Et Leonarde apparaît !

 

 

Jehan Perreal dit de Paris avait une sœur prénommée Leonarde.

Le texte qui révèle son existence et son identité est dans le registre E 1720, minutes de 1509 à 1513 du notaire royal Guillaume Chaumeau de Bourges, numérisé et mis en ligne sur le site des Archives départementales du Cher.

Je remercie Mme Solveig Bourocher, cheffe du service de la recherche et du patrimoine, de me l’avoir fait connaître le 20 mars 2026.

Il s’agit du contrat de mariage de Marguerite Perreal, fille de Jehan Perreal de Paris, et de Georges de Ruilly, à Bourges, le dernier jour de juin 1511.

Voici la photocopie de l’original. Qui peut apporter une aide en transcrivant le texte en français de 1511 ? Un grand merci par avance.

https://www.archives18.fr/archives-numerisees/archives-des-notaires
registre E 1720, fol. 127-129.

 

 

 

Remarques

 

Notaire du Roy nostre sire. Personnellement estably, Hector
de Rully pelletier demeurant à Bourges pour lui
d'une part et Marguerite Perreal fille de noble homme Jehan Perreal dit
de Paris varlet de chambre ordinaire du Roy nostre Sire
et de la Reyne
aussi pour elle et d'autre part …

 

Les deux premières occurrences de perreal en entier pour bien nommer sans ambiguïté et ensuite avec  le p barré équivalent à la syllabe "per".

Des mots ont été ajoutés entre les lignes initiales : « perreal ; noble homme ; et la reyne ». Une relecture de Perreal lui-même, qui tient à ses titres ?

Il est écrit « noble homme » mais cette qualification n'est pas une garantie de noblesse. Un « noble homme » est alors un homme vivant noblement, mais non noble, les vrais nobles portant obligatoirement le titre d’écuyer ou chevalier. L’expression « noble homme » signifie-t-elle que Jehan Perreal de Paris aspire à la noblesse en tant que peintre officiel de Louis XII et d’Anne de Bretagne ?

 

 

             leonarde             p barré + real = perreal

 

La présence de « Perreal » après le prénom « Leonarde » signifie que :

 

♦ Le nom de famille de Leonarde et de Jehan est Perreal depuis leur naissance, nom du père, voire aussi du grand-père.

Mais pourquoi « Jehan Perreal » de naissance a-t-il choisi de ne s’appeler que « Jehan de Paris » jusqu’au mitan de sa vie, vers 1509 ?

Le 1er décembre 1511. « A Lyon ce premier jour de décembre. De vostre très humble et obéissent serviteur, Jehan Perréal de Paris, vostre paintre. »

Le 17 octobre 1512. « A Bloy, ce xvne d'octobre. De vostre très humble et très obéissent serviteur, Jehan de Paris, p[aintre] d[e] M[a]d[ame]. »

Mais " Jehan Perréal de Paris " revient le plus souvent.

 

♦ À partir de 1509, lorsqu’il entre au service de Marguerite d'Autriche, il officialise (c'est mon hypothèse) son nom familial, plus prestigieux, Perreal. Dans ce nom mis désormais en avant, peuvent être lues par certaines et certains les expressions « père real » ou « pair real » et pour lui (peut-être) « perro real ».

Ainsi, deux ans plus tard, en 1511, Leonarde Perreal et Marguerite Perreal sortent de l’ombre.

Mais ce n’était pas un “oubli” du nom de famille.

Ainsi , dans ce contrat, Jehan Perreal est dit « de Paris » et Jehan Richier est dit « d’Orleans »


♦ Au Moyen Âge et encore largement à la Renaissance, le système moderne du « nom de famille fixe » n’était pas encore complètement stabilisé.

Pour les artistes et artisans, l’identité sociale passait par le lieu d’origine : dire Jean de Beaumetz, Jean de Paris, Jean d’Orléans, Jean de Bruges permettait immédiatement de situer l’artiste dans un réseau culturel ou artisanal. Ainsi, les artistes étaient souvent connus par leur atelier ou leur ville, ce qui servait de « marque » reconnue, de « signature sociale ». Cet usage permettait de distinguer des personnes portant le même prénom (Jehan était extrêmement courant).

 

Jehan Perreal dit de Paris est aussi nommé de nos jours :

Johannes Parisiensis
Alexandra Zvereva, Le portrait de la Renaissance Française.
« Jean PERRÉAL dit Jean de Paris (Johannes Parisiensis)
https://www.portrait-renaissance.fr/Artistes/jean_perreal.html

Joseph Schaefer, Les primitifs français du XIVe et du XVe siècle, Paris, Henri Laurens, 1949, p. 63. « On a essayé d'identifier le maître de Moulins avec Jean Perréal (Johannes Parisiensis). »
https://lillonum.univ-lille.fr/files/original/abb27203098c68634fa4bbf80556817799709748.pdf

 

Johannes Parisienus
« Jean Perréal, ou Peréal, connu également comme Johannes Parisienus ou Jean de Paris, » https://www.virtualuffizi.com/fr/jean-perr%C3%A9al.html

« Perréal also spelled: Peréal. Also called: Johannes Parisiensus or Jean de Paris »
https://www.britannica.com/biography/Jean-Perreal

« Jean Perréal (c. 1455–c. 1530), sometimes called Peréal, Johannes Parisienus or Jean De Paris, » https://en.wikipedia.org/wiki/Jean_Perr%C3%A9al

Mais sans que soit donnée de référence précise des documents originaux ; les noms latins sont repris ensuite par d’autres sites.

 

 

 

 

Trois textes, cités ici par ordre chronologique, accordent quelques lignes à ce contrat de quatre pleines pages du minutier :

 

Texte 1 : Paul Moreau, « Note sur le peintre Jean de Paris », Mémoires de la Société historique, littéraire et scientifique du Cher (1888-1889), Bourges, 4e série, vol. 5,‎ 1889, p. 33-34. 

« Le dernier jour de juin 1511, Georges de Ruilly, pelletier, de Bourges, passa contrat de mariage devant Chaumeau, not. roy, en cette ville (Arch. Cher, E, 1716) avec « Marguerite Perreal, fille de noble homme Jehan Perreal, dit de Paris, varlet de chambre ordinaire du Roy, notre Syre, et de la Royne ». Le père, non qualifié en domicile, suivait sans doute la Cour.
À ce contrat, fort sommaire du reste, intervint Léonarde Perréal, tante de la future et vraisemblablement son hôte.
Elle promit de « habiller la d. Marguerite, sa nièpce, bien et honnestement » ; en outre, elle la dota de 80 livres tournois et d'un lit garni de « coecte ». Fut témoin : Jean Richier dit d'Orléans, le Jehan d'Orléans cité avec Jean de Paris, en 1506, à la page 40 de l'opuscule Girardot. 

En résumé, soit par l'art, soit par le domicile, soit par la famille; le vieux maître français Jean de Paris a son nom associé à celui de la ville de Bourges. »

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5546587t/f62.image.r=Perreal

 

Quatre ans plus tard, en 1892, paraît une nouvelle relation de cet événement :

Texte 2, cité par A.C., La Chronique des Arts et de la Curiosité (supplément à la Gazette des Beaux-Arts), no 12, 19 mars. 1892, p. 93.
(Arch. dép. du Cher, E. 1716, Min. du notaire royal à Bourges Guillaume Chaumeau).


« Noté du Roy nostre Sire. Personnellement estably, Hector de Rully, pelletier, demeurant à Bourges, pour lui, d'une part, et Marguerite Perreal, fille de noble homme Jehan Perreal, dit de Paris, valet de chambre ordinaire du Roy, nostre Sire, et de la Reyne, aussi pour elle, et d'autre part.
Lesquelles parties, etc., ont congneu, etc., mariaige par parolles de futurs, etc., avoir esté et estre préportés à faire entre les dits de Rully et Marguerite Perreal, c'est assavoir que le dit de Rully sera tenu et a promis prendre femme et espouse la d. Marguerite, et semblablement icelle Marguerite, par le conseil de Léonarde Perreal, sa tante présente, sera tenu et a promis prendre le dit de Rully et mari et espous, si Dieu et nostre mère sainte église ce y accorde et en faveur du dit mariage et pour iceluy faire et accomplir, la dite Léonarde Perreal, tante de la dite Marguerite [pas de rappel de son nom], sera tenue et a promis payer et bailler aux dits espous futurs, espous advenir, pour le mariaige d'icelle, Marguerite [pas de rappel de son nom], sa nyepce, la somme de quatre-vingt livres tournois, c'est assavoir soixante livres tournois dedans le jour de la solempnization du dit mariage et les vingt livres tournois qui resteront dedans demy an après la dite solempnization du dit mariaige et ung chacun des dits termes passés à la voulenté des dits futurs espous et uncq ce a promis la dite Léonarde abilher la dite Marguerite [pas de rappel de son nom], sa nyepce, bien et honnestement, selon son estât, et lui bailler un lyct garny de coecte, coessins, covertures, quatre linceux aussi. »

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62015904/f5.image.r=Perreal

 

Ce texte sera suivi, quatre ans plus tard, par celui de René Maulde-La-Clavière :

Texte 3 : René Maulde-La-Clavière, Jean Perréal dit Jean de Paris : peintre de Charles VIII, de Louis XII et de François Ier, 1896, p. 47-48.

« Quant aux filles de Perréal, elles se consacrèrent, semble-t-il, à la peinture. En cette même année, le 30 juin 1511, « noble homme Jehan Perréal, dit de Paris », maria l'une d'elles, dans cette ville de Bourges où nous croyons le retrouver souvent. Elle épousa fort modestement le pelletier Georges de Ruilly ; la mère ne parut point ; un artiste, Jean Richier dit d'Orléans, servit de témoin. De dot, pas l'ombre ; heureusement, une sœur de Perréal, une vieille fille nommée Léonarde, intervint pour donner un mince trousseau, un lit et 80 livres. »

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572289d.texteImage

 

80 livres tournois de 1511 équivaudraient actuellement à 7 000 euros.
En 1498, Charles VIII alloue la somme de 240 livres tournois à ses valets
Le valet de chambre de la reine Charlotte touche 120 livres tournois par an.
https://convertisseur-monnaie-ancienne.fr/?Y=1511&E=0&L=80&S=0&D=0

 

 

 

Comparaison des trois textes

 

 

1- le texte 1 utilise indûment un accent sur Perreal et sur Leonarde.

2- Là où le texte 1 écrit :
« Léonarde Perréal, tante de la future »,
le texte 2 écrit :
« une sœur de Perréal, une vieille fille nommée Léonarde » en ne lui donnant que son prénom.

Les deux textes ne citent par le texte original entre guillemets, ce qui les rend (ou peut les rendre) inexacts ou fautifs.

3- Là où le texte 1 écrit :
« Elle promit de " habiller la d. Marguerite, sa nièpce, bien et honnestement " ; en outre, elle la dota de 80 livres tournois et d'un lit garni de « " coecte " ».

le texte 2 écrit :
« ce a promis la dite Léonarde abilher la dite Marguerite, sa nyepce, bien et honnestement, selon son estât, et lui bailler un lyct garny de coecte, coessins, covertures, quatre linceux aussi »,

4- Les textes 1 et 3 évoquent le témoin : Jehan Richier dit d'Orléans, « le Jehan d'Orléans, signalé à Bourges en 1489, cité avec Jean de Paris, en 1506, à la page 40 de l'opuscule Girardot » précise le texte 1.


Auguste Théodore de Girardot, Les artistes de Bourges depuis le Moyen Age jusqu'à la Révolution, Paris, Librairie Tross, 1861, p. 89

https://books.google.fr/books/about/Les_artistes_de_Bourges_depuis_le_moyen.html?id=yBz_x70jL5cC&redir_esc=y

 

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