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Les textes historiques ou "bienveillants"
Robert
III de La Marck, seigneur de Fleuranges
(1491-1536), Mémoires du maréchal de Florange, dit le Jeune
Adventureux, publiés pour la Société
de l'Histoire de France par Robert Goubaux et P. André Lemoisne, Paris,
H. Laurens, 1913-1924, 2 vol.
p. 146-168, extraites de l'ouvrage ci-dessus, concernant Mary d'Angleterre
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Comment
la royne Anne, duchesse de Bretaigne, femme du roy Loys XII, morut au chasteau
de Bleys ; et comment le Roy espousa la sur du roy d'Angletterre. Anno 1514.
L'empereur
et le roy d'Angleterre estant à Tournay, faisant grant chiere, le tamps
se passoit et estoit au moys d'octobre ; et voiant le roy d'Angleterre que Françoys
ne voulloient poinct combatre, fors laisser et aminer gens et argent devant les
places, et eut et print conseil de retirer luy et son armée en Angleterre
; et fit faire ung chasteau à Tournay de bonne grandeur et le bien furnir
de bonne artillerie et de ce qu'ilz y failloit.
Et
l'empereur se retira de son costé, bien marry que les choses n'estiont
allés aultrement ; et s'il eut peu tant faire que le roy d'Angleterre eut
donné la ville de Tournay au roy de Castille, son nepveu, il en eut esté
merveilleussement joyeulx, mais il ne le sceut jamais amener jusques là
et se retira l'empereur de son costé, et le roy de Castille et madame de
Savoye à Bruxelles, et le roy d'Angleterre en son pays.
Ce
temps pendant que despart se faisoit, le roy Loys se retira à Bleis, où
la Royne et ses filles estoient, chascune à leur maison. La dicte Royne
estoit souvent malade d'ugne maladie de gravelle, et manda le Jeune Adventureux
pour quelquez menez qu'elle voulloit faire avecque le roy de Castille et à
toutte la maison d'Àustriche ; et avoit merveilleussement le cur
affectioné à faire plaisir à cest maison de Bourgoingne.
Et devisans ses menez, tombit malade, où elle envoya querir l'Adventureux,
en son lict fort malade, et luy pria qu'ilz entendit encorre trois ou quatre jours,
non obstant qu'ilz estoit pressez de aller ailleurs pour ses affaires.
Mais
la dicte Royne empira si fort de sa maladie de pierre, que cinq jours après
mourut, [à Blois, le 9 Janvier 1514] et y perdirent beaucoup de gens de
bien. Et qui fut ayse, ce fut monseigneur d'Angoulesme, pour ce qu'elle estoit
à luy fort contraire en touttes ses affaires, et ne fut jamais heure, que
depuis que le dict monsr d'Angoulesme vint en eage, que les deux maisons ne fussent
tousjours en picques.
Or, la Royne
morte, le Roy son mary en fit merveilleussement grant dueil et fit porter son corps
dedans Sainct Saulveur, ungne grande esglize est dedans le chasteau de Blays ;
de là avecque tous les princes et princesses de France fut envoyé
jusques à Sainct Denys, là où tous les roys et royne sont
enterrez, et là luy fit on le plus grant service et le plus grant honneur
que l'on fit jamais à royne de France, ny à prince, ny à
princesse. Et fit faire le roy Loys, son mary, ungne tombe de marbre blancque,
la plus belle que fut oncques faicte, où at ungne espistre dessus, telle
qu'il s'ensuit :
La
terre, monde et ciel ont divisé madame
Anne, qui fut des roys Charles
et Loys femme.
La terre a prins le corps qui giste soubz ceste lame :
Le
monde aussy retint sa renommée et phame,
Pardurable à jamais
sans estre blasmée d'ame ;
Et le ciel pour sa part a voullut prendre
l'ame.
Ces nouvelles furent mandez
en Angleterre à monsr de Longueville, qui estoit prisonnier en Angleterre.
Lequel seigneur de Longueville estoit homme fort saige et en qui le roy de France
avoit fort grande fiance, et encorre plus en son frere, monsr de Dunoys, premier
ducque de Longueville.
Luy, estant
prisonnier en Angleterre, mena tellement l'affaire de poste en poste, que le mariage
fut conclud de madame Marie, sur au roy d'Angleterre, et du roi Loys XIIe
de ce nom [M. de Longueville " épousa " Mary par procuration
le 13 Août 1514 à Greenwich]. Laquelle chose accordée [Traité
du 7 Août 1514], vint descendre la dicte dame Marie sur du roy Henry
d'Angleterre, à Calais et avecque elle le dict seigneur de Longueville,
qui estoit mys à rançon de cincquante mille escus, dont il en gaigna
la plus grande part à jouer à la pasme avecque le roy d'Angleterre.
Et
y vint la dicte dame fort bien accompaignié et avoit avecque elle le ducque
de Suffort [Charles Brandon], de petit maisons, mais il avoit tousjours esté
sy bien aymée de son maistre, qu'il l'avoit faict ducque de Suffort ; et
y estoit aussy milor Chambrelan [Charles Beaufort, comte de Worcester], le milor
Marquis [Thomas Grey, deuxième marquis de Dorset], le ducque de Norfort
[Thomas Howard, comte de Surrey, lord trésorier d'Angleterre] et leurs
femmes, qui estoient venuez accompaigniez la dicte dame.
Et
estoit merveilleusement bien accompaigniez d'hommes et de femmes, et avoient bien
deux mille chevaulx ; et y avoit envoyez le roy d'Angleterre deux cens archiers
de sa garde, l'arcque et la trousse à cheval, pour la compaignier. Cela
entendus par le roy de France, envoya le seigneur d'Orval et le seigneur de la
Trimouille à Calays au devant d'elle, et monsr de Vendosme, pour la recepvoir
à l'entrée de son pays.
Comment
le roy Loys douziesme acheve le mariage de monsr d'Angoulesme et de madame Claude,
sa fille.
Ce tamps
pendant que ces menées se menoient, monsr d'Angoulesme menoit ungne aultre
; car il voulloit que le mariage de luy et de madame Claude, fille aisnée
du roy Loys, fut achevez. Laquelle chose fut accordez par trois moyens par le
roy Loys, et en ce mariage faisant, luy bailloit la duché de Bretaigne,
jouissant de l'eur mesme. Ce ne fut sans beaulcoup d'affaires, car le roy Loys
estoit ung peu chatilleux, et voyant bien comment il avoit faict au feu roy Charles
et craingnoient que le seigneur d'Angoulesme ne luy en voulsist faire aultant.
Touttes fois, la choze se fit, et
y fut le dict seigneur d'Angoulesme, merveilleussement bien servy, especiallement
par monsr de Boysy [Artus Gouffier], grant maistre de France, et par le tresorier
[Florimond] Robertet, qui pour lhors gouvernoit tout le royaulme ; car depuis
que le legat d'Amboyse morut, c'estoit l'homme qui estoit des plus approchiez
de son maistre et qui avoit beaucoup veu, tant du tamps du roy Charles et du roy
Loys ; et, sans poinct de faulte, c'estoit l'ung des homme le mieulx entendu que
je pense guaires avoir veue et de meilleur esprit, et tant qu'ilz c'est mellée
des affaires de France et qu'ilz en a eu la totalle cherge, il en a eu cest honneur
qu'ilz se sont merveilleussement bien portée.
Le
Roy avoit baillé par avant ail dict seigneur d'Angoulesme la duché
de Vallois, afin qu'il eut nom ducque, et avecque la dicte duché de Bretaigne
et ce qu'il avoit par son pere et mere, c'estoit ung groz seigneur et povoil faire
des biens à ses serviteurs.
Le dict seigneur envoya querir l'Adventureux,
qui estoit de sa nourriture, luy mandant qu'i lu falloit marier. Laquelle choze
entendue, il se trouva incontinent au chasteau d'Amboyse bien accompaignié
et vint à Sainct Germain à Laye, qui est ung fort beau chasteau
à cincque lieues de Parys, beau parcque et belle chasse. Et luy estés
arrivée, au bout de quatre jours furent faictes les nopces [le 18 mai 1514]
qui furent les plus riches que je veis jamais, car il y avoit dix milles hommes
aussy richement habillés que le Roy et que le dict seigneur d'Angoulesme
qui estoit le mariez, et estoit, pour l'amour de la mort feu Royne, que tout le
monde estoit en duil, car il ne fut changé d'hommes ny de femmes
pour le dicte mariage.
Comment
le roy Loys XII espouza la sur du roy d'Angleterre et des triumphantes nopces
à Abbeville le ix° jour d'octobre. Anno xv xiiij.
Le
roy Loys estant à Sainct Germain, après les nopces faictes du dict
seigneur d'Angoulesme et de sa fille, fut advertis par les postes et du seigneur
de Longueville comment le mariage de Marie, sur du roy Henry d'Angleterre,
et de luy estoit accordée, et que le roy d'Angleterre estoit prest pour
la faire partir. Laquelle chose entendue par le Roy et son conseil, fut deliberée
d'allé à Abbeville, ce qui fut faicte ; et mandit le Roy à
tous seigneur et princes de son royaulme, les penssionnaires, gentilz hommes de
sa maison et de ses garde, eulx trouver au dict Abbeville, ce qu'il fierent. Et
envoya le Roy monsr de Vendosme encorres de rechiefz au devant d'elle ; et quant
y vint qu'elle approchoit ungne journée d'Abbeville, renvoya monsr d'Allençon
et d'aultres encorres devant elle, et vint encorres couchier à trois lieues
d'Abbeville.
Et le propre jour qu'elle
debvoit arriver, le Roy envoya monsr d'Angoulesme au devant d'elle jusques le
my chemin d'Abbeville et de là où elle avoit couché, bien
accompaignée; et vous asseure qu'elle ne venoit poinct en dame petite estoffe,
car elle fut bien accompaignie de groz princes et dames et grans personnaiges,
et entre aultres y estoient les principaulx, le milor Chambrelen, le ducque de
Suffort, le milor Marquis et le ducque de Nortfort, bon et vieilz personnaiges
et des plus estimées qui sont en Angleterre ; et avoit sa femmes avecque
la Royne, qui la conduysoit, et beaulcoup d'aultres dames et damoyselles à
grant nombre ; et estoient, comme j'ay devant dicte, deux milles chevaulx anglois
et alloient en merveilleuse bonne ordre, tout leur bagaiges, paiges, valletz devant,
et deux cens archiers à cheval après, l'arcque et la trousse, le
gand et brasselet, bien montez et accoustrez de la livrez du roy d'Angleterre.
Et après marchoient tous les
geatilz hommes en bien grant nombres ; et après venoient princes d'Angleterre
et les princes de France devisant ensamble. Après venoit la royne Marie
et monsr. d'Angoulesme, qui parloit à elle, et aultres princes et princesses,
et touttes les dames, et le residuez à charioth. Et estoit la dicte Royne
sur une hacquenée et la pluspart des dames; et après ensuyvoient
encorres cent archiers à la queue des femmes.
Et
quant il furent à demy lieues près de Abbeville, le Roy estoit monté
sur ung grant cheval Bayart qui saultoit ; et avecque tous penssionnaires, gentilz
hommes de sa maison et sa garde, et en moult noble estat, vint recevoir sa femme,
et la baisa tout à cheval. Et après tout embrassa les princes d'Angletterre
et leurs fit très bonne chiere, et à l'abborder, pour mieulx resjouir
la compaignie, avoit plus de cent trompettes et clairons; et touttes ainsy entrerent
dedans la ville, où toutte l'artillerie estoit affutées, qui tiroit
merveilleusement.
Et fut ainsy menée
la dicte Royne jusques au logis du Roy, qui estoit très beau, là
où fist sa harrenge le ducque de Nortfort pour le roy d'Angleterre, son
maistre, et conduicteur de sa sur.
Cela
faict, furent bien festoyé les dames et les princes, et logea la dicte
Royne au logis du Roy et souppa la Royne ce jour avecque le Roy et monsr d'Angoulesme
; tous les princes d'Angleterre soupperent à son logis, où furent
merveilleusement bien festoyé. Et en souppant appelloient les dicts princes
le dict seigneur d'Angoulesme " monsr. le ducque " ; et ne sceut tenir
le dict seigneur leur demander : " Pour quoy m'appellez vous monsr. le ducque,
veu qu'ilz y a tant de ducques au monde et vous aultres l'estes comme moy ? "
Et luy firent reverence que c'estoit pour ce qu'ilz estoit ducque de Bretaigne,
et que c'estoit la principalle duché de la chrestienneté et qu'ilz
se debvoit nommer ducque sans queue.
Le
soupper faict, il s'en retournerent au logis du Roy, là où il ne
fut plus question de duil et tout le monde avoit joye, et estoit desjà
la Royne en salle et ce commencerent à dancer et les dances par tout et
durerent bien tart. Le lendemain au matin les espousailles, et ne furent pas faictes
à l'esglize, mais en ungne belle grant salle là où tout le
monde le povoit veoir [à Abbeville, le 9 Octobre 1514]. Et estoit la dicte
salle tendue fortement de drap d'or, et estoient le Roy et la Royne assis, et
la dicte Royne toutte deschevellée, ung chappeau de piarrie, le plus riche
qui fut en la chrestienneté, sur son chief, et ne portoit poinct de couronne,
pour ce que la coustume est de la poinct porter, se elles ne sont couronnée
et sacrez à Sainct Denys.
Et
là servit monsr. d'Angoulesme d'offrande au Roy, d'ungne honneste sorte,
comme le plus prochain du Roy, et madame Claude, sa femme, servit la dicte Royne
d'offrande et à la messe fort honnestement ; que sçay bien que la
dicte dame avoit ung merveilleux regretz, car il n'y avoit guaires que la Royne
sa mere estoit morte, et failloit qu'elle servit de quoy on avoit acoustumée
de servir la Royne sa mere. Et l'espousailles faictes, toutte l'après disner
et tout le soir fut faicte la plus grant chiere qu'ilz estoit possible de veoir.
La
nuict vint et se coucherent, et l'endemain disoit le Roy qu'ilz avoit faict merveilles
; touttes fois je croy ce qu'il est, car il estoit bien malaisiez de sa personne.
Touttes fois c'estoit ung gentilz prince, tant à la guerre que aultre part
et en touttes choses où on le volloit mettre ; et fut dommaiges de ceste
maladie de goutte qui l'assaillit, car il n'estoit encorre vieil homme.
Les
nopces faictes et ceste bonne chiere, le Roy et sa femme et tous les Angloys s'en
allerent à Sainct Denys là où fut couronnez et sacrée
la dicte Royne, en la presence de tous les Angloys et de tous les aultres estrangiers.
Et ce temps pendant s'aprestoient les choses pour faires les joustes à
Paris.
Des
belles joustes faictes à Parys pour le couronnement de la dicte royne Marie,
sur au roy d'Angleterre.
Quant
la Royne fut couronnée à Sainct Denys, vint faire son entrée
à Parys, qui fut merveilleusement belle, et la faisoient bon veoir, car
elle estoit belle. Monsr. d'Angoulesme. qui estoit jeune homme et voulloit bien
monstrer qu'il n'estoit pas mal content de ceste mariage, non obstant que sy la
dicte Royne eut ung filz, il luy eut merveilleussement venuz mal à propos,
et fut ung tamps que sceut fort maulvais grez à monsr. de Longueville qu'il
avoit traictée et practiqué le dict mariage en Angleterre, luy estant
prisonnier, touttes fois le dict seigneur d'Angoulesme print le Jeune Adventureux,
deux jours après les nopces à Abbeville, en venant du logis du Roy
et retournant au syen, et luy dict : " Adventureulx, je suis plus ayse que
je ne suis de année, car je suis seur, ou on a bien fort menty, qu'ilz
est impossible que le Roy et la Royne puissent avoir enfant, qui est ungne choses
qui viendroit fort à mon desadvantaige, s'il en avoient. " Et avoit
tant faict le dict seigneur que madame Claude, sa femme, ne bougeroit poinct de
la chambre de la Royne et luy on avoit bailliez madame d'Amour [d'Aumont] sa dame
d'honneur, laquelle couchoit en sa chambre.
Or,
comme je vous ay dict, le dict seigneur d'Angoulesme (ne) vollut (poinct) donner
à congnoistre, pour complaire au Roy et aux Angloys, qu'il estoit bien
ayse du dict mariage ; et entreprint les joustes et tint les pas, et, pour mieulx
faires et plus honnestement, il choisist six capitaines de France, et estoit le
vje et viije, et estoient les premiers monsr. d'Angoulesme, monsr. de Vendosme,
monsr. de la Palice, monsr. de Bonivet, depuis admiral de France. Le grant senechal
de Normandie [Louis de Bézé], le Jeune Adventureulx, le grant escuyer
de France [Galeazzo de San Severino] et le ducque de Suffort, Angloys, faisoyent
viije, et avecque leurs aydes tindrent le pareque à tous venants, tant
Anglois que Françoys, fut à piedz ou à cheval.
Et
je vous asseure qu'ilz eurent bien à souffrir car il eurent dessus les
bras plus de trois cens hommes d'armes, et y fut faictes des belles choses de
frapper et de jouster. Et vous asseur que ce fut ungne belle chose à veoir
des festins et bancquetz qui se fierent ; et vous seroit ungne choze trop longue
à racompter, car il n'y eut seigneur de France qu'il ne festoya les dicts
Anglois, tellement qui n'eurent jamais loisir de disner ne soupper ung jour chiez
eulx ne à leurs logis.
Quant
touttes ses bonnes chieres eurent durez six sepmaines, les seigneurs et dames
d'Angleterre voulurent retourner à leur pays, et, après avoir euez
bonne despeche et force present, prindrent congiez du Roy et de la Royne, et de
monsr. d'Angoulesme pour eulx retourner, et les fist le Roy conduire et deffroyer
jusques hors de son royaulme.
Et
demoura pour l'ambassadeur ordinaire le ducque de Suffort, laquelle charge print
voluntier, car la compaignie luy plaisoit. Car, à ce que icy puis congnoistre.
il ne volloit poinct de mal à la sur de son maistre.
Comment
le roy Loys XII, par ung jour de l'an, après avoir faict bonne chiere avec
que sa nouvelle femme, morut à Paris. 1514.
Le
roy Loys partit du palays et vint logier au Tournelles, à Paris, pour ce
qu'il est en plus belle air que le palays et ne se sentoit pas fort bien, car
il avoit vollut faire du gentilz compaignon avecque sa femme ; comme le plus prochain
de la couronne, et vint au palays, et incontinent en diligence en advertit tous
les princes et dames de son royaulme, et especiallement madame Loyse, sa mere.
Et veulx je bien dire que ce fut ungne belle estraine à ung premier jour
de l'an, veu qu'il n'estoit poinct son filz, et pour vous dire, le dict seigneur
d'Angoulesme naysquit par ung jour de l'an, et y eult le royaulme de France par
ung jour de l'an.
Le dict feu
Roy estoit au Tournelles et luy fist on son enterrement comme l'on accoustumet
de faire aulx aultre roys, qui sont belles ceremonies et anticques : et, en portant
son corps des dictes Tournelles à Nostre Dame, avoit gens devant avecque
des campannes, lesquelz sonnoient et cryoient : " Le bon roy Loys, pere du
peuple, est mort. " Et quant on eult faict ce qu'ilz appertenoit à
Nostre Dame, fut reconvoyé par les princes à Sainct Denys, où
fut faict son enterrement, lequel fut merveilleusement beaulx et triumphant ;
et vous asseure que le Roy et la Royne, sa femme, firent honnestement leur debvoir,
car il n'y fut riens oublyé ne espargnié à l'honneur d'ung
telle prince.
Icy
devise que fit la royne Marie de France depuis la mort de son mary, et du sacre
de monsr. d'Angoulesme, Françoys, premier de ce nom, à Rains en
Champaigne, le 25 de janvier 1515, stilo romano.
En
l'an 1514, le roy Loys mort et enterrez, le Roy faisoit fort son debvoir de resconforter
la royne Marie ; aussy faisoit la Royne sa femme. Et est la coustume des roynes
de France que, quant le Roy est mort, elles sont six sepmaines au lict, sans veoir
nulle clarté, synon à la chandeille ; et estoient journellement
madame de Nevers et madame de Haumont, et tint son estatz ne plus ne moins que
quant le Roy son mary estoit vivant.
Or
avoit entendu le Roy, luy estant monsr. d'Angoulesme, l'amitié que le ducque
de Suffort portoit à la dicte royne Marie et aussy qu'elle ne le hayoit
pas, et luy dist : " Monsr. de Suffort, je sçay bien de voz affaires
et sçay bien l'amitié que vous portés à la royne Marie,
et sçay bien vostre gouvernement et beaucoup de choses plus que ne sçavés
et ne pensez. Je ne vouldroye poinct que quelquez chose se fist là où
je eusse honte, ny le roy d'Angletterre, mon frere, avecque lequel je veulx garder
toutte l'alliance et l'amitié qu'il avoit avecque le feu roy, mon beau
pere, et pour ce ne faictes choses qui ne soit à mon honneur, ne qu'il
y ait promesse de mariage ny d'aultre choses ; mais vous, aymez de vostre maistre,
faictes qu'il m'en escripve et j'en seray merveilleussement content ; mais aultrement
gardés bien sur vostre vie que ne faictes choses qu'ilz ne soit affaires,
car, se j'en suis advertis, je vous feray le plus mary homme que jamais fut."
Et luy promist le dict ducque de Suffort : " Sire, je vous jure sur ma foy
et sur mon honneur que je suis content que me faictes coupper la teste, si je
fais chose qui soit contre vostre honneur ny la volunté de mon maistre.
"
La quel chose il ne tint
pas : car trois ou quatre jours après qu'il eut faict la dicte promesse
au Roy, il l'espousa secrettement, et ne sceut menez l'affaire sy secrettement
que le Roy n'en fit advertis.
Laquelle
chose entendue par luy incontinent, incontinent manda le dict ducque de Suffort
venir parler à luy, et, luy venu, luy dict le Roy : " Monsr. de Suffort,
je suis advertis de telle chose et ne pensoye pas que fussiés sy lasche
; et, se je voulloye bien faire mon debvoir, toutte à ceste heure je vous
feroye trencher la teste des espaulles ; car vous m'avés faulsée
vostre foy; et, me fyant en vostre foy, n'ay poinct faict de guet sur vous, et
secrettement avés espousez la royne Marie, sans mou sceu. " A quoy
respondit le ducque de Suffort, aiant belle peur et grande crainte : " Sire,
je vous supplie que vostre plaisir soit de le moy pardonner. Je confesse que j'ay
faict le plus mal du monde, mais, Sire, je vous supplie avoir regart à
amours que le m'onlt faict faire, et me submectz en vostre misericorde, vous suppliant
avoir mercy de moy."
Et
le Roy luy fist responce : " Je n'en auray de vous et vous metteray en bonne
mains, tant que j'auray advertis le roy d'Angleterre, mon frere, et sy le treuve
bon, et moy aussy. " Touttes foys, aulcuns souspectionnent que le Roy fist
par finesse, de peur que le roy d'Angleterre n'en fit grosse alliance aultre part.
Comment
monsr. d'Angoulesme, Françoys, premier de ce nom, fust sacrez roy de France
à Rains, en Champaigne.
Affin
que vous entendés, quant le roy Loys xije fut mort, tous les princes de
France se retirerent vers monsr. d'Angoulesme, et avoit ungne merveilleuse grosse
court à Paris, et quant et quant tous les princes chrestiens envoyerent
ambassades vers luy, et y vint ambassades pour l'Empereur monsr. de Nanssoz [Henri,
comte de Nassau] et monsr. de Sainct Py [Michel de Croy, seigneur de Sempy] et
pour le roy d'Angleterre nouvel ambassadeur maistre Bollant [Thomas Boleyn, père
d'Anne de Boleyn], lequelle apporta nouvelles que le roy d'Angleterre estoit content
du mariage de la royne Marie, sa sur, et du ducque de Suffort.
De
laquelle chose le Roy fut très content, car par se moyen il estoit asseurez
que le roy d'Angleterre n'en povoit faire grosse alliance aultre part ; et luy
fit faire le Roy despeche bonne de tout son douaire qu'elle avoit en France. Et
s'en retournit la dicte royne Marie en Angleterre avecque le dict ducque de Suffort
et demeurent le dessus dict maistre Boullant embassadeur pour le roy d'Angleterre.
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