Un mystère entoure le nom
de Jean Perréal

 

 

« Le nom vient toujours de l'autre, et plus encore le surnom. »

Marc Froment-Meurice, « Personne a/à ce nom », L'animal autobiographique. Autour de Jacques Derrida, p. 125, Galilée, 1999.

 

 

Jean Perréal apparaît dans les chroniques du temps sous les noms de Johannes Parisiensis, Jean de Paris, Jehan Perreal et Jehan Perreal de Paris.

— 1486, « Perréal était employé aux travaux décoratifs ordonnés pour la réception du cardinal Charles de Bourbon archevêque de Lyon. »
https://resources.warburg.sas.ac.uk/pdf/cbh10b2898650M.pdf (p. 97)

— 1489 « Plus, à Jehan de Paris, paintre, pour avoir fait deux escussons aux armes de la ville et adoubé ung autre escusson, fait ung grant soleil et une lune, et pour les clouz, et avoir tendu la tapisserie à l'entrée de monseigneur le duc de Savoye, iij 1 t. »
(Extrait du rôle de la « despence faite pour les afayres communs de la ville de Lion, en la semeyne comensant le lundy vje jour d'avril l'an iiijc iiijxx et huit » (1489, N. S.).

— Le 26 février 1490, un acte consulaire relatif à l’entrée de Charles VIII à Lyon l’appelle « Jehan de Paris ».

— En 1494, Léonard de Vinci l'appelle Gian di Paris.

— Le 1er octobre 1498, Charles VIII décide : « A Jehan de Paris, valet de chambre et peintre ordinaire du roi, la somme de 240 livres tournois à luy ordonné pour icelluy seigneur par son estat dont cy devant est faicte mention. »

— En 1503, Jean Lemaire de Belges le nomme Jehan de Paris.

— Dans une lettre adressée à Marguerite d'Autriche, datée de Lyon, le 9 novembre 1509, tout au début de l'affaire de Brou, Perréal signe, ainsi que dans les six lettres suivantes, « De vostre tres humble et tres obeissant serviteur, Jehan Perreal de Paris,paintre du Roy » et non plus comme avant " Jean de Paris " ou " Jehan de Paris ".


— Dans ses lettres à Marguerite d'Autriche, Jean Perréal se donne deux noms :
Le 1er décembre 1511. « A Lyon ce premier jour de décembre. De vostre très humble et obéissent serviteur, Jehan Perréal de Paris, vostre paintre. »
Le 17 octobre 1512. « A Bloy, ce xvne d'octobre. De vostre très humble et très obéissent serviteur, Jehan de Paris, p[aintre] d[e] M[a]d[ame]. »
Mais " Jehan Perréal de Paris " revient le plus souvent.

— En 1529 : « Deu par la vefve du contrerolleur Jehan de Paris, pour la rançon du roi François 1er, VIII livres VI sols VIII deniers. » (Archives du Rhône)

— En 1515, il signe sa Complainte de Nature à l’alchimiste errant de son nom complet : Jehan Perreal de Paris.

*

Le surnom de Paris ne signifie pas obligatoirement une naissance à Paris. Ce peut être la ville de sa formation de peintre. Mais il n'est pas forcément né à Lyon.
Pour Tania Lévy, « le surnom de Perréal n’est pas systématiquement ajouté à celui de Paris et apparaît vers 1515 seulement dans les documents lyonnais . »

. T. Lévy, « Mysteres » et « joyeusetés »,p. 87. Elle ajoute en notes : « On le trouve pour la première fois dans la Nommée de 1515-1516, A. M. Lyon, CC21, f°232 : « Jehan Perréal dit de Paris ». Les documents plus anciens indiquent systématiquement Jehan de Paris » et « La demande qu’il fait auprès du chapitre de Saint-Nizier en 1522 le désigne finalement comme tel : « Johannes Perreal alias de Paris » (A. D. Rhône, 15 G 18, f°177). » https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01688643/document

 

Tania Lévy note que « de nombreux Jean de Paris vivent à Lyon à cette époque et peuvent prêter à confusion, malgré leurs métiers différents. Ainsi un tondeur du même nom voit son impôt modéré « pour ce qu’il sert aux entrees des princes » en 1492 et 1504. On recense également deux drapiers, un barbier et un ou deux revendeurs, tous dans des quartiers différents . »

. T. Lévy, « Mysteres » et « joyeusetés », p. 87.

Je laisse volontiers la parole à René de Maulde la Clavière :

« Perréal porta toujours le sobriquet de « Jean de Paris », un sobriquet qui court les rues à la fin du XVe siècle. Ici, Jean de Paris est paysan, là horloger, là magistrat notable, ambassadeur ; sans même sortir des milieux où vivait le nôtre, nous trouvons, à Lyon, des quantités de Jean de Paris, notamment un qui habitait porte à porte avec Perréal ; à la cour, sous Charles VIII, il y a un Jean de Paris (Jean Bricet), chirurgien du roi ; sous Louis XII, un autre (Jean Le Roy) qui est poète ; sans parler des personnages secondaires, comme le Jean de Paris (Jean Brunel), écuyer de Louise de Savoie, ou le Jean de Paris, simple serviteur de M. de Saint-Marsault ; si bien qu'on a toujours confondu, jusqu'à présent, Perréal avec quelque autre Jean de Paris. Son sobriquet présente encore un inconvénient : on a voulu en tirer des inductions. Par exemple, un sens géographique : Perréal aurait passé à Paris comme Jean de Bologne à Bologne, ou y serait né, comme le Pérugin à Pérouse . »

R. de Maulde la Clavière, Jean Perréal dit Jean de Paris…, 1896, p. 3-6.

 

Dans Pantagruel, Épistémon relate son séjour aux Enfers où la hiérarchie sociale est inversée : les grands des temps passés sont devenus marchands ambulants. Ainsi « Jan de Paris estoit gresseur de bottes » tandis que « maistre Françoys Villon » demandait à « Xercès » : « Combien la denrée de moustarde ? » avant de pisser « dedans son bacquet, comme le font les moustardiers de Paris. »

François Rabelais, Pantagruel, Lyon, 1542.

S’agit-il de notre Jean Perréal qui « cira bien des bottes royales et princières » en tant que peintre officiel ? Ou bien du mystérieux auteur du Roman de Jehan de Paris, connu par deux manuscrits de la fin du XVe siècle (entre fin novembre 1494 et début décembre 1495 selon Édith Wickersheimer) et sept éditions imprimées entre 1533 et 1590 ?

. É. Wickersheimer, Le Roman de Jehan de Paris, Champion, 1923 et 1925.

Ou encore de ce Jehan de Paris, fourrier de Pierre de Beaujeu, signataire le 6 octobre 1487 d'une décharge de joyaux d'Anne de France, dont la garde lui avait été confiée ?

. Officier de la suite d'un prince chargé d'assurer vivres et logement de la cour en déplacement.

Pierre Jodogne signale que le nom Perreal « se rencontre dans la « Peroration » de La Concorde du Genre humain de Lemaire […] écrite et publiée en janvier 1509, où se lit en toutes lettres : « Jehan Perreal, dit de Paris » [« Jehan Perreal, dit de Paris, souverain painctre et domestique de la chambre du roy et de la royne »]. Dans ses écrits antérieurs, (Temple d'Honneur […] ; Plainte du Desiré […]) Lemaire appelle son ami « Jehan de Paris », sans plus, et, dans les suivants, « Jean Perreal de Paris » (Légende des Vénitiens […]) ou encore « Jehan de Paris » (Lettres […]) .

. P. Jodogne, « Études sur Jean Perréal », Studi Francesi, 25, gennaio-aprile 1965, p. 83-86.

 

 

En même temps que le nom de famille, le prénom donné à l’enfant, fille ou garçon, joue un rôle essentiel dans le patrimoine transmissible, réel et symbolique, quand il est celui de la grand-mère maternelle ou du grand-père paternel ; il le classe dans une chaîne familiale, dans son lignage. Mais s’il signifie et assimile, il ne singularise pas cet enfant devenu adulte, ne permet pas de le différencier, de l’identifier totalement ; il y a tant de Marie ou de Jean dans un village ou une ville, dans un quartier, dans une rue même.

« Les noms de personnes sont en rapport d’une part avec la toponymie, de l’autre, avec la lexicologie . » Il en est donc ainsi de Jehan de Paris et de son alter ego Jean Perreal. Trois sous-ensembles du nom propre (évoquant les tria nomina du droit romain : nomen, praenomen, cognomen). « Au prénom, donné par les parents, s’ajoutent le patronyme qui indique la filiation, et le surnom qui sanctionne les œuvres. La ternarité du nom propre correspond à ce qui peut être donné, transmis, ou acquis . » Ainsi : Jean Perreal de Paris.

. Albert Dauzat, Les noms de famille de France, Payot, 1949, p. 9.

. G. Pommier, Le nom propre. Fonctions logiques et inconscientes, PUF, 2013, p. 29.

 

Jacques Derrida questionne : « Que se passe-t-il surtout quand il faut surnommer, re-nommant là où, justement, le nom vient à manquer ? Qu'est-ce qui fait du nom propre une sorte de surnom, de pseudonyme ou de cryptonyme à la fois singulier et singulièrement intraduisible ? » […] Qu'est-ce qu'un SurNom, ce qui vaut plus que le nom mais aussi ce qui vient à la place du nom ? Et se donne-t-il jamais pour le salut du nom enfin Sauf ? Pour le salut, tout simplement, le bonjour ou l'adieu ? »

J. Derrida, Sauf le nom, Prière d’insérer, Galilée, 1993.

 

Ce nom nouveau, Perréal, quelle que soit son origine, ce SurNom, outre qu’il vise à le nommer, le définir et le faire connaître dans l’espace social et curial, national et international, ambitionne-t-il de le faire reconnaître plus tard, dans les foule des innommés et des anonymes, au moment opportun, par Dieu, le SansNom, l’Indicible, l’Innommable, l’Omninominabile Innominabile ?

Le nom propre est « le symbole de l’arme qui permit de s’extraire des limbes, et à lui seul il exhibe le trophée de ce triomphe. […] Le nom propre est le seul symbole au sens plein : il fait advenir une existence avant lui inassignable : c’est par excellence une performance créationniste. » ( G. Pommier, op. cit., p. 100.)

La mère de Perceval conseille à son fils de demander le nom de toute personne rencontrée : « le non sachiez a la parsome, /car par le non conuist an l’ome. – sachez le nom de la personne car c’est par le nom que l’on connaît l’homme . »

. Chrétien de Troyes, Perceval ou le conte du Graal, v. 3572-3582. Autre forme du dicton : A (Au) sornom quonoist len l’ome.

En conservant son prénom, Jean Perréal n’abolit pas les liens sacrés du baptême pour se donner un nom à l’antique. Craint-il l’enfer où il se retrouverait s’il abandonnait ou déformait son nom de baptême par lequel il croit que tout chrétien sera appelé au jugement dernier pour gagner le paradis ?

Comme un écho de ce que je soutiens depuis très longtemps, Sophie de Gourcy écrit : « Et ce nom, Perréal, est-ce un surnom dont il se pare lui-même ? Ou un jeu de mots de ses amis poètes, les « grands rhétoriqueurs », qui flattent ainsi sa proximité royale, « réale »  ?

. S. de Gourcy, Le Tombeau des ducs de Bretagne, p. 28.

Christiane Klapisch-Zuber relève que « le Nom apparaît bien comme un terrain où se négocient aspirations personnelles, sentiments intimes, jugements extérieurs, hostiles ou affectueux, bref un fatras de dénominations dont la postérité ne retiendra qu'un ou deux éléments quand les contemporains y voyaient matière à cerner un personnage » et elle souligne que « les diverses variantes du Nom attestent l'importance que leur attachait son porteur dès lors qu'il y voyait la sanction de son autonomie professionnelle et de sa position dans la société. Loin de se cacher derrière un pseudonyme, le bénéficiaire d'un surnom l'acceptait et l'affichait lorsqu'il révélait sa persona . »

. C. Klapisch-Zuber, Se faire un nom. L’invention de la célébrité à la Renaissance, Arkhê, 2019, 129-130.

À l'image d'un Petrus Christus qui, chaque fois qu'il signe ses œuvres de son nom (qui sent le "fabriqué") se dit « pierre du Christ » et écrit cette phrase : « le Christ est la Pierre Philosophale » ! (il y aurait certainement à lire certains de ses tableaux dans cette optique-là). Érasme est le fils né hors mariage de Margaretha (fille d’un médecin de Zevenbergen, Pieter Rutgers) et d’un prêtre (Roger Geert, Rotger Gerrit ou Gerrits en néerlandais). Prénommé Erasmus (du nom de saint Érasme de Formia, connu aussi sous le nom de saint Elme ; du grec erasmios, "gracieux" ou "digne d’être aimé"), il a environ trente ans quand il choisit en 1496 d’y adjoindre Desiderius (du latin desidero, "désirer"). Son nom complet devient alors : Desiderius Erasmius Roterodamus, "le désiré et bien-aimé de Rotterdam", plutôt que l’anonyme Geert Geertszoon (Gérard, fils de Gérard). Certains peintres asiatiques ont changé plusieurs fois de nom au cours de leur vie, avant chaque nouvelle période créatrice, quand ils changeaient de style, comme Hokusai (1760-1849), bouddhiste, peintre, dessinateur, graveur et illustrateur japonais .

. Dans certaines cultures (dans le Japon shintoïste ou chez les Eskimos Inuit, par exemple), les noms changent selon les périodes de l’existence, comme si aucun n’était jamais vraiment le bon, et était surnuméraire à un nom unique, jamais employé et, en ce sens, secret. » G. Pommier, op. cit., p. 58.

Ancêtre illustre dans cette élaboration d’un nouveau nom : l’aède ionien Melesigenes, appelé ainsi en référence au nom du fleuve, le Mélès, près duquel il est né, devient Homère quand il perd la vue, Hómêros signifiant « otage » ou « celui qui est obligé de suivre », d’être guidé.

Vincent Van Gogh s’est vite aperçu que sont nom était mal prononcé en français. Alors que son nom se prononce "Van Khokh"en hollandais, les Français l’appelaient "Van Gog", qu’il rapprochait du mot « gogue », à signification excrémentielle, abréviation de « goguenot » synonyme de « pot de chambre, lieu d’aisance, latrines ». Aussi refusera-t-il toute sa vie de signer ses toiles du nom de Van Gogh, n’écrivant que son prénom, Vincent. « Ma peinture, ce n’est pas de la merde ! » a-t-il pu se dire, craignant que l’on associe intimement son nom, ses œuvres et ses excréments .

. « À l’avenir, mon nom doit être écrit dans le catalogue de la façon dont je le signe sur les toiles, c’est-à-dire Vincent et non Van Gogh, pour l’excellente raison que les gens d’ici ne seraient pas capables de prononcer ce nom », écrit-il à son frère en mars 1888, quelques semaines après sa venue à Arles.
Cf. Graciela Prieto, Écritures du sinthome. Van Gogh, Schwitters et Wolman, Toulouse, Érès, 2013 et « Van Gogh, le sans nom », Cliniques méditerranéennes, 2013/2, n° 88, p. 267-286.

 

Pour Nadeije Laneyrie Dagen, « les moulins, les oiseaux, et mieux encore la conjonction des oiseaux et d’un moulin dans une peinture, constituent une signature stylique ou en tout cas un élément de cette signature. » Celle de Jan et Hubert van Eyck dans leur volonté de « saisir l’invisible » en évoquant l’air qui porte les oiseaux et meuvent les moulins .

. N. Laneyrie Dagen, « Une histoire de moulins à vent », Daniel Arasse, historien de l’art, Inha-Les éditions des cendres, 2010 (textes du colloque des 8, 9 et 10 juin 2006 à Paris), p. 135-151.

 

Le peintre Benvenuto Tisi (1481-1559), surnommé Il Garofalo car né à Garofalo, près de Ferrare, peint un œillet (« garofano » en italien) pour signer ses œuvres originales. Le peintre Lucas Krug ou Kruger, né en 1489 à Nuremberg, est connu sous le nom de Maître à la cruche car il signe ses œuvres par le dessin d'une cruche (Krug en allemand). Jacob Züberlein ou Zieberlein, né à Tübingen, peintre et graveur sur bois actif vers 1590, signe ses œuvres de son monogramme suivi d'une cuve (Zuber ou Zuberline en allemand). Herri met de Bles (v.1500-v.1555), neveu de Joachim Patinir, peint une chouette dans la plupart de ses tableaux, une marque de l'atelier de son oncle qu'il reprend. Les Italiens l'appellent Civetta, la chouette. Le nom de Thomas More est représenté par une mûre ou un mûrier (morus en latin) ou un fou (môros en grec).

« Tant que les noms de famille n’étaient pas fixés par l’état civil, mais relevaient seulement de l’usage, ils étaient susceptibles de changer. […] Le changement de condition sociale a provoqué, de tout temps, des modifications onomastiques plus ou moins profondes » souligne Albert Dauzat. (A. Dauzat, op. cit., p. 341.)

Le 15 août 1539, sous François Ier, les registres paroissiaux d’état civil sont rendus obligatoires par l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui demande l’enregistrement obligatoire par les curés de tous les baptêmes, soit toutes les naissances, les baptêmes se faisant dans les trois jours.

Il en est de même pour la famille Le Viste, probablement d’origine italienne, peut-être de Lucques : Lo Vito ou Lo Vitos devient Le Viste avant la rédaction du testament de Jean II de 1428 qui nomme déjà « Anthonio (Anthonii) Le Viste et Petro Le Viste alias Moreleto (Moreletum) ».

Posons alors l'hypothèse que le bichon maltais de La Dame à la licorne est l'emblème de l'artiste Jean Perréal. Comme d’autres chiens bien particuliers le sont aussi dans La Chasse à la licorne. Ces chiens, postés à des endroits stratégiques dans les tapisseries, sont ses signatures selon le rébus : Perro + real = Perreal.

Laisser trace de son identité sous le couvert d'un rébus est un procédé, voire un caprice, d'artiste, d'écrivain, d'éditeur. André Chastel et Robert Klein écrivent à ce propos :

« Dans la République des lettres, il y a beaucoup de comédie : dès les premiers pas, on dépose (on quitte son nom) son identité et prend un nom latin ou grec, comme des personnages de théâtre. On traduit Schwarzerd en Melanchton, Reuchlin (petite fumée) en Capnio, Visagier en Vulteius ; l'Allemagne se peuple de Holzmann-Xylander et autres faux Grecs ; des Italiens nommés Giovanni ou Pietro, non contents de Johannes et Petrus, choisissent Jovianus, qui évoque Jupiter, et Pierius, qui fait songer à la Piérie, ou bien ils se donnent des noms de fantaisie, comme Actius Syncerus (Sannazaro) et Pomponius Laetus…  »

. A. Chastel et R. Klein, L'Europe de la Renaissance, l'âge de l'humanisme, Éditions des Deux-mondes, 1963.

Les noms de famille se forment du XIIIe au XIVe, « révolution onomastique qui marque la fin de dix siècles de régime chrétien ne reconnaissant à l’individu qu’un seul nom, son nom de baptême. » « La signature a joué son rôle dans cette entreprise de transformation du nom commun en nom propre, en favorisant notamment l’utilisation du rébus . »

. Béatrice Fraenkel, La signature. Genèse d’un signe, Gallimard, 1992, p. 140 et 115.

 

Sans compter l'engouement à la Renaissance pour les hiéroglyphes, les énigmes, le dessin qui signifie, le rébus. Notre perro en est un. Et plusieurs hiéroglyphes font un rébus : perro - real .

. L’hiéroglyphe égyptien devient un mode d’expression, avec entre autres la vogue des emblèmes, après la découverte d’un manuscrit du grammairien et philosophe alexandrin de début du Ve siècle, Horapollon ou "Horus Apollon", Hieroglyphica, rapporté en Italie en 1419 et édité pour la première fois en grec à Venise en 1505, puis en latin à Augsburg en 1515, et le De Iside et Osiride de Plutarque qui en donne la clé.

Perro real : un nom-rébus, un « signet parlant », très nombreux aux XIIIe et XIVe siècles, qui reproduit la consonance générale du nom. À rapprocher des armoiries car « tous deux utilisent des rébus imagés pour figurer le nom, et l’influence des pratiques héraldiques sur les seings est patente . »

.  B. Fraenkel, op. cit., p. 136.

 

De ce mot real, il va faire deux rimes dans sa réponse à Jacques Le Lieur (Emile Picot, Notice sur Jacques Le Lieur) :

Tu fais et dis de moy ce qu’il te plaist ;
Je suis contant et point ne me deplaist,
Car tant me plais, cherchant bonne amytié,
Qu’a moy n’auras jamais inymitié ;
A toy, je suis dedans le cueur real.
Jehan est mon nom, mon surnom PERREAL .

[…]

Ainsi joyeusement qu’après souper real,
Ce peu te fut voué, mais d’une amour tant chere
Tu le reçoyve a gré, en faisant bonne chere,
Et plege de cueur gay ton amy : PERREAL.

 

. Le mot « surnom » est-il pris dans le sens de la dénomination « Perreal » ajoutée au nom plus courant « de Paris » employé auparavant, pour mettre en relief un trait caractéristique de sa vie ou de sa personne ? Ou bien considère-t-il son prénom de baptême « Jehan » comme son nom et « Perreal » comme un nom supplémentaire défini comme « sur-nom » ?