Valet

 

 

En juin 1493, le Consulat de Lyon le charge de visiter des travaux de voirie : « A Jehan de Paris varlet de chambre du Roy (...) pour les peines et salaires qu’il a eus a voir et visiter l’œuvre dessus dite, mesurer et compasser icelui et autres causes (...) »

 

En janvier 1508, Perréal est invité à visiter le chantier du pont du Rhône : « Par ordonnance de mes dits seigneurs les conseillers, messire Denis Garbot (procureur de la ville) a esté prier Jehan de Paris, paintre et varlet de chambre du Roy, nostre Sire, qu'il voulsist aller veoir et visiter l'œuvre du pont du Rosne … »

 

Deux extraits d’écrits de Jean Lemaire de Belges :

« Mais vostre bon amy, et mon singulier patron et bienfaiteur, nostre second Zeuxis ou Apelles en peinture, maistre Jean Perreal de Paris, peintre et varlet de chambre ordinaire du Roy, duquel la louenge est perpetuelle et non terminable » dans la préface de sa Légende des Venitiens en 1509.

 

« Jean Le Maire De Belges, treshumble disciple et loingtain imitateur des meilleurs indiciaires et historiographes, au sien tressingulier patron et protecteur maistre jehan perreal de paris, painctre et varlet de chambre ordinaire du roy treschrestien, salut. » dans Illustrations de la Gaule et singularités de Troyes, paru en 1510.

 

En 1510, Perréal est nommé peintre et valet de chambre de Marguerite d’Autriche.

 

« … ung myen seigneur & bon amy Jehan Perreal, autrement dict Jehan de Paris. Varlet de chambre & excellent Paintre des Roys, Charles huitiesme, Loys douziesme, & Francois Premier de ce nom, m'a comuniquee & baillee moult bien pourtraicte de sa main »écrit Geoffroy Tory dans la présentation de son Champ fleury publié en 1529.

 

 

De Philippe Beaussant :

« Mais est-ce qu'on " gracieuse " un valet ? Est-ce qu'on " donne des louanges " à un valet ? C'est cette fois le vocabulaire qui nous trompe. Le siècle des Lumières et à sa suite le siècle bourgeois nous empêchent de voir les choses comme elles étaient. Le XVIIe siècle, si complexe, n'en finit pas, lui, d'emboîter, d'ajuster et de tuiler le Moyen Age, le présent et l'avenir, et de faire coexister des notions, des manières d'être et de sentir qui nous paraissent contradictoires et qui ne l'étaient pas.

" Valet ", au XVIIe siècle, c'est encore un titre de noblesse, et c'est déjà en train de devenir une injure. C'est encore, comme ici, un privilège (que Jean-Baptiste Poquelin a tenu à conserver pour son fils), et c'est déjà la plus basse condition domestique.

Valet, c'est le titre qu'on donnait au Moyen Age aux jeunes seigneurs qui faisaient leur service noble, avant d'être armés chevaliers ; on était page, puis valet. Quand Villehardouin raconte qu'on a envoyé un messager au roi " avec le valet de Constantinople ", de qui parle-t-il ? Du fils de l'empereur...

Quand Louis XIII nomme Jean Poquelin père Tapissier-Valet de chambre du roi, il lui confère la plus haute distinction qu'il puisse accorder à un membre de la corporation des tapissiers : il l'élève jusqu'à lui, le prend parmi ses gens, le charge de travailler à la décoration de ses châteaux et lui donne pour signe distinctif dans sa propre chambre, de lisser la couverture de son lit. C'est une manière d'anoblissement ; et c'est bien ainsi que Molière l'entend. 

Mais cela ne s'entend ainsi qu'à l'intérieur de ce système qu'est la cour. Hors de la cour, les choses ont changé, et le mot avec elles. Un siècle avant Molière, Etienne Pasquier notait déjà cette évolution : " Valet anciennement s'adoptait fort souvent à titre d'honneur près des rois, car non seulement on disait Valet de Chambre ou de Garde-Robe, mais aussi Valet tranchant et d'écurie ; et maintenant le mot valet se donne dans nos familles à ceux qui entre nos serviteurs sont de moindre condition. "  

Cent cinquante ans plus tard, Saint-Simon, lorsqu'il écrit " le maréchal de Noailles, le plus valet de tous les hommes ", a déjà fait glisser le mot vers sa valeur la plus méchamment péjorative. Méfions-nous des mots. C'est à peine si leur carapace change quelquefois un peu avec l'orthographe : mais ce dont ils parlent s'est transformé avec les choses, avec les manières de vivre, avec les mœurs, avec les pensées. Les mots sont pleins de sous-entendus, dont les hommes les remplissent comme des pâtés en croûte et parfois nous ne comprenons plus ce qu'ils disent. »

Philippe Beaussant, Le Roi-Soleil se lève aussi, Gallimard, 2000, pp. 70-71.