Jean Fouquet
![]()
Jehan Foucquet naît vers 1420 (entre 1415 et 1425), peut-être à Tours, et décède entre 1478 et 1481, probablement dans la même ville.
« Cette absence de sources sur la jeunesse du peintre ne laisse que des conjectures sur le lieu de sa formation de peintre. La peinture tourangelle de cette époque est totalement inconnue. »
Il séjourne en Italie entre 1443 et 1447.
Il est signalé comme « peintre du roi » de Louis XI en 1475.
Si Perréal est né entre 1455 et 1460, il aurait pu entrer dans l’atelier tourangeau de Jean Fouquet dès l’âge de 14 ans entre 1469 et 1474, pour être ensuite dit « actif » entre 1483 et 1530.
« Une attention particulière à l'homme conduisit Jean Perréal à privilégier l'art du portrait, comme l'avaient brillamment développé les peintres du Tournaisis, dans l'entourage et à la suite de Robert Campin et Rogier van der Weyden. Ceux-ci ont posé les bases du portrait moderne, avec une attention accrue pour le rendu des physionomies. Leur influence sur Perréal fut déterminante. Ils amenèrent le Lyonnais à dépasser l'aspect graphique et analytique de Jean Fouquet au profit d'une plus grande attention au modelé des formes, avec le support des effets de transparence de la peinture à l'huile. »
Luisa Nieddu, « L'art du portrait dans l'œuvre de Jean Perréalet ses liens avec le Nord », p. 163-176. Sur le site HAL.
Pour Howard Comeau, Jean Perréal a repris dans La Chasse à la licorne des Cloisters de New York les mises en scène de pièces théâtrales établies par Jean Fouquet.
Ces cartons "pédagogiques" ont pu être utilisés pour éduquer les princes et les princesses, au château d'Amboise entre autres lieux. Mais, bien entendu, les tapisseries des Cloisters sont postérieures à ces mises en scène de Fouquet.

Howard Comeau devant son premier Fouquet
La Pietà de Nouans-les-Fontaines (Indre et Loire)
https://it.wikipedia.org/wiki/File:Piet%C3%A0_de_Nouans.jpg
Après avoir longuement opté pour Jean Fouquet comme créateur de La Chasse de la licorne des Cloisters,
Howard Comeau a préféré Jean Perréal.
![]()
Un écureuil et un chien
Jean Fouquet (l'écureuil à gauche) et Jean Perréal (le chien à droite)
sont en " figures de bord ", parfaitement alignés.
L'écureuil de la tapisserie La Mort de la licorne de La Chasse à la licorne représente Jean Fouquet.
Le nom de famille Fouquet vient du patois des régions de l'ouest et signifiait écureuil.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Fouquet

Autoportrait de Jean Fouquet, 1450

Dans la scène du " lit de justice ", extrait du manuscrit Boccace, il inclut son autoportrait : en " figure de bord ", debout, sur la droite, touchant le cadre, Jean Fouquet est le personnage qui nous regarde. Il veut nous dire qu'il a été témoin de l'événement.
Procès du duc d'Alençon. Lit de justice de Vendôme en 1458.
Boccace, Des Cas des Nobles Hommes et Femmes, enluminure de Jean Fouquet
Munich, Bayerische Staatsbibliotek, Cod. Gall. 6, fol. 2v.
http://classes.bnf.fr/fouquet/grand/ill7.htm
http://expositions.bnf.fr/fouquet/arret/24/c.htm
![]()
Le Martyre de Sainte Apolline
Voici une illustration par Jean Fouquet lui-même d'une de ses pièces théâtrales. Il s'agit de la mise en scène, à la manière d'un mystère, du Martyre de Sainte Apolline (Heures d'Étienne Chevalier, Chantilly, Musée Condé)

http://expositions.bnf.fr/fouquet/grand/f112.htm
Il faut remarquer en haut au centre même de la miniature un trône vide.
Son occupant, le roi, un prince, est descendu sur la scène jouer son rôle de monarque (Dèce), donner la réplique, tandis que le metteur en scène dirige les acteurs et les musiciens de sa baguette et lit à haute voix le déroulement de l'épisode joué ce jour.
Chacun des spectateurs était ainsi convié à participer activement à la représentation dans ce théâtre fermé où, comme dans les tapisseries de La Chasse à la licorne, le Paradis est à gauche, et l'Enfer à droite.

Un mystère : le martyre de sainte Apolline
« Le théâtre a été pour l'Église un autre moyen de diffuser la foi et la culture chrétienne. Il s'agissait au départ de jouer des scènes des Écritures dans une sorte de catéchisme visuel. Les premières performances théâtrales eurent lieu dans des abbayes au Xe siècle et ne cessèrent de se multiplier ensuite. Le succès aidant, le théâtre religieux sortit de l'église pour se dérouler en plein air.
Si le drame liturgique s'enrichit à partir de 1200 d'œuvres théâtrales originales et profanes, la popularité du théâtre religieux ne se démentit pas à la fin du Moyen Âge. Les citadins en particulier étaient friands de mystères, c'est-à-dire de représentations du martyre d'un saint, joués par des acteurs amateurs, le plus souvent membres d'une confrérie.
Cette enluminure peint le moment crucial du spectacle, le martyre de sainte Apolline…
[…]
Cette peinture est un des rares témoignages iconographiques que l'on ait sur le déroulement d'une représentation. Celle-ci est très différente du théâtre moderne, puisque le public n'est pas séparé des acteurs et qu'il n'y a pas de coulisses. Les acteurs ont leur loge premier étage des échafauds, dont ils descendent pour dire leur réplique sur la scène centrale, comme le roi païen dont on aperçoit le fauteuil vide au centre ; mais les espaces réservés aux acteurs alternent avec ceux des spectateurs, ainsi les deux loges entre celles du roi païen et celle de Satan, sont occupées par des dames de la bonne société.
Le théâtre est en réalité un polygone à douze côtés dont l'artiste n'a représenté que la moitié : il faut imaginer à la place de la petite haie du premier plan la loge d'Apolline, celle de ses bourreaux et d'autres loges pour le public. Le reste des spectateurs se presse debout, au rez-de-chaussée. L'ensemble du dispositif pouvait peut-être accueillir 750 personnes. Le mystère était une représentation qui associait les citadins au spectacle : ils étaient à la fois les bâtisseurs de l'échafaud, les acteurs et les spectateurs de la pièce, dont le but était d'enseigner et de faire revivre une histoire édifiante. La performance se déroule dans une atmosphère de kermesse, comme le rappelle la présence du fou avec son bonnet à grelots, à gauche, qui montre ses fesses.
Il n'y a pas lieu de douter de la véracité de la scène, car Jean Fouquet était familier des représentations théâtrales dont il lui était arrivé de peindre les décors, mais on peut s'interroger sur le sens de sa peinture. Celle-ci appartenait au Livre d'Heures du trésorier de France Etienne Chevalier, qui comprenait comme tous les livres de ce genre une partie réservée au suffrage des saints, souvent illustrée par leur martyre. Pourquoi cependant représenter le supplice de sainte Apolline par un mystère ?
Le choix de la représentation théâtrale, donc de l'illusion, de même que divers éléments comme le pélican qui orne le B du début de l'antienne "Beata Apolonia…" sous la scène invitent à lire dans le martyre de cette vierge, étirée sur son tréteau comme sur une croix et condamnée par ordre de son père, un double de celui du Christ. »
Boris Bove, Le Temps de la Guerre de Cent Ans, 1328-1453, Belin, 2009, p. 428.
![]()
Mystères et Passions
Les Mystères, qui mettent en scène la vie des saints, et les Passions, qui racontent celle du Christ, ont connu un véritable engouement dans les villes à la fin du Moyen Âge. Un spectateur raconte la Passion organisée à Paris pour le retour du roi Charles VII :
"Devant la Trinité était la Passion, c'est à savoir comment Notre-Seigneur fut pris, battu, mis en croix, et Judas qui s'était pendu. Et ne parlaient rien ceux qui ce faisaient, mais le montraient par jeu de mistère ; et furent les manières bonnes et bien jouées et vivement compassionnées et moult piteuses."
Par ses origines les grandes cérémonies liturgiques - et par ses thèmes, ce théâtre est donc un théâtre religieux, souvent associé à la célébration de la grande messe de Pâques ou de la Pentecôte. Les pièces sont parfois tellement longues qu'il faut plusieurs jours pour les jouer en entier, et elles occupent ainsi la totalité des jours chômés des grandes fêtes chrétiennes. Les Passions racontent toute la vie du Christ, de l'Annonciation à la Résurrection, souvent augmentée de la partie prophétique de l'Ancien Testament, et parfois des ajouts des Évangiles apocryphes, comme l'Évangile de l'enfance. Les pièces sont de plus " farcies ", c'est-à-dire enrichies d'une farce ou d'une sotie comique entre chaque scène sérieuse.
La représentation d'un Mystère ou d'une Passion est toujours une grande fête collective, où chacun participe, au moins en tant que spectateur puisque les spectacles drainent plusieurs milliers de citadins mais aussi de villageois des alentours. Les corporations de métiers ou les confréries organisent le Mystère de leur saint patron. Ainsi en 1443 les cordonniers de Paris représentent le Mystère des saints Crépin et Crépinien. La municipalité offre un lieu public pour la représentation la place du marché, les lices du rempart, les anciennes arènes romaines - et octroie des crédits pour dresser un échafaud, des gradins et des galeries. Les jongleurs professionnels apportent leur savoir-faire, mais ce sont des dizaines, voire des centaines d'amateurs qui se font acteurs pour l'occasion, se costumant en anges ou en diables. Un effort considérable est fait pour la mise en scène : le décor est divisé en " mansions " qui représentent tantôt Nazareth, tantôt Jérusalem, ou encore l'Enfer ou le le Paradis. Une machinerie permet d'opérer des ascensions ou des apparitions. Des bassins figurent la montée du Déluge. Fumées et feux d'artifice simulent l'Enfer. On joue les scènes de martyre ou de mort avec le plus grand réalisme.
Charles Dufaÿ en parle pour la ville de Lyon :
« Nous allons voir dans les ystoires et aultres joyeusetés, comme on disait au XVIe siècle, la part importante que Jehan de Paris acquit dans la conception et l'organisation de ces divertissements si fréquents à Lyon, et si goûtés par le peuple sous leurs formes diverses.
On représentait habituellement, devant la foule, le mystère de la Passion de Jésus-Christ ; on y jouait le drame de la vie de sainte Catherine et bien d'autres scènes tirées de la Vie des Saints.
Le Consulat permit même de bâtir un théâtre aux Terreaux, et un autre dans les fossés de la Lanterne, pour y faire jouer le mystère de saint Nicolas de Tolentin, par les Augustins.
Il prêtait aux acteurs les décors qui avaient servi aux entrées solennelles des rois dans la ville. On lit dans l'intéressante notice de M. Péricaud (Antoine), sur Charles de Bourbon, archevêque de Lyon, que le 19 juin 1486, lors de la visite à Lyon, de Jeanne de Bourbon, épouse de Jean de Châlons, prince d'Orange, le prélat sollicita du consulat de la ville, une somme à l'effet de fournir aux frais d'une représentation du mystère delà Passion qu'il désirait offrir à sa sœur. Les échevins répondirent que : « Quoique la ville n'eust point, pour « le moment, de deniers communs, et qu'elle fust surchargée d'impôts, ils feroient tout pour entretenir la bienveillance « de Monseigneur; que les objets qui servoient aux entrées a solennelles seroient prêtés ; que chaque notable habilleroit « un personnage, s'il le falloit ; que le consulat se chargeroit « de tous les saints ; enfin, que les gouverneurs des jeux et « mystères auroient lieu d'être contents. »
Pendant 46 ans, Perréal a consacré son talent de décorateur à l'éclat des cérémonies publiques, et à la splendeur des divertissements populaires. »
Charles Dufaÿ, "Essai biographique sur Jehan Perréal peintre et architecte lyonnais", Revue du lyonnais, Revue de Lyon, Revue lyonnaise, t. XXVII, vol. 2, 1863, p. 127-128.
■