Et Leonarde apparaît !

 

 

 

Tout allait très bien jusqu’à ce que Léonarde, sœur de Jehan, apparaisse.

Trois textes me révèlent son existence et son identité et que je n’ai découverts, pour deux d’entre eux, qu’en avril 2025.

Le premier des trois puise à la source, le contrat de mariage de Marguerite Perreal, fille de Jehan Perreal de Paris, et de Georges de Ruilly, à Bourges, le dernier jour de juin 1511. Ce document d’une grande importance peut se lire dans un registre conservé aux Archives du Cher à la cote E, 1716.

Malheureusement, Mme Solveig Bourocher, cheffe du service de la recherche et du patrimoine, m’écrit le 18 mars 2025 que « le contrat de mariage ne figure pas dans la table du registre coté E 1716 et que l'état matériel de ce dernier, très endommagé, ne permet pas de tourner les pages à la recherche de l'acte. Le registre va d'ailleurs très prochainement partir en restauration. »

Nous prendrons connaissance de ce contrat de mariage par son résumé dû à Paul Moreau :

 

Texte 1 : Paul Moreau, « Note sur le peintre Jean de Paris », Mémoires de la Société historique, littéraire et scientifique du Cher (1888-1889), Bourges, 4e série, vol. 5,‎ 1889, p. 33-34.

 

« Le dernier jour de juin 1511, Georges de Ruilly, pelletier, de Bourges, passa contrat de mariage devant Chaumeau, not. roy, en cette ville (Arch. Cher, E, 1716) avec « Marguerite Perreal, fille de noble homme Jehan Perreal, dit de Paris, varlet de chambre ordinaire du Roy, notre Syre, et de la Royne ». Le père, non qualifié en domicile, suivait sans doute la Cour.
À ce contrat, fort sommaire du reste, intervint Léonarde Perréal, tante de la future et vraisemblablement son hôte.
Elle promit de « habiller la d. Marguerite, sa nièpce, bien et honnestement » ; en outre, elle la dota de 80 livres tournois et d'un lit garni de « coecte ». Fut témoin : Jean Richier dit d'Orléans, le Jehan d'Orléans cité avec Jean de Paris, en 1506, à la page 40 de l'opuscule Girardot. »

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5546587t/f62.image.r=Perreal

Quatre ans plus tard, en 1892, paraît une nouvelle relation de cet événement :

 

Texte 2, original ? cité par A.C., La Chronique des Arts et de la Curiosité (supplément à la Gazette des Beaux-Arts), no 12, 19 mars. 1892.
(Arch. dép. du Cher, E. 1716, Min. du notaire royal à Bourges Guillaume Chaumeau).


« Noté du Roy nostre Sire. Personnellement estably, Hector de Rully, pelletier, demeurant à Bourges, pour lui, d'une part, et Marguerite Perreal, fille de noble homme Jehan Perreal, dit de Paris, valet de chambre ordinaire du Roy, nostre Sire, et de la Reyne, aussi pour elle, et d'autre part.
Lesquelles parties, etc., ont congneu, etc., mariaige par parolles de futurs, etc., avoir esté et estre préportés à faire entre les dits de Rully et Marguerite Perreal, c'est assavoir que le dit de Rully sera tenu et a promis prendre femme et espouse la d. Marguerite, et semblablement icelle Marguerite, par le conseil de Léonarde Perreal, sa tante présente, sera tenu et a promis prendre le dit de Rully et mari et espous, si Dieu et nostre mère sainte église ce y accorde et en faveur du dit mariage et pour iceluy faire et accomplir, la dite Léonarde Perreal, tante de la dite Marguerite [pas de rappel de son nom], sera tenue et a promis payer et bailler aux dits espous futurs, espous advenir, pour le mariaige d'icelle, Marguerite [pas de rappel de son nom], sa nyepce, la somme de quatre-vingt livres tournois, c'est assavoir soixante livres tournois dedans le jour de la solempnization du dit mariage et les vingt livres tournois qui resteront dedans demy an après la dite solempnization du dit mariaige et ung chacun des dits termes passés à la voulenté des dits futurs espous et uncq ce a promis la dite Léonarde abilher la dite Marguerite [pas de rappel de son nom], sa nyepce, bien et honnestement, selon son estât, et lui bailler un lyct garny de coecte, coessins, covertures, quatre linceux aussi. »

 

Ce texte sera suivi, quatre ans plus tard, par celui de René Maulde-La-Clavière :

Texte 3 : René Maulde-La-Clavière, Jean Perréal dit Jean de Paris : peintre de Charles VIII, de Louis XII et de François Ier, 1896.

« Quant aux filles de Perréal, elles se consacrèrent, semble-t-il, à la peinture. En cette même année, le 30 juin 1511, « noble homme Jehan Perréal, dit de Paris », maria l'une d'elles, dans cette ville de Bourges où nous croyons le retrouver souvent. Elle épousa fort modestement le pelletier Georges de Ruilly ; la mère ne parut point ; un artiste, Jean Richier dit d'Orléans, servit de témoin. De dot, pas l'ombre ; heureusement, une sœur de Perréal, une vieille fille nommée Léonarde, intervint pour donner un mince trousseau, un lit et 80 livres. »

 

80 livres tournois de 1511 équivaudraient actuellement à 7 000 euros.
En 1498, Charles VIII alloue la somme de 240 livres tournois à ses valets
Le valet de chambre de la reine Charlotte touche 120 livres tournois par an.
https://convertisseur-monnaie-ancienne.fr/?Y=1511&E=0&L=80&S=0&D=0

 

Une comparaison des trois textes s’impose :

1- Il est peu probable que l’original utilise l’accent sur Perreal, voire sur Leonarde.

2- Là où le texte 1 écrit :
« Léonarde Perréal, tante de la future »,
le texte 2 écrit :
« une sœur de Perréal, une vieille fille nommée Léonarde » en ne lui donnant que son prénom.

Les deux textes ne citent par le texte original entre guillemets, ce qui les rend (ou peut les rendre) inexacts ou fautifs.

3- Là où le texte 1 écrit :
« Elle promit de « habiller la d. Marguerite, sa nièpce, bien et honnestement » ; en outre, elle la dota de 80 livres tournois et d'un lit garni de « coecte ».

le texte 2 écrit :
« ce a promis la dite Léonarde abilher la dite Marguerite, sa nyepce, bien et honnestement, selon son estât, et lui bailler un lyct garny de coecte, coessins, covertures, quatre linceux aussi »,

4- Les textes 1 et 3 évoquent le témoin : Jean Richier dit d'Orléans, « le Jehan d'Orléans, signalé à Bourges en 1489, cité avec Jean de Paris, en 1506, à la page 40 de l'opuscule Girardot » précise le texte 1.

 


Auguste Théodore de Girardot, Les artistes de Bourges depuis le Moyen Age jusqu'à la Révolution, Paris, Librairie Tross, 1861, p. 89

https://books.google.fr/books/about/Les_artistes_de_Bourges_depuis_le_moyen.html?id=yBz_x70jL5cC&redir_esc=y

 

5- On peut penser que les trois textes se réfèrent au texte original avec des coupures et des gauchissements.

 

6- La présence de « Perreal » après le prénom « Léonarde » signifie que « Jehan de Paris » et sa sœur portaient le nom de famille paternel depuis leur naissance, alors que le surnom de « Perreal » n’apparaît que vers 1509 dans l’appellation « Jehan Perreal de Paris ».

En 1511, si Léonarde est la sœur de Jehan, leur nom de Perréal est leur nom de famille venu du père, voire plus antérieurement.
Ou bien la prise d’un nouveau nom est « offerte » à toute la famille.

Pourquoi « Jehan Perreal » de naissance a-t-il choisi de ne s’appeler que « Jehan de Paris » jusqu’au mitan de sa vie, vers 1509 ?