Ses origines

 

*

Que savons-nous de Jehan Perreal ?

 

Peu de choses, tout comme pour une pléiade d'artistes contemporains. Plusieurs raisons expliquent ces silences : l'époque n'était pas à signer ses œuvres, l'iconoclasme protestant a détruit nombre d'œuvres d'art dans les églises et cathédrales, les révolutionnaires ont fait le reste sans oublier le désir de "modernité" du clergé du XIXe siècle qui a fait disparaître bien des chefs-d'œuvre.

« Au nom de Pierre Sala est associée une autre personnalité éminente de la vie artistique lyonnaise, Jean Perréal, véritable homme orchestre, poète, diplomate, organisateur et décorateur de fêtes, peintre et enlumineur, mais dont la réputation tenait principalement à son art de portraitiste. Il est difficile d'évaluer l'influence de ce personnage, qui au surplus eut une carrière de peintre de cour, sur le milieu artistique de sa ville d'adoption. »

François Avril, Les Manuscrits à peintures en France - 1440-1520, BN et Flammarion, 1993, p. 357 (livre écrit avec Nicole Reynaud).

 

*

Où est-il né et à quelle date ?

 

Origine parisienne ?

 

Alfred Michiels l’affirme en 1877 :

 « Jean Perréal dut naître vers 1455, et l'on ne peut guère douter qu'il ait vu le jour sur les bords de la Seine. La persistance avec laquelle on le nomme Jean de Paris, Jean Perréal, dit de Paris, dans toutes les pièces officielles, prouve suffisamment qu'il eut pour berceau la métropole française. Pourquoi changea-t-il de résidence, pourquoi vint-il se fixer à Lyon ? C'est ce qu'on ne saura probablement jamais. La première date qui le concerne, dans les archives communales, est celle du mois d'avril 1483… »

L’art flamand dans l'Est et le Midi de la France, volume 9 de Histoire de la peinture flamande depuis ses débuts jusqu'en 1864, Renouard, 1877, p. 197.

https://books.google.fr/books?redir_esc=y&hl=fr&id=EGlRAAAAcAAJ&q=Perr%C3%A9al#v=snippet&q=Perr%C3%A9al&f=false

 

Dans les Chroniques posthumes consacrées à l'Histoire de Charles VIII de Guillaume de Jaligny, secrétaire des ducs de Bourbon, composé de 1483 à 1498 et publié en 1617, dans la liste des officiers de feue la reine Charlotte, épouse de Louis XI, un « Iean de Paris » est nommée comme « varlet de chambre » pour une rémunération de « six vingt livres ». La reine a vécu très longtemps au château d’Amboise.

Il est dit "Johannes Parisensis". Le surnom "de Paris" ne signifie pas obligatoirement une naissance à Paris.

 

Origine lyonnaise ?

 

Mais il n'est pas forcément né à Lyon où il a longtemps résidé.
Pour Étienne Bancel, il serait né à Lyon vers 1460 ou 1463 ; il se serait marié vers 1492 :

Étienne Bancel, Jehan Perréal dit Jehan de Paris, peintre et valet de chambre des rois Charles VIII, Louis XII et François Ier, Paris, Launette, 1885 ; et Slatkine, 2013, p. 17 et 158.

Dans l’ouvrage Lyon Renaissance, Arts et Humanisme (sous la direction de Ludmila Virassamynaïken, Musée des Beaux-Arts de Lyon & éditions Somogy, février 2016), on peut lire :

« Issu d’une famille d’artistes lyonnais, Jean Perréal, portraitiste, poète, architecte, alchimiste et ingénieur, eut probablement une formation parisienne, ce dont témoignerait son pseudonyme « Jehan de Paris », mais c’est à Lyon où il fut une figure de la vie artistique et intellectuelle que l’artiste est le mieux documenté. »

Daniel Régnier-Roux, Ingénieur de recherche CNRS, Institut d’histoire de la pensée classique (GRAC UMR 5037), École normale supérieure de Lyon.

« Connu de son temps comme « Jean de Paris », Jean Perréal n’en accomplit pas moins une large part de sa carrière à Lyon, où il est mentionné à partir de 1483. »

Ludmila Virassamynaïken, Conservatrice du Patrimoine, chargée des peintures et sculptures anciennes, musée des Beaux-Arts de Lyon.

https://www.mba-lyon.fr/sites/mba/files/medias/images/2019-11/Cat%20Renaissance%20Lyon%20Demat_OKsecu.pdf

Tania Lévy, dans sa thèse « Mysteres » et « joyeusetés » : les peintres de Lyon autour de 1500, (sous la direction de Fabienne Joubert, Université Paris-Sorbonne, 2013, p. 95-97), résume la carrière de Jean Perréal (je supprime les références aux documents originaux) :

« PERREAL, JEAN, PEINTRE, 1483-1529
Jehan de Paris dit Perreal, Perrail
Habite du côté de l’Empire, tout d’abord dans le quartier de la Gerbe et de Saint-Nizier.
Dès 1493, il possède un jardin dans le quartier de la rue Mercière, alors non bâti et il loue alors une maison à Pierre de Bastida, secrétaire de l’église Saint-Nizier. Il est taxé à 5 s.
A partir de 1512, il habite vraisemblablement sur ce terrain ou dans son voisinage. Il est alors voisin de Jean Ramel et Blaise Chobal Vazel en 1515 (ces deux derniers sont eux-mêmes voisins d’Antoine de la Vanelle). Il possède également plusieurs terres hors de la ville, à Saint-Sébastien et Ecully.
Marié, il élit, avec son épouse, sa sépulture dans l’église Saint-Nizier en 1522.
Sa fille et sa veuve sont mentionnées en 1535, 1538 et 1545. Il avait au moins un fils, dont aucune trace ne subsiste dans les archives lyonnaises, mais qui est connu par une lettre de Perréal (Pradel 1963, p. 156, 167). Ses héritiers sont mentionnés de son vivant, dès 1515.
Il est qualifié de peintre jusqu’en 1515 puis de contrôleur après 1523. Une unique mention permet d’identifier le Jean de Paris peintre avec le Jean de Paris contrôleur, celle de 1528-1529. Le titre de maître est accolé à son nom en 1498 dans les listes d’Établies.
Sa qualité de peintre du roi, reportée dans les registres à partir, étonnamment, de 1495 (il s’agit de la date de la collecte et non de celle de la rédaction du document), lui permet d’être exempté de la plupart des taxes. Ses meubles sont estimés à 100 £ en 1515-1516. En revanche, en tant que contrôleur, il s’acquitte d’impôts : il est alors taxé à 25 s. En 1524, les consuls, considérant les plaisirs que le peintre a fait à la ville « au fait et [...] des fortifficacions », l’acquittent des taxes de l’année.
Selon une lettre de Corneille Agrippa, ami du peintre, Perréal se trouve à la cour à Saint-Germain-en-Laye en 1527 (rapportée par Bancel 1885, p. 155). Selon M. Roy, il est mort à Paris vers 1530 (Roy 1909) après avoir travaillé au château de Melun pour François de Bourbon. Ce dernier engagement semble peu probable au regard du refus de Perréal d’accepter le titre de contrôleur des fortifications plusieurs années auparavant.
On lui connaît au moins deux serviteurs, François et Nicolas, tous deux nommés dans les comptes de l’entrée de 1490.
En 1506, il intercède auprès des consuls afin d’obtenir la permission pour Antoine Megret de faire faire une terrasse sur une tour. Il reprend son rôle de porte-parole en 1508, cette fois pour Michel Lalleman, à propos d’un mur nouvellement construit.
Jean Perréal travaille pour le Consulat dès 1483 : il s’occupe du char de saint François de Paule sur son chemin vers Louis XI. Il est ensuite régulièrement sollicité lors des entrées solennelles et royales, en 1485, 1489, 1490, 1494, 1499, 1503.
Les Consuls le chargent également de visiter des travaux de voirie, par exemple le 19 juin 1493, pour l’hôpital projeté par le chapitre Saint-Paul au lieu dit des Deux Amants. Il est encore sur le chantier du pont du Rhône en 1509, pour lequel il fait un dessin des améliorations à apporter. En février 1518, il visite encore la rue de l’Arbre-Sec pour étudier les possibilités de pavement de l’artère. En mars de la même année, il est justement remercié pour ses différentes peines, dont celle « a nyveller plusieurs ruhes que aprés le bastiment de l’hospital ». En 1524, les consuls souhaitent le solliciter pour contrôler les travaux des murailles.
L’une des premières commandes passées à Perréal semble être le fait du chapitre de Saint-Nizier qui demande à un Jean de Paris, en 1486, une enluminure destinée à réaliser la bannière de l’église.
En 1505, c’est à lui que Louis XII confie sa vaisselle d’or (BnF, mss. fr. 22355, f°213 et suivants ; cf. Laborde 1850, tome II, pp. 748-749). Il se fait à l’occasion le porte-parole des souverains : pour exprimer les remerciements de la reine en 1509 ou le mécontentement du roi en 1512.
Son entremise dans cette dernière affaire incite la ville à modérer son impôt. Il est ensuite envoyé en Angleterre afin de préparer la future reine, sœur de Henry VIII, pour son mariage avec le roi français (Rymer 1741, tome VI, p. 181).
À partir de 1505, il reçoit une pension de Marguerite d’Autriche, pour une raison inconnue ; il s’occupe ensuite de livrer des dessins et de solliciter Michel Colombe pour la sculpture des tombeaux projetés à Brou (cf. Bruchet 1927 et Pradel 1963). Les rois de France le font également travailler : il réalise le dessin du tombeau des parents d’Anne de Bretagne au tout début des années 1500, livre un dessin à Louis XII en 1507 et organise les obsèques de la reine en 1514 et du roi en 1515.
Il voyage en Italie dans la suite de Louis XII à deux reprises ; il tente d’ailleurs de se mettre au service du marquis de Gonzague en 1499 (Pradel 1963, pp. 142-144 ; Brown 1981, pp. 129-132).
François Ier le nomme contrôleur des fortifications en 1523, charge qu’il décline peut de temps après. Il supervisait déjà de fait une part des travaux de la cité avant cette date.
Un premier catalogue des œuvres qui lui sont attribuées a été établi par Ch. Sterling en 1963, augmenté ensuite par N. Reynaud en 1993 et 1996. Son nom est régulièrement évoqué pour des enluminures ou de petits panneaux voire des vitraux produits dans la région lyonnaise. »

https://theses.hal.science/tel-01688643v1/file/L%C3%A9vy_Tania_These_Volume2_HALSHS.pdf

Perréal habita, à Lyon, la rue Buisson ou la rue de la Gerbe. Il était, en 1498, dizenier dans son pennonage. Il eut ensuite une maison rue Thomassin, un jardin rue Confort et une autre petite maison avec vigne au lieu dit des Gorges, à Ecully.

 

Origine berrichonne ?

 

Un Jean de Paris est signalé à Bourges en 1484.

« Depuis la fin du XIVe siècle, Bourges attire les artistes étrangers agissant pour le compte de riches mécènes, comme Jean de Berry, Jacques Cœur ou Charles de France, frère de Louis XI.
Ce contexte permet également à des artistes berruyers de gagner en notoriété. Ainsi, à l’aube du XVIe siècle, on compte au moins cinq ateliers d’enlumineurs, dont celui de Jean Colombe reste le plus célèbre, et plusieurs familles de peintres-verriers. Ils résident majoritairement autour de la rue Porte-Jaune.
Des artistes très en vue passent par Bourges, comme le peintre Jean Perréal, qui participe à l’organisation de l’entrée royale de Louis XII et Anne de Bretagne en 1506. »

Cf. La Renaissance à Bourges :
http://ville-bourges.eu/__medias__/files/pdfs/patrimoine/renaissance.pdf

 

Vue de Bourges gravée par Chaumeau en 1566
et lithographiée par Hazé en 1836

https://view.genially.com/63d25201814c9f0011a39713/interactive-image-la-ville-de-bourges-au-moyen-age

https://france.jeditoo.com/Centre/Bourges.html#gsc.tab=0

 

Dans le texte 1 que je cite à la page suivante à propos du mariage de sa fille Marguerite, Paul Moreau écrit :

« M. de Girardot, dans son intéressant travail sur Les Artistes de Bourges, écrit à la page 9 : « 1484. Le rôle d'un emprunt de la ville donne le nom de Jehan de Paris, enlumineur », et page 40, il cite encore avec d'autres peintres, Jean de Paris, à la date de 1506.
S'il s'agit ici de Jean Perréal, nous remontons
de dix ans sa carrière, et nous nous donnons la liberté de supposer, bien gratuitement, que sa fortune a pu dater du passage à Bourges de Charles VIII se rendant en Italie.
Quoi qu'il en soit, homonymie ou identité, un document absolument authentique nous montre ici la famille du renommé peintre.

« Le dernier jour de juin 1511, Georges de Ruilly, pelletier, de Bourges, passa contrat de mariage devant Chaumeau, not. roy, en cette ville (Arch. Cher, E, 1716) avec « Marguerite Perreal, fille de noble homme Jehan Perreal, dit de Paris, varlet de chambre ordinaire du Roy, notre Syre, et de la Royne ». Le père, non qualifié en domicile, suivait sans doute la Cour.
À ce contrat, fort sommaire du reste, intervint Léonarde Perréal, tante de la future et vraisemblablement son hôte.
Elle promit de « habiller la d. Marguerite, sa nièpce, bien et honnestement » ; en outre, elle la dota de 80 livres tournois et d'un lit garni de « coecte ». Fut témoin : Jean Richier dit d'Orléans, le Jehan d'Orléans cité avec Jean de Paris, en 1506, à la page 40 de l'opuscule Girardot. »

En résumé, soit par l'art, soit par le domicile, soit par la famille, le vieux maître français Jean de Paris
a son nom associé à celui de la ville de Bourges.
À d'autres de rattacher plus intimement cette illustration à notre pays de Berry. »

 

Auguste Théodore de Girardot, Les artistes de Bourges depuis le Moyen Age jusqu'à la Révolution, Paris, Librairie Tross, 1861, p. 9 et p. 40-41.

Paul Moreau, « Note sur le peintre Jean de Paris », Mémoires de la Société historique, littéraire et scientifique du Cher (1888-1889), Bourges, 4e série, vol. 5,‎ 1889, p. 33-34.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5546587t/f62.image.r=Perreal

 

Sa présence à Bourges en 1484, où sa sœur aurait pu résider, pourrait expliquer que sa fille ait épousé un pelletier de Bourges. Mariage arrangé par Jean Perréal et sa sœur ?

De sa femme il eut au moins deux fils et deux filles.
Le premier, né vers 1492, fut, en 1511 envoyé étudier à Dole.
Son second fils fut baptisé en 1496, son parrain étant le duc d’Orléans.
Une de ses filles épousa, à Bourges, le 30 juin 1511, Georges de Ruilly, pelletier ; (1511 – 18 ans = née en 1493 ou 1495 si 16 ans ?
L’autre habitait Lyon en 1529 et 1538 et était dame de Champeneux.
La veuve de Perréal vivait encore en 1545.

 

Cf. aussi : Philippe Goldman : Les verriers de Bourges à la Renaissance, Archives départementales du Cher

https://www.arviva.univ-tours.fr/actualites/recherche-enseignement-connection/7_philippe_goldman_les_verriers_de_bourges_a_la_renaissance