Pavie, tapisserie autonome :
un récit historique


La tapisserie que l'on désigne ordinairement sous le nom Toucher est, dans la lecture proposée ici, une pièce autonome, commandée après la bataille de Pavie (24 février 1525) et tissée entre 1525 et 1530, Perréal mourant cette année-là. Elle est à lire non comme une allégorie sensorielle mais comme un récit historique à clés, un manifeste politique exprimé dans le seul langage qui ne puisse pas être poursuivi : le langage de la tapisserie.
![]()
L'analyse princeps

André Arnaud, dès 1981, a vu que cette tapisserie (qu’il nomme encore Le Toucher) n’appartenait pas à la tenture initiale des Cinq Sens narrant la part française de la vie de Mary Tudor Brandon, reine de France.
Il était alors cartonnier au bureau d’études et de recherches sur les tapisseries anciennes aux établissements Robert Four d’Aubusson.
Cette tapisserie du "Toucher" n'a pas pu être conçue avant l'année 1525, date de la défaite de François Ier à Pavie. Cette tapisserie relate le conflit entre François 1er d'un côté, Henry VIII, Charles-Quint et le Connétable de Bourbon de l'autre.
[…]
Dans cette tapisserie, la Licorne symbolise Henry VIII, le Lion symbolise Charles-Quint. La tête de ce Lion est la caricature même du visage de Charles-Quint. Il suffit de comparer la tête de ce lion avec n'importe quel portrait de l'Empereur pour être frappé par la ressemblance.
Cette tenture n'a pas pu être exécutée avant l'année 1500, date de la mort de Jean LE VISTE, auquel on attribue la paternité des tapisseries, puisque Charles-Quint est né cette même année 1500.
C’est une hypothèse hardie que j’ai mienne dès cette date. La tapisserie évoque la défaite de l’armée française à Pavie en 1525, et ses conséquences.
André Arnaud a génialement décelé le programme politique et diplomatique de cette tapisserie atypique. Bien des critiques ne l’ont pas vu … et ont reconstitué un ensemble fictif, en intégrant à la tenture initiale la tapisserie de Pavie comme Toucher et en inventant un sixième sens, interprétant ainsi faussement la tapisserie à la tente.
Huit tapisseries auraient dû faire le voyage Boussac–Cluny, les huit qu’évoque George Sand : une tenture complète de 7 tapisseries post-1515 consacrées à Mary Tudor Brandon. Et une tapisserie post-1525 après la défaite de Pavie. Mais deux tapisseries ont été découpées et volées par un sous-préfet ignare. Ce qui donne : 7 + 1 – 2 = 6.
(André Arnaud, « La Dame à la licorne révèle enfin son secret vieux de 5 siècles », Galerie des arts, n° 209, octobre 1981, p. 21-34.)
![]()
Une scène politique déguisée
Quelles relations Perréal a-t-il entrecroisées dans cette tapisserie qui ne ressemble pas aux autres, stylistiquement et thématiquement ?
Comme dans chaque tapisserie des Cinq Sens appartenant à la tenture initiale de La Dame à la Licorne, Perréal a doté chaque élément d’une signification particulière qui les lie en un tout cohérent, un récit historique, un document d’Histoire. Son interprétation part de la biographie réelle du commanditaire et de l’artiste et des événements politiques qu'ils ont vécus en leur temps.
Cette tapisserie appelle une lecture polyphonique où chaque figure porte une identité politique précise liée à la crise de 1525-1527.
Le lion, placé à gauche, incarne très vraisemblablement Charles Quint.

À droite, la licorne — inhabituellement caprine, velue — peut être identifiée à Henry VIII.
Au centre, la Dame concentre toute la tension de l’œuvre.

Cette tapisserie est :
L'impression initiale qui s'en dégage pour qui la découvre pour la première fois est son caractère "glacial". L'atmosphère est plus sombre, plus tendue. « C'est une tapisserie tissée contre quelqu'un ! Une provocation ! » ai-je entendu dire dans la rotonde de Cluny.
![]()
À gauche, le lion

Le lion, placé à la droite de la dame selon la convention de la tenture (soit le côté gauche pour nous) est Charles Quint, un des adversaires de François Ier lors de bataille de Pavie en 1525.
Il porte les armes Le Viste, ce qui signifie qu'Antoine Le Viste, commanditaire, place délibérément Charles Quint sous ses propres couleurs, acte d'une audace politique extraordinaire.
Ce n’est pas un lion français humilié, ni un lion anglais triomphant. Bien des commentateurs de cette tapisserie ont noté son "visage humain". Les armoiries des Habsbourg présentent un lion, figure héraldique centrale qui incarne le pouvoir et la puissance, la sagesse et la justice.
Son regard direct vers le spectateur, dans le contexte de Pavie, est chargé de sens. Ce n’est aucunement un regard de défi, d’avertissement, de proclamation, où Charles Quint, vainqueur de Pavie, nous regarderait pour nous dire : c'est moi qui ai gagné, je suis le souverain universel, maître de l'Europe. Mais ce n’est absolument pas un lion triomphant qui nous toiserait.
Dans le royaume de France post-1525, il regardait chaque jour le commanditaire, Antoine Le Viste. Ce dernier aurait-il supporté d’être regardé par l’ennemi d’hier ? Je ne pense pas. Son regard est magnanime.
![]()
Au centre, la Dame :
une figure politique composite
La scène est organisée autour d'un geste double et asymétrique, que la tradition a mal décrit.
La Dame, de sa main droite, tient fermement la hampe du drapeau aux armes Le Viste, symbole d’autorité politique et militaire, ce qui signifie qu’elle détient le commandement militaire, l'autorité sur le champ de bataille. Mais elle ne fait qu’effleurer la corne de la licorne de sa main gauche, d'un contact léger, presque précaire. Ce contraste n'est pas décoratif : il est le cœur de la signification de la scène.


Elle se tient droite, hiératique, vêtue de noir (ou de bleu nuit profond), couleur inhabituelle dans les autres pièces. Est-ce ici la couleur du deuil, de la défaite, de l’humiliation ?
Pourrait-elle être la France elle-même, ou une figure féminine incarnant la défaite ? Ou une femme réelle de la cour ? Jusqu'au règne d'Anne de Bretagne (1477–1514), les reines de France portaient le deuil en blanc. À la mort de Charles VIII, son premier mari, Anne choisit le noir et demande à la cour de suivre son exemple. À sa mort, Louis XII, son second époux, prend lui aussi le deuil en noir, en hommage à sa reine.
Après Pavie, le contexte est celui d'un deuil national : François Ier est prisonnier de Charles Quint, la France est humiliée, elle risque l’invasion puis le dépeçage. Antoine Le Viste a commandé cette pièce, comme une réponse à cet événement traumatique.

Son regard est haut, sa tête est droite, son port est noble. Ce n'est pas une femme vaincue. Elle ne regarde ni le lion, ni la licorne comme si elle les ignorait délibérément; elle regarde ailleurs, loin devant, vers un horizon à reconstruire ; et étrangement, elle paraît "regarder" en elle-même, vers quelque chose que le lion et la licorne ne peuvent pas atteindre. Il me semble que son attitude et son regard n’expriment ni honte, ni mépris, ni fierté blessée. Elle me paraît refuser de reconnaître la victoire de la coalition tripartite. Je vois une résistance silencieuse et déterminée.
George Sand écrivait dans son Journal d'un voyageur pendant la guerre de 1870
« Dans un des tableaux, la dame prend des bijoux dans une cassette ; dans un autre, elle joue de l'orgue ; dans un troisième, elle va en guerre, portant un étendard aux plis cassants… »
J’hésite à déterminer le moment qui sourd de cette tapisserie. Est-ce dans les premiers jours qui ont suivi l’annonce de la défaite française de Pavie, ou est-ce dans les mois suivants, quand tout s’est apaisé dans le royaume et que la diplomatie l’a emporté ?
Peut-on lire cette scène comme un dialogue iconographique très tendu : le lion-Charles Quint nous fixe, proclamant sa victoire, mais la Dame refuse ce regard, maintient sa dignité et sa détermination intactes malgré la défaite. Ce n'est pas la France prostrée que Perréal a dessinée mais une figure active de résistance et d'espoir.
![]()
La déesse Athéna
Jamais Pallas ne souffrira d'être vaincue.
Euripide, Les Héraclides, v. 352


Athéna entre Ajax (à gauche) et un guerrier troyen (à droite)
Fronton ouest du temple d'Aphaïa à Égine
début Ve siècle av. n.è.
Glyptothèque de Munich
Pourquoi Jean Perréal a-t-il pensé à la déesse grecque Pallas-Athéna ?
L'une des devises préférées de Louis XII était « Ultus avos Trojae » c'est-à-dire « Les ancêtres de Troie furent vengés », ce qui montre que la légende de l'origine troyenne pouvait servir de justification à des entreprises politiques d'envergure internationale.
La Dame de Pavie est-elle la Pallas-Athéna qui protégeait Troie et ses habitants ou bien l'Athéna qui portait sans cesse aide et secours aux héros de l'Attique et à la plupart des chefs grecs lors de la guerre de Troie ?
Elle est ici à la fois la protectrice de l'État et la déesse de la guerre.
La Dame, femme courageuse, qui tient bien verticalement l'étendard aux croissants, représente la France, toujours debout.
![]()
Peut-elle être Anne de France ?
Est-elle Anne de France, duchesse de Bourbon, dame de Beaujeu ?
On l'appelait aussi « Madame la Grant » parce qu'elle assura par deux fois la régence du royaume de France, lors de la minorité de son frère, Charles VIII (1483-1491), puis de l'absence du roi pendant la première guerre d'Italie (1494-1495). Elle décède le 14 novembre 1522. Mais rien n’empêche Perréal …

Le poème de Jacques de Brézé, que l’auteur de cette tapisserie connaissait forcément, Les Loenges de Madame Anne de France, écrit pendant la régence d'Anne de France, va permettre d'authentifier mon hypothèse la Dame = Anne de France = Athéna. La seconde strophe (vers 12-22) constitue à mes yeux la source littéraire de la tapisserie Pavie :
Qui vouldra veoir une passe Minerve
[une femme qui surpasse Minerve-Athéna]
Et de son temps la plus sage sybille,
De qui le sens tout autre engin enerve
[sa raison dépasse tout autre esprit]
Plus que Judith a tout bien faire habille, [habile]
Qui rent la force aux rebelles debille [débile, faible]
Et les abat par sa seule conduicte,
Qui vouldra veoir celle qui a reduicte
La guerre en paix et rigueur en justice,
Soit bon, mauvais, desloyal ou juste, isse [issu de]
Des biens comprins [compris] en ceste Anne de France.
Ces vers lui sont venus à l'esprit quand il lui fallut dessiner cette huitième tapisserie après le désastre de Pavie. Anne de France, " la rose des dames ", " la belle rose fleurye " selon les termes de Jacques de Brézé, " celle qui fortifie / Le fait du roy et son auctorité " (vers 60-61), avait l'avantage d'être encore dans toutes les pensées pour ses " vertus " :
Qui vouldra veoir l'escharboucle tres clere
Qui resplendist et fait France reluire,
Qui vouldra veoir le soleil qui esclere
A tout le siecle ou fait ses rayons luyre,
Qui vouldra veoir celle que on doibt eslire
Pour gouverner du monde la machine
Mais abolist et remet toute injure,
S'adresse a moy, car par Dieu je luy jure
Dont je dy vray sans excez de vantance,
Dont trop louer ne puis Anne de France.
(vers 45-55).
![]()
Peut-elle être Louise de Savoie ?

Louise de Savoie
née le 11 septembre 1476 et morte le 22 septembre 1531 à 55 ans.
Dès le sacre de François Ier, toute la famille des Valois-Angoulême se trouve déifiée sous l'apparence de Pallas Athéna-Minerve.
Identifiée avec Prudence par ses contemporains, Louise de Savoie est pour Symphorien Champier « princesse pacifique qui estes une autre pallas et très saige minerve ». La comparaison à Minerve/Pallas souligne ses vertus de sagesse et de gouvernement, qualités qu'elle incarne aux yeux des humanistes de l'époque. « Filz de Pallas, tant sacrée déesse / D'armes et sens » écrit-il à propos du nouveau roi.
(Symphorien Champier, Régime et Doctrinal d’un jeune prince, 1515, BnF/Gallica, Ms. Français 1959, f. 2r.)
En 1529, Jehan de Bourdigné lui accorde le titre de Dive Sabaudiensi paladi dicatus labor (Œuvre dédiée à la divine Pallas de Savoie) sur l’ouvrage qu’il offre à Louise dans la miniature de dédicace. Il accorde à la mère du roi la sagesse de Minerve en évoquant la prudente Pallas protégeant Troie. Il veut ainsi remercier la régente d’avoir sauvé de grands dangers le royaume de France, pendant la captivité de son fils à Madrid.

Jehan de Bourdigné, Hystoire agrégative des Annales et cronicques d’Anjou
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k52234b/f9.item (fol. ā4v)
Quoi qu’il en soit, la Dame campe une France fière et farouche, guerrière qui a vaincu l'ennemi et propose la réconciliation.
![]()
Toutes les deux Athéna ?

Athéna du Varvakéion
copie d'époque romaine
de la statue chryséléphantine du Parthénon de Phidias
Musée national archéologique d'Athènes
Est-elle Anne de France pour Jean Perréal et Louise de Savoie pour Antoine Le Viste ?
Jean Perréal a été peintre officiel de Charles VIII, frère d’Anne de France, et de Louis XII qui l’a envoyé en Angleterre auprès de Mary Tudor.
Antoine Le Viste a été nommé ambassadeur auprès des cantons suisses en 1515 et président de parlement de Paris et de Bretagne en 1523 par François Ier. Mais il a également commandé la tenture consacrée à Mary Tudor initialement composée de sept tapisseries.
La présence implicite de Louis de Savoie lui permettrait d’accepter, et de faire accepter, que les deux ennemis de 1525 portent ses armes.
Ma préférence se porte sur Anne de France pour les raisons suivantes :
André Arnaud :
« Des rapports étroits ont existé entre Anne de Bourbon et Mary d'Angleterre. Louis XII fit appel à sa "vieille complice" pour enseigner les bonnes manières françaises à la jeune Princesse anglaise. Il la fit venir de Moulins pour vivre à la Cour. De solides liens d'amitié s'étaient formés entre ces deux femmes. L'une et l'autre avaient un intérêt vital pour les renforcer, si besoin était ; elles avaient toutes deux à lutter contre une ennemie commune : Louise de Savoie. »
Mais la raison principale est qu’il nous manque un personnage, le troisième "larron" de la coalition anti-François Ier.
Si la Dame est Louise de Savoie, la présence du connétable de Bourbon n’est pas possible : il n’intéresserait pas le commanditaire et/ou l’artiste.
À mon avis, après la cuisante défaite de Pavie, notre peintre détruira courageusement cette identification "angoumoisine" en exaltant l'autre branche des Valois en la personne d'Anne de France.
![]()
Le connétable de Bourbon :
une absence signifiante

Charles III de Bourbon
Dessins de Jean Clouet
Chantilly, musée Condé
Le connétable de Bourbon apparaît alors via la Dame/Anne de France.
Gendre d’Anne de France, il est le dernier grand féodal du royaume de France. Il est connétable de France, le chef des armées, de 1515 à 1523.
À la mort de son épouse Suzanne, à 29 ans, en avril 1521, se pose la question de son immense héritage que revendique Louise de Savoie. François Ier, qui n'apprécie pas son cousin, fait prononcer le séquestre de ses biens. Craignant l’arrestation, il se réfugie auprès de Charles Quint qui le nomme lieutenant général de l'armée impériale. Il est tué lors de la prise de Rome le 6 mai 1527, à 37 ans.
À mon sens, il ne trahit pas, mais il choisit son camp après avoir été spolié, humilié et acculé à ce départ précipité compréhensible, presque inévitable.
Le « cacher » derrière Anne de France est lui redonner son honneur et sa dignité. La tapisserie Pavie devient alors un manifeste politique.
![]()
À droite, la licorne

André Arnaud :
« La Licorne n'a pas les mêmes oreilles que les autres licornes. Son corps n'est pas lisse et souple, mais couvert de poils. Ce n'est pas un cheval comme le veut la tradition. »
Elle est placée à la gauche de la dame (soit le côté droit pour nous) et porte elle aussi les armes Le Viste, revendication iconographique à nouveau audacieuse. Voyons dans cette licorne-caprine Henry VIII d'Angleterre, troisième partenaire de la coalition secrète de 1523.
Pourquoi lève-t-elle les yeux sur Anne de France ? Perréal place ici un geste d'une subtilité psychologique et politique extraordinaire.
Henry VIII ne la regarde pas d'égal à égale ; il lève les yeux. Il la reconnaît comme supérieure moralement et intellectuellement. Henry VIII, jeune (34 ans), puissant, Defensor Fidei, lève les yeux vers cette femme plus âgée, cette Athéna française, comme un prince vers une autorité morale qu'il ne peut pas nier.
Et Anne de France touche sa corne. Elle l'interpelle physiquement : Je vous touche, je vous retiens, regardez-moi ! et lui lève les yeux vers elle.
C'est le moment suspendu de la tapisserie : Charles Quint nous regarde : il a déjà choisi. Anne de France tient Henry VIII : il hésite encore.
La tapisserie est tissée exactement au moment où Henry VIII peut encore basculer dans un sens ou dans l'autre. Antoine Le Viste et Jean Perréal savent que ce moment est unique et fugace.
Au lendemain de la défaite française à Pavie, la position d’Henry VIII est fragile. Il se voit déjà roi de France et pour en finir au plus vite avec François Ier et avant que Charles Quint ne rétablisse l'empire de Charlemagne, Henry VIII suggère une marche concomitante des différentes armées alliées sur Paris où il recevrait la couronne française comme prévu dans le projet initial.
Mais Charles Quint a d’autres projets que relève Denis Crouzet dans sa biographie de Charles de Bourbon, connétable de France (Fayard, 2003, p. 527) :
« A l'intervention militaire impliquant une désagrégation de la structure politique française mais mettant Henri VIII à la tête d'un ensemble territorial puissant, Charles Quint et Mercurino Gattinara préfèrent un traité dont les clauses verraient la remise en liberté du roi de France en échange de concessions radicales alliant à des abandons territoriaux des indemnités pécuniaires considérables, ainsi qu'une restitution au connétable de ses anciens États et la cession à ce dernier de la Provence.
Une paix entre chrétiens ainsi scellée serait une consécration pour Charles Quint. Elle devrait permettre à l'empereur d'agir dans le sens de son accomplissement messianique : elle lui laisserait les mains libres pour réduire l'hérésie qui montait en force dans les terres d'Empire, réformer l'Église romaine, et surtout s'opposer aux Turcs et à leurs progrès toujours plus inquiétants. »
La tapisserie Pavie peut évoquer la problématique de chacun des protagonistes après l’emprisonnement de François Ier.
Il me semble que les préoccupations de l'artiste et de son commanditaire quant au devenir du royaume de France rejoignent
Celles de Louise de Savoie, du chancelier Antoine Duprat et de Florimond Robertet, le secrétaire du roi en ses finances, qui recherchent une alliance franco-anglaise, et celles que Charles Quint a finalement imposées dans un souci d'apaisement et d'équilibre européen : le royaume de France n'a pas été envahi, ni dépecé, ni réuni au royaume d'Angleterre.
Ainsi, François Ier sortira de sa prison madrilène, il épousera en … la sœur de Charles Quint, Éléonore de Habsbourg, veuve d'Emmanuel Ier du Portugal ; le traité de More, signé le 30 août 1525, permet la paix entre l’Angleterre et la France et la fin des réclamations territoriales en France du roi d'Angleterre au prix d'une pension annuelle de 20 000 livres sterling.
La licorne, même caprine, a conservé sa blancheur, apparence de pureté, de chevalerie, d'idéal, après un épisode belliqueux. Elle est autorisée à porter l'écu d’Antoine Le Viste qui sera à Londres en 1527.
Levant très haut les yeux, elle regarde la Dame de façon interrogative, son attitude dénotant peut-être la soumission, mais pourquoi pas une alliance feinte, des intentions troubles.
Il semble encore réceptif, mais fragile. En 1527-1528, le divorce d'avec Catherine d'Aragon est en cours de négociation. Henry VIII est encore dans l'Église, mais il commence à regarder ailleurs. Ce regard levé vers Anne de France est peut-être le dernier moment où il peut encore être retenu.
![]()
Un manifeste diplomatique
Pourquoi cette tapisserie post-Pavie ?
Pour Denis Crouzet (La Genèse de la Réforme française, Sédès, 1996, p.170-175), l'année 1525 est « une année de mutation dans le rapport de forces ". La défaite de Pavie est pour lui un facteur « de raidissement » :
Elle « tend à être perçue comme un châtiment divin », en particulier de l'hérésie et de ceux qui la permettent, et qui « a des conséquences immédiates. Elle met les tenants de la réaction religieuse en position de force » qui lancent « une offensive antiluthérienne et gallicane », rencontrant positivement « la première préoccupation de la cour souveraine [qui] est la restauration des libertés de l'Église gallicane, suivie par l'éradication de la doctrine luthérienne. »
Antoine Le Viste est l'un des rédacteurs des 33 articles de la Remontrance adressée à Louise de Savoie le 10 avril 1525, dont les cinq premiers concernent la religion, avant de faire feu sur l'ensemble de la politique royale : le Concordat, le désordre des finances, la vénalité des offices, dont le responsable serait François Ier lui-même.
« Les traditionalistes profitent de l'absence du roi pour pousser en avant ce qui est leur tactique d'origine : réaliser l'amalgame entre luthérisme, érasmisme et biblisme » qui rejoint des textes polémiques en français comme Le Blason des heretiques de Pierre Gringore (1524), Le Sermon de charité de Thomas Illyricus (1525) ou La Déploration de l'Église militante de Jehan Bouchet (1512, réédité en 1525).
![]()
Antoine Le Viste et Jean Perréal : témoins engagés
Cette tapisserie Pavie est assurément pour Antoine Le Viste. Ce qui confère à cette lecture sa cohérence la plus profonde, c'est qu’il était directement impliqué dans les événements de 1525-1527.
S’il a pu suivre de loin, en tant que maître des requêtes, sans y être très présent, le séjour de Mary en son royaume de France, Antoine, devenu, le 23 décembre 1523, 4e président du parlement de Paris, est très impliqué dans les événements qui suivent la défaite de Pavie.
Le 7 mars 1525, le désastre de Pavie est annoncé à Paris. Comme le rapporte François Blanchard, « Le President le Viste dans cette commune crainte fut un des premiers qui offrirent non seulement leurs biens, mais aussi leurs propres personnes pour la conservation de l’authorité royalle, & comme en l’assemblee qui se tint sur ce sujet, il avoit esté resolu de faire exacte garde dans Paris, ce grand Magistrat pour animer un chacun par son exemple, offrit de garder en personne la Porte de saint Anthoine : ce qu’il exécuta le 7 mars… » (Les Presidens au mortier, p. 143-144)
Il fait partie de la Chambre Verte, parle de la défense de Thérouanne, négocie un emprunt, avec de Selve, Guillard, il rédige les remontrances du Parlement à Louise de Savoie, il discourt au Parlement, il lit en Cour une lettre de Lyon au sujet de la santé du roi que certains disent être mort, etc… En octobre 1525, il est envoyé pour présider aux Grands jours de Bretagne.
14 janvier 1526, Le traité de Madrid. François Ier cède la Bourgogne à l'Espagne, renonçant aux prétentions de la France en Italie et à sa souveraineté sur les Flandres et l'Artois ; François Ier libéré et revient en France le 17 mars 1526, reniant aussitôt ses engagements. Ses deux fils otages à Madrid. Le 24 juillet 1527, François Ier inaugure le premier Lit de Justice dans la grande-chambre du Parlement de Paris. Il désire réaffirmer son autorité après sa captivité. Il s’en prend au Parlement de Paris qui a osé remettre en question l’autorité de sa mère et tenté d’affaiblir le chancelier de France Duprat. Le lendemain devant le conseil étroit Florimond Robertet, son secrétaire, lit aux quatre présidents la réponse royale qui les renvoie à leurs fonctions de simple justice. À l’exposé de leur conception du gouvernement, le roi leur répond par une sentence.
Puis, il leur faut dépouiller de tous ses biens et condamner à mort le connétable de Bourbon et écourter la vie de Jacques de Semblançay. Et supprimer des registres du Parlement toutes les décisions rendues pendant l’incarcération du roi pour empiétement sur l’autorité de Louise ou de Duprat.
La tenture serait alors non seulement une œuvre de commémoration politique, mais une forme de plaidoyer crypté commandé par un homme qui avait vécu ces événements de l'intérieur ; une manière de fixer dans la laine et la soie une version de l'histoire que l'on ne pouvait pas écrire ouvertement.
En avril 1527, il est, avec Gabriel de Gramont, évêque de Tarbes, le vicomte de Turenne et Claude Dodieu (son neveu), de l'ambassade qui part négocier en Angleterre le traité de Westminster ou traité de paix perpétuelle destiné à resserrer l’alliance anglaise qui prévoit le mariage de Mary, princesse de Galles, fille de Catherine d’Aragon et d’Henry VIII, avec le dauphin, second fils de François Ier.
Lors de ce séjour, certains ont voulu le rendre responsable de l’origine de la demande de divorce d’Henry. La question qui fâche aurait été posée par un membre de l’ambassade française.
« Les ambassadeurs français, s'étant adressés au roi et à son conseil, s'employèrent grandement à obtenir en mariage Lady Mary, fille du roi. Après de longues délibérations, cette affaire fut mise en suspens, car le Président de Paris doutait de la légitimité de l'union entre le roi et sa mère, épouse de son frère. Cette première "proposition suscita de vives controverses et fut abandonnée. » Edward Hall donne le nom d’Antoine Le Viste (Anthony Vescy). (Chronicle, p. 719-720)
Ce passage évoque les négociations matrimoniales autour de Mary Tudor (fille d’Henry VIII), ainsi que les premières discussions sur la légitimité du mariage d’Henry VIII avec Catherine d'Aragon (veuve de son frère Arthur). C'est précisément ce doute, soulevé ici par le Président de Paris selon Edward Hall, qui va devenir le fondement de la fameuse procédure d'annulation, déclenchant la rupture avec Rome et la Réforme anglaise.
Les sources ne s'accordent pas sur l'identité de celui qui souleva la question de la légitimité du mariage d'Henri VIII lors de cette ambassade de 1527.
Antoine Le Viste est donc présent au cœur des tractations diplomatiques qui découlent directement du désastre de 1525. Il est témoin, négociateur, et homme blessé par ce qu'il a vu : la France humiliée, le roi captif, des nobles incompétents, la fuite obligée du plus grand seigneur du royaume.
![]()
Elle est aussi pour Jean Perréal
Créateur de la tapisserie, il a craint tout autant pour son pays.
André Arnaud :
« [Il] avait dû éprouver quelques ressentiments personnels à l'encontre de la nouvelle branche régnante. »
[…]
« Le nouveau roi [François Ier] avait créé cette ère nouvelle qui avait démodé les anciens artistes et les avaient laissés sur la touche. Jean Perréal continuait à percevoir une pension de valet de chambre, mais il n'avait plus aucune commande. Quelle humiliation pour cet artiste réduit ainsi "au rôle de chômeur assisté", surtout s’il s'agit du Maître de Moulins, le peintre qu'on s'arrachait peu de temps encore auparavant ! »
Il n'est pas un simple exécutant. En acceptant de créer les cartons de cette tapisserie contre – ou du moins en marge de – la politique officielle de François Ier et Louise de Savoie, il prend un risque politique considérable.
Peintre officiel du roi, il crée de façon délibérée, calculée et signée une œuvre qui dénonce les vices de François Ier (les animaux entravés), glorifie Anne de France (Athéna) et immortalise le regard triomphant de Charles Quint.
Il s’agit d’un acte de résistance intellectuelle et politique sous l’apparence d’une tapisserie, qu’Antoine Le Viste et lui-même peuvent aisément présenter comme une suite, un complément, aux sept tapisseries précédentes. Preuve en est qu’il a fallu attendre 1981 pour qu’André Arnaud le remarque.
La tapisserie Pavie est à la fois une Remontrance et un chef d'œuvre clandestin.
![]()
Des petits animaux qui en disent beaucoup
et qui confortent mon hypothèse
André Arnaud :
« Tous les animaux sont entravés ou portent des colliers de contrainte, alors qu'ils sont libres sur les autres pièces : ils symbolisent la défaite de Pavie : Le roi de France prisonnier puis ses deux enfants, François le Dauphin et son jeune frère Henry (le futur Henry II) qu'il avait livrés, avec une certaine veulerie, à Charles Quint, afin d'obtenir pour lui-même sa liberté. »
Les cinq animaux en captivité subie,
en haut, au centre


La capture de François Ier à Pavie
Tapisserie du XVIe siècle fabriquée à Bruxelles d'après un carton de Bernard van Orley, Naples, musée Capodimonte.
Bestiaire moral extraordinairement précis et cruel, les petits animaux qui peuplent les espaces supérieurs de la tapisserie et que la tradition lit comme décor de millefleurs sont retenus par des colliers d’attache ou un rouleau de captivité, une allusion directe à la captivité de François Iᵉʳ à Madrid après Pavie, et peut-être aussi celle des grands seigneurs français capturés avec lui. Pour Le Viste et Perréal, la France y a perdu ses facultés, aveuglée, sourde, paralysée par l'orgueil de son roi dont les deux fils aînés, François et Henri, seront retenus en otages en Espagne jusqu'en 1530 comme garantie du traité.
Dans la grammaire visuelle de Perréal, le roi et les enfants royaux sont réduits à la condition d'animaux en cage, suspendus dans le fond rouge du champ de bataille désormais apaisé.
Il me plaît d’y entrevoir les cinq sens de la tenture originale consacrée à Mary Tudor, retournés, inversés.
Le loup

Le loup, tant redouté, grand amateur de chair humaine, animal de Satan nuisible et cruel, porte un collier d’attache. La rapacité, la brutalité, l'appétit dévorant : François Ier qui consume les ressources du royaume pour ses guerres italiennes, ses fastes, ses ambitions démesurées.
Les deux panthères


Les deux panthères tachetées, dont l’une porte elle aussi un collier d’attache, symboles dionysiaques car excitables et bondissantes comme une bacchante.
Les deux singes

Livré à ses instincts que symbolisent les deux singes, François Ier a plongé son royaume dans le désarroi et la menace d'invasion et d'annexion. L’un est enchaîné à un lourd rouleau de captivité, l’autre porte un collier d’attache.
Ces cinq animaux placés en haut, au-dessus de la scène principale, sont à voir comme des pièces à conviction, exposés au regard de tous.
La composition elle-même est un jugement.
Ce bestiaire dit alors : François Ier n'est pas seulement vaincu, il est dénoncé. Ses défauts constitutifs l'ont conduit à Pavie. La tapisserie n'est pas un chant de deuil, c'est aussi un réquisitoire que deux oiseaux vont présenter.
Le faisan à notre gauche

Il me semble être un rappel du Banquet du Faisan tenu à Lille en 1454 à la cour de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, de Brabant et de Lothier, comte de Flandre, d'Artois et de Hainaut. C'est sur le faisan, oiseau supposé originaire d'Asie Mineure, que les nombreux convives ont fait vœu de partir en Croisade contre les Turcs qui ont pris Constantinople en 1453. Il s’agit alors d’un reproche adressé à François Ier qui a préféré partir combattre en Italie pour reprendre le duché de Milan perdu en 1521.
Le faisan rappelle aussi l'ambassade française qui est envoyée auprès du sultan Suleiman, certainement pour demander de l’aide. En 1526, Le Magnifique répondit à François Ier en ces termes : « Il n'est pas étonnant que des empereurs soient défaits et deviennent prisonniers. Prenez donc courage et ne vous laissez pas abattre. Nuit et jour notre cheval est sellé et notre sabre est ceint. Que Dieu très-haut facilite le bien ! »
La perdrix à notre droite

La symbolique de la perdrix se situe dans le registre de "la chute" : la tradition chrétienne décèle en elle l'incarnation du démon qui promeut tentation et perdition, luxure, lascivité et lubricité.
En effet, à Athènes, Dédale s'est chargé, à la demande de sa sœur Perdix, de la formation de son neveu Talos (appelé aussi Kalos, Circinos, Perdrix, Tantale). Comme Talos a inventé tout seul la roue du potier, la scie et le compas, Dédale, jaloux, précipite son élève du haut de l'Acropole en prétendant une chute accidentelle. Au terme de sa chute, Athéna, protectrice des génies, métamorphose en perdrix le jeune homme qui reste boiteux. Plus tard, au cours des funérailles d'Icare, une perdrix, dont le chant contraste avec la douleur de Dédale, constitue pour lui un reproche vivant.
La présence d'une perdrix dans cette tapisserie évoque-t-elle la "chute" de François Ier ou sa grave maladie qui faillit l'emporter dans sa prison madrilène ? Et indique-t-elle les moqueries de ceux qui l’ont accusé d’avoir permis que la France soit outragée ?

illustration des Métamorphoses d'Ovide - Venise - 1522
Ovide, Métamorphoses, VIII, 183-259.
http://bcs.fltr.ucl.ac.be/METAM/Met08/M-08-152-259.htm
Ovide, Métamorphoses, XI, 291-345
http://bcs.fltr.ucl.ac.be/METAM/Met11/Met11-194-409.htm

Pieter Brueghel l'Ancien, La chute d’Icare, 1558
Bruxelles, Musée Alice et David van Buuren
et Musées royaux des Beaux-arts
![]()
Pavie : défaite militaire, crise politique
La tapisserie n'est pas seulement un réquisitoire, c'est aussi un appel.
Les animaux entravés en haut : les vices, les guerres fratricides entre chrétiens, la vanité, la rapacité, l'orgueil. Tout ce qui affaiblit la chrétienté.
Le lion-Charles Quint et la licorne-Henry VIII portant les armes de Le Viste : non pas glorifiés comme ennemis, mais convoqués comme alliés potentiels sous l'autorité morale du Parlement de Paris.
Le regard du lion-Charles Quint vers nous devient alors une interpellation directe au spectateur chrétien.
Anne de France-Athéna tournée vers Charles Quint et « en contact » avec Henry VIII : non pas la confrontation, mais l'appel à la raison. La tapisserie est une paix tissée.
La tapisserie Pavie est un manifeste politique. En plus d’être un cri de colère, la tapisserie Pavie est une négociation en images.
Anne de France tend la main à deux princes apaisés qui ne sont pas fermés. L'union est possible. La croisade est possible. L'espoir est dans leurs attitudes calmes.
Peut-on aller plus loin, penser que les dessins préparatifs ont pu être repris jusqu’en 1527-1528 pour tenir compte des événements européens plus tardifs ? Et entrevoir dans le toucher la corne de la licorne-Henry VIII par Anne de France-Athéna le geste décisif, le plus diplomatique, le plus subtil de toute la composition ?
En 1525, Henry VIII est encore catholique fervent ; il vient d'écrire son Assertio Septem Sacramentorum contre Luther, ce qui lui a valu du pape le titre de Defensor Fidei, Défenseur de la Foi. Le schisme anglican n'est pas encore consommé ; Catherine d'Aragon est toujours reine d'Angleterre.
Anne de France-Athéna touchant la corne de la licorne dirait alors : « Henry VIII, vous êtes encore des nôtres. Vous êtes encore catholique. Vous pouvez encore choisir. » Un rappel à l'ordre tranquille, une main tendue vers celui qui va bientôt basculer hors de l'Église catholique.
La tapisserie Pavie n'est pas une œuvre de consolation. C'est un acte de mémoire et d'accusation — la seule forme d'accusation accessible à un homme de robe qui ne peut pas écrire tout ce qu'il pense, mais qui peut le faire tisser dans la laine des Flandres et le suspendre aux murs de sa demeure.
Elle dit : voilà ce qui s'est passé, voilà les hommes qui l'ont fait, voilà le roi que l'on a humilié.
La tenture de Cluny n'est donc pas un cycle méditatif sur les sens et l'âme. C'est une série de pièces autonomes, commandées à des moments distincts, portant chacune un récit historique précis.
La première tenture de sept tapisseries (dont deux ont disparues) commémore le court règne de Mary Tudor, reine de France pendant trois mois en 1514-1515, sous le crayon de Jean Perréal qui l'avait vue à Londres.
La pièce dite Pavie, commandée après février 1525, est un manifeste politique : le récit crypté d'une défaite et d'une captivité ; un récit signé par la présence à trois reprises des armes d'Antoine Le Viste.
![]()
Conclusion
Une mémoire tissée
Rendre à la tapisserie Pavie son autonomie et son identité, c'est rendre à Antoine Le Viste sa stature d'homme politique et à Jean Perréal sa pleine dimension d'artiste engagé dans son temps.
Ce n'est plus un enlumineur anonyme mais le peintre officiel de trois rois qui traduit en carton, pour un ambassadeur meurtri, la catastrophe politique de sa génération.
Que la tenture ait été ensuite réunie, numérotée, et interprétée comme un tout cohérent par des générations successives de conservateurs et d'historiens de l'art, c'est le destin ordinaire des œuvres qui survivent à leurs commanditaires.
Les tapisseries ont traversé les siècles sans que personne ne pense à demander pourquoi un magistrat parisien, au lendemain du plus grand désastre militaire du règne de François Ier, avait commandé à l'artiste le plus connu de son temps, une pièce, une seule semble-t-il, où une Dame ne fait qu’effleurer de sa main gauche la corne d’une licorne, tandis que de sa main droite elle tient fermement la hampe d’un drapeau.
La réponse est dans les fils entrecroisés de laine et de soie.
♦