Ingénieur et contrerolleur
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En plus d’être régulièrement sollicité lors des entrées solennelles et royales, en 1485, 1489, 1490, 1494, 1499, 1503, le Consulat de Lyon lui confie divers chantiers à diriger, en tant que "contrerolleur", architecte ou ingénieur des missions de surveillance, d’entretien et de création de bâtiments et de voirie
Il est chargé de visiter des travaux de voirie, par exemple le 19 juin 1493, pour l’hôpital projeté par le chapitre Saint-Paul au lieu dit des Deux Amants.
« A Jehan de Paris varlet de chambre du Roy (...) pour les peines et salaires qu’il a eus a voir et visiter l’œuvre dessus dite, mesurer et compasser icelui et autres causes (...) » (CC523, f°111)
En 1509, il est sur le chantier de la construction d'un pont sur le Rhône pour lequel il fait un dessin, et de l’alignement des quais de la Saône.

Cette reproduction d'après une estampe montre le pont du Rhône
tel qu'il figure dans le plan scénographique de la ville de Lyon vers 1550.
Photo Bibliothèque municipale de Lyon
Cette même année, Perréal visite le chantier du pont du Rhône, dont deux piles se sont écroulées au commencement du XVIe siècle et plusieurs années s'étaient déjà écoulées sans qu'il eût été possible de les réédifier. Un maçon s’occupait déjà de ce chantier mais le consulat jugea bon de lui adjoindre Perréal pour surveiller les travaux et apporter son expérience.
Le lundy xve de janvier mil ve et huit (1509, N.-S.).
Par ordonnance de mes dits seigneurs les conseillers, messire Denis Garbot (procureur de la ville) a esté prier Jehan de Paris, paintre et varlet de chambre du Roy, nostre Sire, qu'il voulsist aller veoir et visiter l'œuvre du pont du Rosne et compasser les scindres (les échafaudages de bois destinés au cintrage de la voûte) posez ou premier arc. Par quoy le dit de Paris est venu sur la dicte œuvre, et avec luy maistre Glaude Cleret ont veu et visité a aussi compassé les dits scindres, en la présence de Girard Grangier, Guillaume Noytallon et Lucas Cochin, massons et charpentiers ayans le priffait (le prix fait, le marché de l'entreprise) des dits ouvraiges.
Et, après avoir aussi veu et compassé le traict des dits scindres, gecté en l'esglise des Courdelliers (ce plan avait été tracé sur le pavé de l'église des Cordeliers de Saint-Bonaventure), les dits de Paris, Cleret et autres massons et charpentiers ont résoulu coupper et abaisser les dits scindres par le hault d'ung pié et demy, et sera fait une charche de postz selon la droicte rondeur du dit traict et du nyveau, dont le dit de Paris a fait ung pourtraict.Fortuné Rolle, Archives de l’Art français, 1861, p. 115-116.
[Dans les années 1502-1503, Léonard de Vinci est sollicité par le sultan Bayezid II pour concevoir un pont au-dessus de la Corne d'Or. Le projet de Vinci utilise trois principes de géométrie : l'arc cintré, la courbe parabolique et la clé de voûte. Mais le sultan ne donne pas son approbation pour ce pont à tablier unique sans précédent de 240 m de long et 24 m de large.]
En février 1518, il visite la rue de l’Arbre-Sec pour étudier les possibilités de pavement de l’artère.
« Mesd. seigneurs les conseillers ont ouy le rapport de monseigneur le contrerolleur Jehan de Parys qu’il a faict et avec luy maistres Jehan des Salles, Nycod Cabe, charpentiers, Guillaume de Cheyssieu et Anthoine Goyet, massons jurez dudz. Lyon, qui ont visité et lyvellé la rue de l’Aberbre-Sec jusues a Rosne pour la fayre paver et conduyre les eaues au Rosne.
Et veu par eulx ung portraict faict par ledz. contrerolleur de Parys pour fayre ledz. pavey a esté ordonné par mesdz. seigneurs qu’on doit faire faire ledz. pavey selon ledz. portraict et comme il a esté marqué sur le lieu par ledz. de Paris et maistres jurez. Et ainsi a esté ordonné le fayre a Edoart grant, commis et ayant charge dudz. pavey et pour ce luy esté baillé ledz. portraict. »
Rue de l’Arbre-Sec dans le quartier des cordiers
au milieu du XVIe siècle
Le mois suivant, les consuls le remercient pour ses différentes missions, dont celle « a nyveller plusieurs ruhes que aprés le bastiment de l’hospital ».
Le 2 novembre 1523, il est nommé par le roi « commissaire général et maître des œuvres des réparations des fortifications, etc., des villes et places du Lyonnais, Forez et Beaujolais », charge qu’il semble avoir refusé ou du moins qu’il ne garde pas très longtemps. En effet, en 1524, une mention des archives de Lyon explique que Perréal a renoncé à cette fonction :
« A esté veue certayne renonciation faicte, gectée et présentée par monsieur le contrerolleur Perréail, dict de Paris, touchant la commission que le Roy luy a donné par lettres patentes de conduyre les fortiffications de ceste ville, faire les marchez et autres choses contenues en ses dictes lettres ; par la quelle renonciation il est content ne soy mesler des ditz priffaitz et marchez, pourveu qu’on ne… » (Malheureusement la phrase s’arrête là.)
Fortuné Rolle, Archives de l’Art français, 1861, p. 133. Délibération consulaire du 15 mars.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5550740h/
Il sera pourtant sollicité à nouveau en 1524 par le Sénéchal de Lyon pour contrôler les murailles et clôtures de la ville.
« Aussi mond. seigneur le seneschal a adverty qu’il sera bon que monseigneur le contrerolleur Jehan de Paris voyse visiter se l’oeuvre des murailles et clousture de la ville se le tout se conduict bien. Sur quoy a esté par le consulat en absance de mond. seigneur le senechal. »
Tania Lévy,
https://theses.hal.science/tel-01688643/file/L%C3%A9vy_Tania_These_Volume2_HALSHS.pdf
Jacques-Jules Grisard, Notice sur les plans et vues de la ville de Lyon de la fin du XVe au commencement du XVIIIe siècle, 1891.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k503836m
Alain Caracco, Les plans de Lyon, L'Influx, 2025.
https://www.linflux.com/lyon-et-region/lyon/les-plans-de-lyon/

Vue de la ville de Lyon en 1548
par Androuet du Cerceau
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Je cite la conclusion (p. 165-166) de l'étude de Pierre Pradel :
Le « titre même de peintre s'espacera d'ailleurs peu à peu dans les textes mentionnant Perréal, laissant place au qualificatif plus sonore et plus creux de "contrerolleur" qui prévaudra sous le règne de François Ier.
Peut-être nous sera-t-il permis de connaître un jour l'exacte portée de cette fonction qui témoigne d'aspirations très nettes, quels que soient les effets qui en résultèrent. Il reste en tout cas à Perréal l'incontestable honneur d'avoir voulu hausser la condition de l'artiste en France et d'avoir recherché auprès de Marguerite d'Autriche et à la Cour de France une sorte de contrôle général des Arts. Il semble qu'il fut dépassé par les événements. L'idée ne sera pas perdue ; mais c'est à des Italiens que François Ier confiera la fonction et il faudra attendre le règne de Louis XIV pour voir s'établir cette gérance de l'art officiel dont Perréal avait rêvé à son profit dès les premières années du XVIe siècle. »
N'y a-t-il pas ici une désillusion dont naîtra en 1525, en partie, la tapisserie Pavie (que certaines et certains nomment inexactement Le Toucher de la tenture La Dame à la licorne de Cluny) ?
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