Fourrier

 

 

 

Jean Perréal pourrait être né entre 1455 et 1460 car la première apparition de ce nom, Jean de Paris (mais est-ce lui ?), date d'avril 1483 à Lyon où on le charge d'apprêter le chariot qui transportera François de Paule que Louis XI mourant appelle auprès de lui (Albert Châtelet en doute).

En 1485, toujours à Lyon où il était alors maître, deux écus lui sont payés pour l'entrée solennelle du cardinal Charles de Bourbon. Peut-être est-il au service de la reine Charlotte de Savoie en 1483 comme fourrier. Dès octobre 1484, il serait devenu le professeur de dessin de la jeune Marguerite d'Autriche qui deviendra ainsi la princesse la plus cultivée de son temps.

 

http://www.tapisseries-damelicorne-huntunicorn.com/IMAGES/marguerite%20d'autriche.jpg


Portrait de Marguerite d'Autriche - vers 1482 - 1500
attribué à Jean Hey (le Maître de Moulins ?)
Metropolitan Museum of Art - New York

 

En 1487, toujours attaché à Pierre de Beaujeu comme fourrier de la maison de Beaujeu, on le charge (avec Lancelot de la Varanne, successeur de Tristan l'Ermite comme prévôt de l'hôtel) d'aller récupérer en Anjou les bijoux et diamants qu'Anne de Bretagne avait confiés, pendant la Guerre folle, à Mme du Plessis-Bourré. Il signa le 6 octobre 1487 un reçu. (cf lettre 1 dans Perréal alchimiste)

 

Jean Bourdichon, vers 1503-1508
détail d’une miniature
Grandes Heures d'Anne de Bretagne, BNF

 

 

 

Extraits de Monique Chatenet, la Cour de France au XVIe siècle - Vie sociale et architecture, Picard, 2002.

 

La Fourrière et l'Écurie

 

10 000 personnes composent le train de la cour sous François Ier.

Sous la responsabilité du grand maréchal des logis, la fourrière a la mission redoutable d'organiser les déplacements du roi. On y reviendra plus loin. L'écurie, au budget considérable, est l'un des services les plus importants de la cour, d'où le rôle éminent du grand écuyer qui, lors des cérémonies, porte l'épée du roi. Sous ses ordres, les écuyers administrent les énormes écuries royales - divisées en grande et petite écuries en 1582 - qui regroupent les " grands chevaux " de tournoi et de guerre, les chevaux et les mules des litières et des chariots servant aux transports quotidiens, enfin les coches ou " chariots branlants " - futurs carrosses - dont la mode se développe au cours du siècle, comme le raconte dans ses mémoires Jacques-Auguste de Thou. 

L'écurie comprend en outre des " chevaucheurs " à qui incombe le service de la poste royale. En dépendent aussi les pages ou " enfants d'honneur ", qui font à la cour leur éducation et participent notamment au service de la table en portant la " viande du roi ". 

 

La répartition des logis

 

Comment procède le service de la fourrière ? Un texte intitulé Ordre qui de tout temps a esté observé et gardé de par les maréchaux des logis et fourriers du roy au faict et departement des logis de Sa Majesté [vers 1560-1564 ; BnF, fr. 7225, fol. 377-380] précise la manière dont opèrent les fourriers lors d'un déplacement pour " départir " les logements du roi, des reines et des enfants de France en " ville " ou en " village ", en lieu " large ", " étroit ", " très étroit ", voire " pressé ". Sans entrer dans des détails inutiles, il est intéressant de comprendre les grandes lignes de cette opération qui s'apparente sans doute au mode de déplacement des armées royales. Le calcul des fourriers était basé sur une équation préétablie entre corps d'officiers et paroisses (ou corps d'officiers et quartiers quand le roi séjourne dans une grande ville).

 

La Chambre (p. 22-25)


On l'a beaucoup dit : la principale modification opérée par François 1er dans la maison du roi concerne la création du corps des gentilshommes de la chambre. En fait, il s'agit surtout d'un changement de dénomination, le rôle assigné à ces nouveaux officiers correspondant d'assez près à celui des chambellans, tel que le décrit Machiavel vers 1500 :

 " L'office de chambellan consiste à faire compagnie au roi, à le précéder dans sa chambre, à assister aux séances du conseil ; et dans le fait ce sont les hommes du royaume qui jouissent de plus de considération. Ils ont des traitements considérables de 6, 8, 10, 11 000 francs ; cependant quelques-uns n'en ont pas du tout, parce que le roi donne souvent ce titre à des personnes dont il veut honorer les services, et quelquefois même à des étrangers. Ils jouissent dans toute l'étendue du royaume du privilège de ne point payer de gabelles ; et pendant qu'ils sont à la cour, ils mangent à la table des chambellans qui est la première après celle du roi. "

(Tableau de la situation de la France, 1510) Machiavelli 1954, p. 484; éd. fr.: Machiavel 1823-1826, t. VI, p. 447-507.

Toutefois, le nouveau titre permet au roi de se composer un brillant entourage de favoris tout en accordant généreusement celui de valet de chambre (avec l'exemption fiscale qui lui est attachée) à des hommes de mérite, et notamment à des artistes ou à des humanistes de renom. Dès le règne de François 1er, la responsabilité effective du service est passée au Premier gentilhomme de la chambre avec l'immense privilège qui en relève de dormir dans la chambre du roi - et donc de voir le souverain avant son lever. Les noms des responsables de la chambre de François Ier et de Henri II : Guillaume Gouffier, Claude d'Annebaut et Jacques de Saint-André – trois favoris insignes – font comprendre d'eux-mêmes l'importance stratégique de la charge. 

Le service concerne toutes les activités prenant place dans la chambre, la garde-robe et le cabinet du roi lever, toilette, vêtements, santé mais également ce qu'on appelle d'abord " les affaires ", puis le " conseil du cabinet ", c'est-à-dire un conseil privé, et le secrétariat personnel. Aussi, outre les gentilshommes et les valets, le service de la chambre comprend-il une série d'officiers aux rôles les plus divers : maître de la garde-robe et valets de la garde-robe qui s'occupent des vêtements du roi avec quelques artisans tailleur, savetier, pelletier, tapissier, peintre ou menuisier. Pour la santé, les médecins du roi, avec le chirurgien et les apothicaires, pour la toilette le barbier, pour les affaires enfin les fameux notaires et secrétaires du roi. 

 

La Maison de la reine


La maison de la reine, qui n'atteint jamais les dimensions de celle du roi, est néanmoins la seconde par la taille, bien avant celle du dauphin. La seule à la concurrencer voire à la dépasser, est la maison de la mère du roi, en particulier quand cette dernière détient, elle aussi, la dignité de reine.

Depuis Anne de Bretagne qui l'a profondément réorganisée, sa composition est similaire à celle du roi, avec toutefois deux différences importantes.

D'une part, sa direction est confiée à un " chevalier d'honneur ", charge équivalente à celle du grand maître dans la maison du roi, comme l'écrit l'anglais Richard Cook qui a laissé une description très précise des maisons des reines en 1584 (Potter et Roberts, 1988, p. 312-326) :  

" La cour de la reine mère et de la jeune reine dans ces deux cours, les principales dignités résident dans la personne de leurs chevaliers d'honneur, car ils sont dans ces cours les surintendants de toute la maison et sont reconnus comme ayant autorité sur tous les maîtres et gouverneurs de celle-ci. Tous les maîtres d'hôtel inférieur, et tous les autres officiers leur rendent compte de toutes les dépenses. La charge principale et la plus honorable de ces chevaliers consiste à accompagner et à servir les reines partout où elles se rendent, de les aider à monter ou descendre tous les escaliers, à monter ou à descendre de leurs chevaux et de leurs carrosses ou dans tout pas sage difficile. Et ces chevaliers les conduisent seulement par le bras et leur portent assistance en tout lieu. "

D'autre part et surtout, le service de la chambre est assuré par des femmes les " dames ", les " filles " et les " femmes " de la reine. Sous la responsabilité de la " dame d'honneur ", elles forment à peu près le quart des effectifs dans les maisons féminines :

" Parmi les demoiselles d'honneur [dames et les filles de la reine], il y en a une chargée de toutes les commander et les gouverner, appelée Dame de Honeur de la Royne regnente Cette dame a pour charge de se tenir constamment dans la chambre de la reine où ailleurs au milieu des demoiselles et de servir et d'assister les reines, en toute occasion. "

Les dames de la reine, qui tiennent un rôle analogue à celui des gentilshommes de la chambre dans la maison du roi, appartiennent à la noblesse en faveur, de même que les filles de la reine (ou demoiselles d'honneur) qui sont des jeunes filles, ou les gouvernantes des enfants. En revanche, les femmes (ou femmes de chambre), les nourrices, les lavandières et a fortiori, les " femmes de retrait " appartiennent à des couches plus modestes de la société.