Le sixième sens ?

qui n'existe pas dans La Dame

(voir la page 5 : "Huit tapisseries")

 

« Le mépris du corps est la conséquence de l’insatisfaction qu’on en éprouve. »

Friedrich Nietzsche, Fragments posthumes, 7.

 

 

« Toutes les religions coupent le désir. Dans toutes les religions, la femme est l’objet de cet emprisonnement. Les femmes disent : je suis humaine, je suis présente, je suis là.  […] Le problème du désir concerne évidemment les hommes autant que les femmes. Et cette réalité touche la littérature et l’art en général. »

Ali al-Muqri, journaliste et romancier yéménite, interview à L’Humanité du 29.12.2016.

 

 

« Il faut toujours écouter les gens qui se mettent à parler de peinture, ça les dévoile instantanément. Plutôt n’importe quelle abstraction que l’Olympia ou le Déjeuner sur l’herbe. »

Philippe Sollers, L’Éclaircie, Gallimard, 2012, p. 123.

 

 

- - - - - - - - - -

Bien sûr, il y a cette chanson XXVIII de Charles d’Orléans, père de Louis XII, que Perréal se récite en travaillant :

De leal cueur, content de joye,
Ma maistresse, mon seul desir,
Plus qu’oncques vous vueil servir,
En quelque place que je soye.

Tout prest en ce que je pourroye,
Pour vostre vouloir adcomplir,
De leal cueur, content de joye,
Ma maistresse, mon seul desir.

En désirant que je vous voye,
A vostre honneur et mon plaisir,
Qui seroit briefment, sans mentir,
S’il fust ce que souhaideroye
De leal cueur, content de joye.

Bien sûr, il y a Jean Gerson, qu’il a lu et qu’il va relire, et son sermon pour le quatrième mercredi de carême, daté du 8 mars 1402, sur l’éducation des six sens, « ces six disciples de vraye doctrine et bonnes meurs » : « les cinq sens corporels : l’oyeul, l’aoreille, la bouche, le nez, l’atouchement, et le cuer qui est dedans », ce dernier étant « le plus ancien et principal de ceste escole de l’ame ».

Mais surtout, il y a tous ces éléments que le génie de Perréal va lui dicter, non pris en compte depuis que les tapisseries sont à Cluny et qu’André Arnaud a remarqués, analysés, expliqués.

Qu’est pour moi le génie d’un artiste ? Le génie d’un être humain (d’une femme, d’un homme), en chaque discipline, chaque profession, est non point un "don" d’origine divine, une "inspiration" (d’un dieu quelconque, d’une muse, de l’Idée platonicienne…) mais le résultat d’un travail. Le génial pianiste de jazz Michel Petrucciani affirmait : « Je ne crois pas au génie, seulement au dur travail. » André Comte-Sponville l’écrit ainsi :

 C’est le désir qui produit l’œuvre, non l’œuvre qui "inspire" le désir. L’œuvre n’est pas l’objet du désir, mais son rêve. C’est le musicien qui fait la musique, non la musique qui fait le musicien… La création artistique n’est donc pas une révélation ; c’est une production. Créer est un travail, autrement dit une pratique qui transforme un donné en fonction d’un désir. Oui : le contraire de l’inspiration, c’est bien le travail .

Il s’agit d’une « esthétique matérialiste et ascendante », contraire à une « esthétique religieuse ou descendante. »

Si l’artiste produit, c’est qu’il transforme. Pas d’art sans matériaux, à la fois extérieurs (marbre, peinture, langage…) et intérieurs (perception du monde et de la vie, culture, souvenirs, fantasmes…). Mais cette transformation – qui est un travail, à tous les sens du terme – a pour effet de produire quelque chose qui n’existait pas .

L’œuvre ainsi conçue par l’intermédiaire des fantasmes est le résultat du désir et non pas son but.

Dès 1921, Albert Franck Kendrick, conservateur du Victoria and Albert Museum de Londres, propose le thème des Cinq Sens en rapprochant La Dame à la licorne des dessins d'une couverture suisse brodée datée de 1580 et d'une boîte anglaise brodée du XVIIe siècle appartenant aux collections du musée londonien. Il ignore alors l’existence de la Broche Fuller, le premier objet connu sur lequel figure une évocation de nos cinq sens, du nom de son dernier propriétaire qui l'a léguée au British Museum en 1952. C'est une broche ronde du IXe siècle en argent décorée d'incrustations d'émail noir – le nielle ou sulfure d'argent.

Si La Dame possède des airs de Moyen Âge finissant, la thématique des Cinq Sens ne dénonce pas le caractère éphémère et condamnable des plaisirs terrestres. Les trois singes représentés tout près de Mary (dans Le Goût et L’Odorat) n’y figurent plus les pécheurs médiévaux entraînés par leurs faiblesses ; déjà, le singe artifex incarne pour les théoriciens italiens de la Renaissance la figure du peintre et du sculpteur qui singent la nature

La Dame ne participe pas des méditations récommandées par Ignace de Loyola, dans ses Exercices spirituels. Pour le cinquième exercice de la première semaine centré sur une méditation de l’enfer, il sollicite les cinq sens avec l’aide de l’imagination, une heure avant le dîner : la vue pour « ces feux immenses et les âmes des réprouvés comme enfermés dans des corps de feu », l’ouïe pour « les cris, les clameurs, les blasphèmes », l’odorat pour « la fumée, le soufre, l’odeur d’une sentine ou de matières en putréfaction », le goût pour « des choses amères, comme les larmes, la tristesse, le ver de la conscience » et le toucher pour « ces flammes vengeresses ». Ou comment vaincre ses propres démons intérieurs, le diable étant l’émissaire du désir.

La liste des cinq sens « devient définitive avec Aristote qui fige la réflexion et crée des stéréotypes encore repris aujourd’hui » : « Les sens, en total et sans qu'il puisse y en avoir aucun autre qui mérite ce nom, sont au nombre de cinq : la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher » qu’il classe en « sens de la distance » (la vue et l’ouïe), « sens du contact » ou « de proximité » (le goût et le toucher), l’odorat étant perçu à mi-chemin.


« L’idée d’un sixième sens apparaît dès l’Antiquité, principalement chez les auteurs chrétiens avec une valeur morale. Ce sixième sens a pour particularité de ne concerner que quelques-uns et non d’être une référence commune . »

Quant au « sixième sens » avec lequel on travestit la signification de la tapisserie La Tente, je ne dirai que ce qui suit. Si Nicolas de Cues, mystique, théologien et cardinal allemand (1401-1464), soutient dans Le Tableau ou la vision de Dieu que « les sens doivent obéir à la raison » et que les désirs corrompus des sens (sensuum corrupta desideria) mènent à la chute : « Ô Dieu bienveillant, regarde-moi, moi qui suis marqué par la honte du misérable esclavage qui m'attacha à la lubricité répugnante des porcs ! » (chap. VIII) , il leur adjoint le sentiment, la raison, l’intelligence, le savoir, la compréhension et la parole « et semblables facultés ». Avec l’adjonction de la parole, il rejoint Raymond Lulle (Ramon Llull en catalan, 1232-1315) dont il est un lecteur assidu, lequel ajoute aux cinq sens traditionnels un sixième sens qu’il nomme Affatus , commun aux animaux et aux humains. Il lui consacre un livre intitulé Affatus écrit en 1294 à Naples.

" J’appelle ce nouveau sens affatus car il permet d’exprimer la conception que se fait tout le corps animé et sensible, selon la raison et l’imagination de l’être humain, selon l’imagination seulement chez les animaux. Ce sixième sens, actif, est plus noble que l’ouïe, qui est passive. Et par référence à Dieu, l’affatus surpasse en noblesse tous les autres sens car, grâce à lui, Dieu peut être nommé, alors qu’il ne peut être vu, ni entendu, ni senti, ni goûté, ni touché. "

Le lullisme, reconnu par Pic de la Mirandole, va devenir indissociable des mouvements hermético-cabalistes qui sous-tendent le néoplatonisme de la Renaissance. Cornélius Agrippa de Nettesheim est lulliste. Lefèvre d’Etaples, par son influence, permet la création d’une chaire de lullisme à la Sorbonne occupée par le franciscain Bernardus de Lavinheta.

Pour Charles de Bovelles, il y a une triple trinité dans les sens : « il y a donc trois sens pourvoyeurs : le toucher, le goût et l’odorat, et trois sens pourvus : la vue, l’ouïe et l’imagination ; trois choses enfin qui sont offertes et dont ceux-là alimentent, nourrissent et entretiennent ceux-ci : la couleur, la voix et l’odeur . »

Cette hypothèse du sixième sens n’est-elle pas, malgré tout, une façon détournée et contrainte de prendre en compte les éléments présents dans cette tapisserie non lus dans leur acception symbolique ?


. Cf. Jean-Patrice Boudet, La Dame à la licorne et ses sources médiévales d’inspiration, 2009.

. A. Comte-Sponville, Traité du désespoir et de la béatitude, p. 249-250.

. Ibid., p. 303.

. Dans le compte des animaux du fond et des îles, il ne sera pas tenu compte de ceux qui ont été tissées lors des diverses réparations du XIXe siècle et que signale P. Foutakis.

. Lydie Bodiou & Véronique Mehl, « Le corps antique et l’histoire du sensible : esquisse historiographique », Dialogues d'histoire ancienne, supplément 14, 2015, p. 151-168. Sur cairn.info. Aristote, Histoire des Animaux, IV, 8, 532b, 31-33.

. N. de Cues, De visione Dei sive de icona, (Le Tableau ou la vision de Dieu), 1453, traduction d’Agnès Minazolli, Cerf, 1986. Ses œuvres sont éditées en France en 1514 par Lefèvre d’Étaples.

. Affatus : du latin classique affatus ou adfatus : participe passé de affari (= adfari) qui signifie « parler à » ou substantif signifiant « discours », « paroles ».

. Charles de Bovelles, De Sapiente, (Le livre du Sage), traduit par Pierre Magnard, Vrin, 1982, p. 203.

 

- - - - - - - - - -

 

 

Depuis la découverte de La Dame au château de Boussac, celles et ceux qui s’en sont approché ont avancé leur interprétation. Après Zizim, (« l’empâté creusois »), sont apparus Jean IV Le Viste, la Vierge en personne, l’âme elle-même, le Roman de la rose (avec et toujours l’âme !), et encore un sixième sens qui habite le « cœur » de Jean de Gerson (1363-1429). Une tapisserie devrait pourtant déconcerter celles et ceux qui s’attardent à bien examiner chaque élément de la tenture, celle que l’on nomme bien à tort Le Toucher.

 

 

- - - - - - - - - -

 

Mais ce qui n'est qu'une simple hypothèse parmi une bonne dizaine d’autres est la seule retenue « officiellement ».

 

Si encore on proposait comme « âme » cette part matérielle de soi-même, primordiale, lestée de saine libido, incorporée si fortement à la chair, aux os, aux pensées, aux désirs, qu’elle en est la quintessence suprême.

 

- - - - - - - - - -

 

Si Jean Perréal (ou tout autre artiste créateur de La Dame) a pu avoir lu Jean Gerson, voire partagé ses idées, rien n’indique que les élucubrations de ce dernier soient présentes dans La Dame. Ailleurs peut-être oui, dans La Dame non.

La Chasse à la licorne du même Jean Perréal, oui, est religieuse, mais pas La Dame. A part l’anamorphose au sommet de la tente (un œil dans un triangle), aucun élément volontairement religieux dans les cinq tapisseries des Cinq Sens consacrées à Mary Tudor, reine de France. Dans la tapisserie Pavie où apparaissent Charles Quint et Anne de France entre autres, le faisan est une allusion à la défense de la chrétienté et à l'universitas christiana, la monarchie universelle.

 

https://es.wikipedia.org/wiki/Archivo:Sigmund_Grimm,_Augsburg,_Germany,_1520.jpg

 

À une vision verticale dirigée vers le haut, le divin, j’oppose  une vision horizontale qui observe attentivement les éléments concrets de chaque tapisserie. Aucune idée préconçue au départ de mon observation, rien que ce que je vois et que tout le monde peut voir.

 

On me nomme « surinterpréteur » comme Platon nommait « sophistes » ceux qui s’opposaient à sa philosophie verticale et dualiste qui relayait et nourrissait la pensée dominante.

 

 

1.3- Variations sur le même thème

 

Anne Davenport, « Is there a Sixth Sense in the Lady and the Unicorn Tapestries ? », The New Arcadia Review, Volume 4, 2010, Boston College.

 

Anne Davenport : son grand-père est Bertrand d'Astorg, auteur du très bon roman Le Mythe de La Dame à la licorne, Seuil, 1963.

 

Richard Kearney, « The Lady and the Unicorn: Hosting the Stranger » (“Recevoir l’étrangère”), The New Arcadia Review, Volume 4, 2010, Boston College.

 

 

 1.4- Quelques images sur le cœur

 

 

 Aurora Consurgens - Aurore buvant du sang (et pissant quoi ?)

 

« Des choses au-dedans de l’homme : L’art (l’alchimie) est encore comparée aux choses principales qui sont dans l’homme, à savoir le cerveau dans le froid de l'eau (le phlegme), le cœur dans le chaud du feu (le tempérament coléreux), le foie dans l'humidité de l’air (le tempérament sanguin) et la mélancolie dans les affaires de l'homme ou dans ses membres (…) Mais la cinquième force n’est ni chaude ni froide, ni humide ni sèche (…) et elle est appelée la vie, laquelle réunit les quatre et leur confère force vitale et perfection. » (Aurora consurgens, 2nd Traité, début XVIe siècle)

http://www.levity.com/alchemy/aurora.html

 

L'Aurora consurgens (littéralement aube naissante) est un traité d'alchimie en latin médiéval autrefois attribué à Thomas d'Aquin, enluminé de 37 miniatures à l'aquarelle. Le plus ancien manuscrit (Zürich Zentralbibliothek MS. Rhenoviensis 172), incomplet, date d'environ 1420. Une version complète date d'environ 1450 (Prague, Universitni Knihovna, MS. VI. Fd. 26). Le texte est en grande partie un commentaire d'un traité arabe Xe siècle, la Tabula Chemica de Senior Zadith Filius Hamuel (ou Senior Zadith, ou encore simplement Senior), c'est-à-dire l'alchimiste arabe Ibn Umail.

 

- - - - - - - - - - 

 

Vous désirez voir en vrai une âme et son cœur ? Les voici !

 

Loyset Liédet, L’Âme dialoguant avec son cœur, extrait du Mortifiement de Vaine Plaisance de René d’Anjou, Fritzwilliam Museum, Cambridge, Massachusets.

Le Mortifiement de vaine plaisance, « la Mise à mort du vain plaisir », est un traité de dévotion composé par René d’Anjou en 1455.

 

 

[Cette femme nue et ce petit lapin ou conin ! Cette source où boire, cette citadelle imprenable car bien défendue ! Voilà une sexualité bien maîtrisée ! Mais ce ventre rond ? Ah oui, j’oubliais : une convention du dessin (dessein ?) des femmes à l’époque médiévale ! Un canon de l’idéal de beauté féminine ?

« Baise m'encor, rebaise moy et baise […] Jouissons nous l'un de l'autre à notre aise » réclamait Louise Labé (v.1524-1566) en son temps dans un sonnet qu’elle conclut ainsi : « Et ne me puis donner contentement, / Si hors de moy ne fay quelque saillie. »]

 

 

- - - - - - - - - -

Seconde image : Qui aime bien châtie bien !

 

René d'Anjou: Le mortifiement de vaine plaisance

Cologny, Fondation Martin Bodmer, Cod. Bodmer 144

Parchemin · I + 70 + I ff. · 24.0 x 15.5 cm · France · vers 1470

https://savoirsdhistoire.wordpress.com/2016/02/21/le-mortifiement-de-vaine-plaisance-le-roi-rene-face-a-ses-vices/

 

Voir : Virginie MINET-MAHY, « L'iconographie du cœur et de la croix dans le Mortifiement de René d'Anjou et les Douze Dames de Rhétorique de George Chastelain. », Le Moyen Age, 3/2007 (Tome CXIII), p. 569-590.

L’auteure étudie l’une des sources possibles du texte de René d’Anjou :

«  Les liens sont multiples entre les deux œuvres. Celles-ci se présentent comme des dialogues et prônent le même retrait de la vie mondaine pour une vie intérieure. Dans le cas de la Mendicité, l’homme enseigne à l’âme la nécessité de se soustraire à l’attrait des plaisances terrestres (le terme de plaisance revient à plusieurs reprises dans le traité) pour se tourner vers une vie d’ascèse et de cheminement spirituel vers Dieu (sous les traits du mendiant qui cherche l’aumône spirituelle). Dans le Mortifiement, c’est l’âme qui se plaint de l’attirance du cœur pour les plaisirs terrestres. Crainte de Dieu et Contrition le convainquent qu’il faut purifier les désirs du cœur, notamment par des récits en paraboles. Elles le décident à monter vers un calvaire où les vertus Foi, Espérance, Charité et Grâce perceront le cœur de clous pour émonder le sang des pollutions charnelles. Le texte de René est donc dominé par l’image de la mise en croix du cœur, pôle mondain en l’homme, et prône une quête intérieure. […]

L’idéologie de l’imitatio Christi, de la pénitence et de la souffrance comme voie d’accès de l’homme à Dieu, du retour de l’âme à son image originelle, le retrait du monde, la solitude sont évidemment des thématiques prisées par Gerson.

[…]

Le cœur dans l’imaginaire du roi de Sicile est important. Mais il l’est aussi dans l’œuvre de Jean Gerson. Il figure au centre de la doctrine du chant du cœur comme théorie mystique sur le retour de l’âme vers Dieu en particulier dans le Tractatus de Canticis et dans le Canticordum au pèlerin. L’âme qui désire atteindre l’élévation spirituelle doit résonner comme le Verbe, le chant nouveau qui produit l’harmonie universelle. Le chant du cœur, instrument de dévotion, est ainsi organisé autour de la figure des cinq voyelles, les cinq notes de la gamme qui forment une croix dont le centre est le cœur (les voyelles correspondent aussi à cinq affections : joie, espoir, douleur, peur, pitié).

[…]

La croix qui résume le Verbe offre cinq points qui correspondent aux cinq voyelles, les cinq notes vocales qui doivent servir à l’exercice d’une méditation intérieure, pareille à une musique spirituelle. Cette musique intérieure cherche à atteindre la perfection harmonique qui est le Christ. »

 

Voir aussi  :

Joseph MORAWSKI, « La moralité du cœur et des cinq sens », Revue des langues romanes, 65, 1927, p. 71-85.

 

Robert BOSSUAT, « Jean Gerson et la Moralité du cœur et des cinq sens », Mélanges de philologie romane et de littérature médiévale offerts à E. Hoepffner, Paris, 1949, p. 347-360.

 

- - - - - - - - - -

 

 

Vous désirez un troisième cœur ? En voici un, de très peu antérieur à La Dame. Certains ont cru y voir le pinceau de Jean Perréal.

 

 

Triptyque de la cathédrale de Moulins, fin XVe-début XVIe

 (Un cœur, parmi d’autres éléments dissimulés dans les cinq panneaux de la peinture.)

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a5/Meister_von_Moulins_006.jpg  

 

 

- - - - - - - - - - 

 

Vous en souhaitez un quatrième, qui saigne aussi ? Le voici, contemporain exact de La Dame !

 

Sigismund Grimm, Les Cinq Plaies du Christ, gravure sur bois, 1521.

 

Source : Sigismund Grimm und Marc Wyrsung, Gebet und betrachtungen des Lebens des mitlers gottes und des mentschen unsers herrens Jesu christi, Augsburg, Allemagne, 1521. 

 

 

- - - - - - - - - -

 

 

Allez, un double pour terminer !

 

 

Frida Kahlo, Les deux Frida, 1939

huile sur toile, 73 x 173,5 cm, Musée d'Art Moderne, Mexico.

 

http://histoiredarts.blogspot.fr/p/frida-kahlo-les-deux-frida.html

 

 

1.5- la censure gersonienne

 

 

Je tire quelques renseignements d’un article de Jean-Marc Mandosio : « La fabrication d'un faux : l'Introduction à la rhétorique pseudo-lullienne », rhetoricen isagoge, Paris, 1515, Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, vol. 78, n°2, p. 311-331, Droz, 2016.

 

S’y trouve une précision d’une importance capitale pour notre propos quant au cœur : Jean Gerson, en tant que chancelier de la Faculté de théologie de Paris, fait interdire l’enseignement de la doctrine de Raymond Lulle.

Rien de bien neuf sous le soleil !

 

Raymond Lulle (v.1232-1315) a séjourné à Paris et certains de ses manuscrits y sont conservés. En 1286, il reçoit le titre de professeur d'université (magister) de l'Université de Paris où il réside jusqu'en 1289.

 

Dans les années 1510, un engouement pour la culture humaniste venue d’Italie et un renouveau de la doctrine lullienne apparaissent à Paris dus à Jacques Lefèvre d’Etaples (v.1450-1537), Charles de Bovelles (1479-1567), Bernardo Lavinheta (franciscain comme Raymond Lulle, arrivé du Béarn à Paris en 1514 et mort v.1530) et Jose Bade.

Lefèvre d’Etaples publie à Paris les écrits mystiques de Lulle en 1494 et les œuvres de Nicolas de Cues (1401-1464) en 1514 chez Jose Bade.

 

« Il s’agit ainsi, dans le sillage du projet éducatif et édifiant de Lefèvre d’Etaples, de concilier l’étude des ‘bonnes lettres’ avec la religion, tout comme le Docteur illuminé [Doctor Illuminatus : Raymond Lulle] avait su concilier l’encyclopédisme avec le mysticisme. Tout cela consolide l’idéal de ‘concorde’, cher aussi bien à Lulle qu’à Nicolas de Cues et à leurs héritiers parisiens, sans oublier Pic de la Mirandole (1463-1494) qui en avait fait son slogan, personnage que Lefèvre en particulier appréciait énormément. » (p. 327)

 

L’Introduction à la rhétorique, cet écrit fabriqué de toutes pièces et attribué à Lulle, qu’étudie Jean-Marc Mandosio dans son article, souligne la grande importance donnée à Raymond Lulle à Paris dès 1494 et ce jusqu’à l’année 1523.

 

Il n’y a donc aucune raison sérieuse pour privilégier l’influence des écrits de Jean Gerson et de laisser à l’écart celle de la pensée de Raymond Lulle.

Car si manifestement il n’y a aucun cœur dans La Dame, il y a au moins une parole ! Et quelle parole : « mon seul désir ».

 

 

2- D'autres "sixième sens"

 

2.1- La parole

 

Raymond Lulle (1232-1315) adopte la classification des tempéraments courante au Moyen Age qui remonte à Galien. Le corps humain est gouverné par quatre humeurs : la colère, la bile, le flegme et le sang et possède quatre facultés ou puissances : l’appétitive, la rétentrice, la digestive et l’expulsive. Mais Lulle ajoute aux cinq sens traditionnels un sixième sens qu’il nomme Affatus ou Effatus, commun aux animaux et aux humains. (Du latin classique affatus ou adfatus : participe passé de affari (= adfari) qui signifie « parler  à » ou substantif signifiant « discours », « paroles ». Dans Gaffiot : adfabilis (adfari), à qui l'on peut parler, affable, accueillant.)

Il lui consacre un livre intitulé Affatus écrit en 1294 à Naples. Il tient beaucoup à cet opuscule car il le cite dans une dizaine de ses œuvres. La première phrase en est : « Deus, in virtue tuse sanctitatis incipimus investigare sextum sensum quem appellamus affatum. » (Dieu, en vertu de ta sainteté, je  commence à  étudier le sixième sens que j'appelle affatum.)

L’Affatus est « cette puissance grâce à laquelle l’animal manifeste par la voix sa conception à un autre animal. » Son organe est la langue ; il se manifeste par un mouvement qui, né dans les poumons, passe par la langue et le palais pour former la voix. « J’appelle ce nouveau sens Affatus car il permet d’exprimer la conception que se fait tout le corps animé et sensible, selon la raison et l’imagination de l’être humain, selon l’imagination seulement chez les animaux. Ce sixième sens, actif, est plus noble que l’ouïe, qui est passive. Et par référence à Dieu, l’Affatus surpasse en noblesse tous les autres sens car, grâce à lui, Dieu peut être nommé, alors qu’il ne peut être vu, ni entendu, ni senti, ni goûté, ni touché. »

 

Le psychologue Jules Jean Van Biervliet reprend cette affirmation : « Le sixième sens est véritablement le sens qui parle. » (« Le sixième sens », Revue des questions scientifiques, 57, Louvain, 1905, p. 384-409.)

 

Le psychanalyste Pierre Solié écrit : « La parole (le verbe) devient un « sixième sens » qui ouvre un champ conceptuel (des idées, y compris platoniciennes) à notre existence et à notre expérience sensible. » (« Du biologique à l’imaginal », Science et conscience, Les deux lectures de l’univers, ouvrage collectif, Paris, 1980, p. 247)

Sixième sens donc, l’affatus, qui désigne la parole, en tant que faculté corporelle de communiquer sa pensée et ses sentiments aux autres, sur cette tapisserie même que dominent la parole du commanditaire (A barré) et l’artiste (P barré).

 

Armand Llinarès, « Sensibilité et caractère selon Raymond Lulle », Les Études philosophiques, Nouvelle Série, 16e année, N° 3, Actes du XIe Congrès des Sociétés de Philosophie de Langue Française : La Nature Humaine (juillet – septembre 1961), Presses Universitaires de France, p. 297-301. (sur internet)

 

Pour Constantin Teleanu, « la puissance affative découverte par Lulle ne diffère pas de la puissance interprétative – potentia interpretativa – admise par Albert le Grand et Thomas d’Aquin après Aristote, bien que Lulle déclare qu’aucun des anciens – inclusivement Aristote – ne connaît la puissance affative. » (Art du signe. La réfutation des Averroïstes de Paris chez Raymond Lulle, thèse Sorbonne, 2011)

 

Constantin Teleanu, Magister Raymundus Lull. La propédeutique de l'Ars Raymundi dans les Facultés de Paris, Paris, éd. Schola Lvlliana, 2014.

 

Nicolas Krebs (1401-1464 ; nommé encore Nicolas de Cues, Nicolas de Cusa ou le Cusain en raison de son lieu de naissance, Cues sur la Moselle) reprend à Raymond Lulle l'idée du sixième sens (sensum sextum) pour nommer le langage humain lui-même.

 

 2.2- Le sens interne,

le sentiment que l'on a de son propre corps

 

Le philosophe Michel Serres (Les Cinq Sens : Philosophie des corps mêlés - 1, Grasset, 1985) identifie un sixième sens, le sens interne, le sentiment que l'on a de son propre corps. « Une question intéressante se pose, concernant la sixième tapisserie, la seule portant un cartouche inscrit. Avons-nous cinq sens ou six ? ... Un sixième sens est nécessaire par lequel l'individu peut se retourner vers l'intérieur et le corps sur lui-même, un bon sens ou un sens interne. Une sixième île était nécessaire ... une tente représente cet intérieur ... » (p. 53), sens dont le rôle serait de percevoir l’intériorité cénesthésique des contours de l’intériorité du corps.

Pour Michel Serres, il est à chercher dans la tapisserie Mon seul désir où le cartonnier a pu le symboliser par la tente. Comment habitez-vous votre tente de peau ? Vous sentez-vous bien dans votre peau ? A l'intérieur de cette tente, nous avons le sentiment d'abord du toucher (qui est le sens prédominant car il concerne toute la peau ; dans chaque tapisserie, Mary, des deux mains, touche quelque chose) et ensuite du monde extérieur.

Dès qu'un organe est malade, on entend un appel venu de l'estomac, du genou… le corps crie et notre sixième sens perçoit ce cri de détresse.

Une tapisserie est une sorte de peau, un tissu vivant collé au mur. Sous notre peau, seraient visibles les terminaisons nerveuses, les vaisseaux sanguins… ; derrière la tapisserie, se voient les attaches, les nœuds, tout l'entrelacs des tissus.

Michel Serres voit dans cette tente dans laquelle Mary s’apprêterait à entrer une métaphore de l’enfermement du cogito et du langage. Evoquant l’inscription (lue incomplètement !), il écrit : « Depuis que cela est écrit, je désire… » (p. 57). Ce sixième sens devient aussi pour lui un lieu caché du désir que chacune et chacun tente de combler, en vain. C’est la loi du désir, du manque, que le langage essaie de cerner pour s’approprier son objet désiré, continûment en fuite, insaisissable.

Mais, malheureusement, Michel Serres reprend l’antienne erronée répétée à l’envi par les copieuses-colleuses et les copieurs-colleurs mal informés ou peu curieux, facilitant ainsi la fabrication d’une vérité révélée que des générations vont se contenter de reproduire.

Il classe nos sens dans l'ordre suivant : le toucher - l'ouïe - le goût - l'odorat - la vue - le 6e sens.

 

Paul Valéry, répond en écho dans L'Idée fixe (1931) : " Ce qu'il y a de plus profond en l'homme, c'est la peau en tant qu'il se connaît. […] Et puis moelle, cerveau, tout ce qu'il faut pour sentir, pâtir, penser… être profond, ce sont des inventions de la peau ! "

 

 

2.3- Le système immunitaire

 

Il se rapprocherait de celui de Michel Serres.

Le système nerveux et le système immunitaire parlent un langage biochimique commun et communiquent via un circuit bidirectionnel complet impliquant des ligands (molécules « liantes ») comme les neurotransmetteurs, les hormones et les cytokines.

 

André Bourguignon, L'homme imprévu : Histoire naturelle de l'homme. I, PUF, 1989.

 

Jean-Paul Lévy, La fabrique de l'homme, Odile Jacob, 1997.

 

Anne-Marie Filliozat, Gérard Guasch, Aide-toi, ton corps t'aidera, Albin Michel, 2006.

 

Alain Braconnier, Protéger son soi: pour vivre pleinement, Odile Jacob, 2010.

 

André Holley, Le Sixième Sens: Une enquête neurophysiologique, Odile Jacob, 2015.

 

J. Blalock, “The immune system: Our sixth sense”, Immunologist, p. 8-15, 1994.

 

A. Craig, “How do you feel? Interoception: the sense of the physiological condition of the body”, Nat Rev Neurosci, p. 655–666, 2002.

 

J. Blalock, “The immune system as the sixth sense”, Journal of Internal Medicine, p. 126-138, 2005.

 

Sheldon Cohen (2006), Thomas Alford (2007), Elliott Dacher (2014)

 

 

2.4- La mémoire

 

Pour Jean-Yves et Marc Tadié, la mémoire est le sixième sens de l'être humain, celui qui lui permet d'être ce qu'il est. Sans activité sensorielle, pas de mémoire. Mais sans mémoire, l’activité sensorielle ne serait que le défilement bruyant et stérile d’informations. La mémoire transforme cette succession de stimulations en souvenirs, apprentissages, culture.

Jean-Yves et Marc Tadié, Le sens de la mémoire, Gallimard, 1999.

 

Nicole Mazô-Darné, « Mémoriser grâce à nos sens », Mémoire et mémorisation dans l'apprentissage des langues, vol. XXV, n° 2, 2006.

 

 

2.5- Le fading de  Frédéric Dard

 

Frédéric Dard sème sa zizanie et présente un sixième sens qui a son siège un peu plus bas dans le corps humain. Au niveau du zigouigoui et du fouinozof. Dard fendard dans le fendard du père Dard ! Ça se trouve dans Ça ne s’invente pas, édition Fleuve Noir, 1973, p. 118-119.

 

" Je redoute ce qui va suivre, non ce qui est.
Mon septième sens qui m'informe, quoi ! Car, ignares et démunis du bulbe sont les connards qui croient que nous n'avons que cinq sens ! Outre l'ouïe, l'odorat, la vue, le toucher et le goût, moi je compte le fade et la prémonition.

L'organe du fade est celui de la volupté. Je veux bien que, d'une façon générale, les cinq premiers participent à la fiesta, ça oui, heureusement, mais ils n'y participent justement que d'une façon générale. Ne me racontez pas, gentils messieurs, que ce que vous éprouvez par l'intermédiaire de votre scoubidou à tête ravageuse ressort du toucher ! Ça n'a rien de tactile, mais alors rien de rien ! C'est fading. Ce mot, je l'invente. Le voici, prenez-le, il est désormais à vous. Et même si je me réfère au mot anglais fading, je suis ravi de constater que ce dernier tendrait à ratifier le mien. En effet, je lis dans le Robert la définition suivante : « fading : action de disparaître, de s'effacer ». Prendre son fade, n'est-ce pas disparaître ? N'est-ce pas s'effacer ? Disparaître pour rôder dans les coulisses du paradis ? Le fading, c'est l'extase. Il est notre sixième sens. Le plus délicat. Le plus suave. Le plus fragile. Je l'exige dorénavant dans les écoles. J'en appelle à mon ministre de l'Education Nationale. J'envoie une lettre recommandée à Larousse. Je somme Robert ! J'invite respectivement Messieurs les membranes de l'Institut. Je mobilise la Faculté ! Le Collège de France ! Tous mes amis du corps en saignant ! Notez : fading ! Le sixième sens de l'homme ! Apprenez par cœur : l'odorat, le toucher, l'ouïe, le goût, la vue, le fading. J'inspecterai, juré ! Ferai réciter en commençant par les profs. Six sens ! Qu'on se le dise, se le répète ! Six sens ! Pour le septième, la prémonition, on verra plus tard. Chaque chose en son temps ! Six sens ! Dès la maternelle faut inculquer ! Passer dans les campagnes, dans les usines, les boxifs, partout où les gens travaillent et n'ont point le temps de réapprendre. Y mettre des haut-parleurs. Six sens ! Le sixième étant le sens du fade, ou fading ! Six sens ! Interdite sur les antennes la diffusion du Cygne de Saint-Saëns, pour pas confusionner le peuple. L'extirper de la tronche, ce slogan idiot de nos cinq sens ! Et surtout, pas ratiociner, hein ? J' veux pas de galimatias, d'objections, de oui mais ... Par exemple, inutile de venir me dire que le sixième sens ne se révèle chez l'homme qu'à partir d'un certain âge, alors que tu vois, dans leur berceau, des bébés se caresser le gnougnouf avec leurs nounours en peluche ! Même avant la vue, il manifeste, le fading ! Avant de reconnaître Môman ! Tout cela étant dit et, je l'espère, bien dit, j'en reviens à mon septième sens. D'accord, çui-là, pas tout le monde le possède. Moi qu'ai cette chance privilégière, je sais qu'on est en pleine pistouille tartinée merde sur ses deux faces. "

 

Nathalie Perreau, de son vrai nom Sophie Vieillard, (L’amour en soi, Ramsay, 1990) le dit moins crûment, au nom des femmes : « La jouissance est un sixième sens. Mon sublime pouvoir ». Dès les premiers temps, le mâle a eu vite fait de s’approprier la chose (das Ding) : contre Aristote, saint Jérôme, saint Augustin et Albert le Grand (au XIIIe siècle) qui avancent que le plaisir féminin n’est pas essentiel à la fécondation, le médecin grec Galien (129-216) oppose que le plaisir féminin est bien utile à la fécondation, thèse reprise par les médecins et les théologiens des XVIe et XVIIe  siècles.

 

La jouissance sexuelle, la plus sublime des paroles pour appréhender son corps et le monde et l’énoncer par hautes voies.

 

 

anne de beaujeu, anne de bourbon, anne de France, antoine le viste, Apocalypse Angers athena, boussac, brandon, charles brandon, charles quint, charles v, chasse a la licorne, cinq sens, claude de France, cloisters, connetable de bourbon, dame, duc de suffolk, françois 1er, george sand, gout, henri VIII, henry VIII, jean le viste, jean Perréal, jehan de paris, le viste, licorne, lion, louis XII, louise de savoie, marie tudor, mary tudor, minerve, miroir de naples, chambord, musée de cluny, nombre d'or, odorat, ouie, pavie, Perréal, perréal, Pierre de beaujeu, La rochefoucauld, hardouin IX de Maille, Louis 1er d'Anjou, Grégoire XI, Urbain VI, Francesco Petrarca, François Pétrarque, Catherine de Sienne, Brigitte de Suède, Avignon, palais des papes, comtat venaissin, prosper merimee, suffolk, tapisserie, tenture, vue, connetable von bourbon, das sehvermögen, das zelt, der dame à la licorne, der gehörsinn, der geruchssinn, der geschmackssinn, der tastsinn, einhorn, einhorndame, franz den ersten, herzog von suffolk, karl v, löwe, mein einziges verlangen, museum von cluny, spiegel von neapel, tapisserien, anne of bourbon, anne of france, claude of france, connetable of bourbon, duke of Suffolk, francis the 1st, golden section, hearing, jehan of paris, louise of savoy, mirror of naples, musee of cluny, pavia, sight, smell, tapestry, taste, tent, the hase of the unicorn, the lady and the unicorn, touch, unicorn, dama al unicornio, museo de cluny, tapicerías, museo de la edad media y de thermes de cluny, la caza al unicornio, el gusto, el oído, la vista, espejo de napoles, duque de suffolk, el olfalto, el tacto, la carpa, mi deseo unico, carlos v, condestable de borbon, atenas, la signora all'unicorna, tappezzeria, Jehan di Parigi, Claudia di Francia, François 1o, Museo del Medioevo, la caccia all'unicorno, la storia di Persée, il gusto, l'udito, regina bianca, Louise della Savoia, la vista, lo Specchio di Napoli, duca di Suffolk, l'odorato, il contatto, Pavia, Carlo V, Connétable di Bourbon