La Dame à la licorne :

un manifeste de théologie politique

 

 

 

 

 

 

Comme il a été montré que les tapisseries de La Chasse à la Licorne sont un manifeste monarchique visuel, une théologie politique et sacralisation de la souveraineté, essayons de le montrer avec les tapisseries de La Dame à la Licorne exposées au musée de Cluny à Paris.

 

Je considère que la tapisserie appelée actuellement Le Toucher est en réalité une tapisserie qui n’appartenait pas à la tenture initiale de 7 tapisseries centrées sur la part française de la vie de Mary Tudor, reine de France du  9 octobre 1514 au 1er janvier 1515.

Cette tapisserie postérieure a été tissée après la défaite de l’armée française à Pavie en 1525 et l’emprisonnement de François Ier à Madrid. Je la nomme Pavie.

 

Nous partons de l’hypothèse suivante : la Dame présente au centre de chaque tapisserie est Mary Tudor, reine de France de Louis XII, sa Suivante est Claude de France, les lions et les licornes sont des contemporains : François Ier, Louise de Savoie, Henry VIII, Charles Brandon duc de Suffolk, Thomas Wolsey.

 

Puis nous chercherons le dieu chrétien caché quelque part.

 

 

 

 

 

 

 

1. La Dame

comme représentation de la souveraineté

 

 

 

 

 

 

Pour André Arnaud et moi-même, la figure centrale de la Dame est Mary Tudor, dont le mariage avec Louis XII a été un acte politique majeur. En tant que reine de France, elle représente la légitimité monarchique et l’union des deux royaumes. Sa position centrale dans chaque tapisserie souligne son rôle crucial dans le maintien de l’ordre politique et social.

 

 

 

 

 

 

2. La Dame de compagnie

comme représentation de la continuitédynastique

 

 

 

 

 

La présence de Claude de France, épouse de François Ier et fille de Louis XII, comme Suivante renforce la continuité dynastique. Claude, en tant que représentante de la lignée, incarne la pérennité du pouvoir royal et son rôle dans la transmission des valeurs monarchiques.

 

La plénitude de la licorne de L'Ouïe est la projection d'un désir de grossesse, désirée et/ou simulée pour Mary, réelle pour Claude de France. Louise de France (19 août 1515 - 21 septembre 1518) est le premier enfant de Claude de France et de François Ier.

 

 

 

 

 

 

3. Les lions et les licornes

comme personnages contemporains

 

 

 


Le Goût

 

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L'Ouïe

 

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La Vue

 

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L'Odorat

 

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Le Toucher-La Tente

 

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Pavie 

 

 

 

Les lions et les licornes, souvent associées à la royauté et à la noblesse, représentent des figures historiques contemporaines comme François Ier et Henry VIII, Louise de Savoie, Charles Brandon duc de Suffolk et Thomas Wolsey.

 

 

Charles Brandon, duc de Suffolk, est devenu gendre d’Henry VIII. Le couple Mary-Charles pourrait engendrer le futur roi d’Angleterre en cas  de non-succession possible avec le ou les couples royaux.

 

Louise de Savoie, mère de François Ier, est l’une des figures clé de la monarchie après le couronnement de son fils. Elle sera régente à deux reprises (lors de l’équipée italienne : 15 juillet 1515 - 18 février 1516 et lors de l’emprisonnement à Madrid après la défaite de Pavie : 12 août 1524 - 21 mars 1526).

 

Thomas Wolsey, en tant que Chancelier est l'unique ministre d'Henri VIII, au sommet du pouvoir politique en Angleterre, et en tant qu’archevêque d’York puis cardinal, un représentant central du catholicisme en Angleterre.

 

 

 

 

 

 

 

4. L'œil anamorphosé

comme symbole de l'omniprésence

du divin 

 

 

 

La recherche de Dieu caché dans ces tapisseries pourrait être vue comme une invitation à réfléchir sur la légitimité et la nature divine du pouvoir royal.

Je veux reconnaître dans la forme verticale placée dans le triangle sommital de la tente l’œil anamorphosé du Dieu chrétien.

 

   

La présence du symbole de la Trinité contenant l’Œil à la lumière rayonnante du dieu omnivoyant, omniscient, omniprésent et omnipotent, situé juste au-dessus du mot « seul » et de la couronne de fleurs de lys, peut être vue comme une allusion puissante à la présence divine, renforçant l’idée que les enjeux politiques et sociaux des tapisseries sont imbriqués dans une dimension spirituelle.

 

 

 

 

 

 

5. La Dame à la licorne

comme illustration et sacralisation

de la monarchie

 

 

 

Je considère que ces tapisseries (les sept de la tenture initiale et la huitième postérieure d’au moins dix ans) veulent confirmer l’ordre divin dans la monarchie. Leur mise en scène affirme la sacralisation du pouvoir royal : la souveraineté est une extension de la volonté divine (la fleur de lys centrale touche cet œil). Les rois et reines, lieutenants de Dieu sur Terre, sont guidés par l’autorité divine.

 

La devise de Mary Tudor était : La voullente de Dieu me suffet ; la volonté de Dieu me suffit.

 

 

 

 

 

La Dame à la Licorne est l’œuvre d’Antoine Le Viste et de Jean Perréal, des proches du pouvoir monarchique.

 

 

 

Antoine Le Viste sera successivement : en 1493, rapporteur et correcteur de la Chancellerie, succédant à son père ; en 1513, Maître des Requêtes ; en1520,  Prévôt des marchands de Paris ; en 1523, quatrième Président à mortier du Parlement de Paris. Cette dernière ascension est annoncée comme suit : " la promotion de nostre amé et feal conseiller, maistre Antoine Le Viste, à l'office de quart président en nostred court ".

 

Il sera investi deux fois par François Ier comme ambassadeur auprès des souverains étrangers : d'octobre 1515 à mai 1516, auprès des Cantons suisses, pour négocier le traité de Genève ; en avril 1527, en Angleterre pour négocier le traité de Westminster ou traité de paix perpétuelle qui prévoit le mariage de Mary, princesse de Galles, fille de Catherine d’Aragon et d’Henry VIII, avec le dauphin, second fils de François Ier.

 

 

 

 

 

Jean Perréal sera peintre officiel de trois rois successifs Charles VIII, Louis XII et François Ier, de la reine Anne de Bretagne et de Marguerite d’Autriche, duchesse de Savoie, gouvernante des Pays-Bas bourguignons, marraine et tante de Charles Quint.

 

Quand Louis XII l’envoie à Londres auprès de la princesse Mary Tudor, sa fiancée, en 1514, il est considéré comme un véritable ambassadeur.

 

Il a voulu apparaître dans cette tenture de nature aristocratique en signant pour la première fois ostensiblement une de ses œuvres, par une marque discrète et cryptée, volontaire et signifiante, en clôture de l’inscription, dans une position comparable à une signature. Ce A barré par la corde signifie alors la première syllabe de son nom que vient compléter pour le rendre entier la couronne de fleurs de lys. Ainsi faut-il lire « Per réal ».

 

Comme il convient de lire la première lettre de l’inscription, un A barré par une autre corde, assimilé à un A coiffé d’un trait, par la syllabe « An », début du prénom Antoine, les armes des étendards et drapeaux apportant le nom de famille, Le Viste.

 

Ainsi, tous deux, exposent-ils, de façon certes discrète, leur revendication d’intégration dans l’univers monarchique : Jean Perréal comme artiste de cour sous trois rois ; Antoine Le Viste comme membre de la noblesse de robe, affirmant fortement par l’omniprésence de ses armoiries sa fierté d’avoir atteint le point ultime de l’ascension et de l’élévation sociales de sa famille.

 

 

 

 

 

Les tapisseries de La Dame à la Licorne sont à analyser comme un ensemble d’éléments visuels qui illustrent et sacralisent la monarchie, tout en intégrant des références précises, personnelles et politiques, qui enrichissent leur message.