : le chrisme "couronne" à la fois "Chaos" initial et la création du Cosmos.

Tapisserie 3 : le chrisme "couronne" le Baptême.

Tapestry 4 : le chrisme "couronne" la "Conception" du Messie.

Tapisserie 6 : pas de chrisme central sur "l'Arbre de la mort" de la Passion.

Tapisserie 7 : le chrisme "couronne" à la fois la Résurrection et l'Ascension.

 

Musique : son et sang

 

tapisseries muettes. Pourtant, des bouches ouvertes, les bouche parlent ou crient. Des cris, des appels, peut-être des rires, des chansons, des mots ... Nous chassons ... Est peut-être simplement mentionné dans La Chasse l'élément démoniaque que la musique comporte qui a dénoncé par Platon en son temps.

Tapisserie 3 : deux chasseurs (en symétrie) appellent avec leurs cors le reste de la chasse. Tapisserie 4 : le cor représente les mots de Gabriel à Marie lors de l'Annonciation. Tapisserie 5 : le chasseur sonne l'hallali. Tapisserie 6 : le cor recueille le sang du Christ, sans émettre de son.

 

Où sont les mots primordiaux et la musique des sphères ? Dans la harpe d'Orphée que la licorne et le chien dessinent dans la tapisserie 4 ?

Voyez-vous la silhouette de la harpe ?

 

"Dans La Chasse, suivre le chemin du sang" conseille Howard.

 

 

 

 

L'hiérogamie : union divine du dieu et de la déesse (par une union cérémonielle et rituelle, du roi et de la reine)

Le monde est régénéré chaque fois que l'hiérogamie est réalisée par une union matrimoniale : la fertilité, la richesse et le bonheur sont assurés.

Le renouvellement du Roi est assurée par :

- la mort du souverain précédent (ici : la licorne)

- la naissance du fils, «le régénérateur» : pour les alchimistes, la "fixation" est l'opération finale où la couleur rouge apparaît. Ceci est représenté par un enfant nouveau-né ou un «jeune roi couronné» ou vêtu de l'habit royal enfermé dans «l'œuf philosophique». Cet enfant est le symbole de la «pierre philosophale», de «l'élixir».

Le corps, l'esprit et l'âme ne font qu'un et l'alchimiste-pèlerin est devenu un homme spirituellement réalisé.

" l'œuf philosophal "

Un œuf brun semble évoqué par le cou du cheval et le bras gauche de la reine.

Mort et résurrection de la licorne (et du Christ qui est aussi un symbole du Soi) : Le Soi, contenant à la fois l’inconscient personnel et l’inconscient collectif, est souvent représenté dans de nombreuses cultures par le symbole du cercle qui renvoie à l’horloge du monde ou à la roue du zodiaque.

Se sentant relié au cosmos, Perréal dessine le zodiaque de la tapisserie où la licorne figure seule au centre de son enclos, en état de quasi lévitation.