BRUGES

un lieu de tissage possible…

 

Antoine Le Viste eut des rapports avec Bruges. Le 10 décembre 1520, il est envoyé auprès du roi François 1er par le Parlement de Paris avec des instructions concernant le Conseil de Flandre et le procès de la Collégiale de Bruges.

Jean Perréal a peut-être découvert la ville lors de sa formation et de ses déplacements professionnels.

Erasme la nommait l'Athènes de l'Europe du Nord. " Ville à nulle autre pareille " selon l'humaniste Adrien Barlandus (1486-1538).
Son nom vient du norvégien ancien Bryggja signifiant quai. Bruges fut très tôt dans son histoire un port international. Au 9ème siècle, la ville était un centre d'affaires européen important tandis que son lien naturel avec la mer s'enlisait. En 1134, une grande marée fit apparaître un estuaire profond, le Zwyn, reliant la mer à l'actuelle ville de Damme qui fut, avec Sluis, un avant-port de Bruges.

Bruges devint, au Moyen Age, le centre commercial principal du nord-ouest de l'Europe et une riche ville portuaire : industrie drapière, produits de luxe, artisanat multiple, banques brugeoises ou italiennes… Tout un terreau favorable à l'épanouissement et au développement de l'art et de la culture.

Une gravure de 1613 montre une ville - utérus close sur elle-même, évoquant la cité d'Utopia chère à Thomas Moore.

 

1- Bruges en 1613
2- frontispice de la première édition d'Utopia (1516) de Thomas More

Peu à peu, Bruges fut supplantée par Anvers, tout en restant un pôle régional conséquent dans le commerce et les arts. La scission des Pays-Bas, définitive en 1584, entraîna une activité plus modeste de la ville. Aujourd'hui, Bruges, par son prestige artistique et culturel, possède une dimension internationale qu'il faut découvrir.

Déjà au 13ème siècle, Bruges comptait une corporation de " hautes-liciers " dont la patronne est sainte Geneviève. Au 15ème siècle, Bruges est un centre important de production de tapisseries comme le prouvent les noms retrouvés de nombreux liciers. Les plus anciennes datables y furent tissées entre 1502 et 1506 : La Vie de Saint Anathoile de Salins, série de 14 pièces dont ne subsistent au Louvre que trois pièces, commandées à l'atelier de Jean de Wilde par le chapitre de Salins en Franche-Comté. Parmi les artistes de notre période, citons Jean Fabiaen (actif de 1469 à 1520), Gérard David (de 1460 à 1523), Ambroise Benson ( de 1519 à 1550), Lancelot Blondeel (1496-1561).

Au 14ème siècle, Bruges comptait 55 tapissiers et 105 au 15ème siècle mais leur production est de nos jours inconnue.

D'autres villes des Pays-Bas méridionaux étaient des centres importants : Bruxelles bien sûr, capitale incontestable de la tapisserie, Alost, Anvers, Audenarde, Enghien, Grammont, Louvain, Malines, Saint-Trond.

Deux centres picards voisins sont à mentionner : Arras et Tournai (en 1510, Antoine reçoit de cette dernière ville une tapisserie représentant saint Christophe, peut-être en paiement d'un service rendu : il est maître des requêtes depuis 1508). Anvers deviendra le passage obligé pour toute commercialisation et exportation.

Bruges comme le pense Marthe Crick-Kuntziger (" Un chef-d'œuvre inconnu du Maître de la Dame à la Licorne ", Revue belge d'Archéologie et d'Histoire de l'Art, t. 23, 1954) ou Bruxelles que retient Sophie Schneebalg-Perelman (" La Dame à la Licorne a été tissée à Bruxelles ", Gazette des Beaux-Arts, novembre 1967), étude où elle admet l'existence de 8 tapisseries et donne la paternité à un peintre français. (A signaler à la fin de cet article une bibliographie très complète) ?

La plus grande part des registres de la Guilde des liciers de Bruxelles qui aurait pu nous renseigner a été détruite au cours du bombardement de cette ville en 1695.

Plusieurs années, au moins trois ou quatre, ont été nécessaires pour le tissage des sept tapisseries initiales de La Dame, peut-être tissées en même temps sur sept métiers adjacents.


Je veux reprendre ici l'hypothèse de Marthe Crick-Kuntziger au sujet du peintre-cartonnier. La Dame paraît avoir été conçue par le même artiste que deux autres tapisseries :

Les Femmes illustres (ou vertueuses), dix pièces portant les armoiries du cardinal Ferry de Clugny, membre du Conseil de Philippe le Bon, chanoine d'Autun, évêque de Tournai de 1473 à 1483, mort cardinal à Rome en 1483, qui avait dû fuir la ville lors du siège par les armées françaises de Louis XI et se réfugier à Bruges de 1477 à 1482. La première représentait une femme trônant sous un dais dont les deux bâtons étaient soutenus chacun par une grande licorne en attitude de support. Elle évoque l'une des tapisseries de La Dame décrite de façon lacunaire par George Sand.
Ces tapisseries ont disparu en 1791 dans l'incendie du château de Thénissey (Côte d'Or) qui les abritait. Seuls huit fragments ont été sauvés et sont conservés au Musée de Boston. Celui représentant Pénélope devant son métier à tisser, ressemble étrangement à L'Ouïe : le visage, la coiffure et le vêtement de Pénélope rappellent la représentation de Mary.

L'Histoire de Persée présente elle aussi des similitudes frappantes avec La Dame : visages féminins (avec Mary du Goût), animaux (héron, faucon, faisan, genette, lapins…), le cheval ailé Pégase avec la licorne du Goût.
Les armes, de chaque côté de la tapisserie, sont celles de Charles Guillard et de son épouse Jeanne de Wignacourt. Charles Guillard (1456-1537) était un ami d'Antoine Le Viste, magistrat comme lui. Seigneur de l'Epichelière, il fut Conseiller, puis Maître des requêtes, enfin Premier Président du Parlement de Paris. Le château d'Arcy, propriété de l'oncle d'Antoine, Jean IV, passa ensuite aux Guillard et La Dame fut transmise par la fille d'Antoine, Jeanne Robertet, à sa propre fille, Marie, épouse du petit fils de Charles Guillard.

Cliché de Charles de Vaivre, dans Jean-Bernard De Vaivre, fig. 37 p. 133, « Autour de la Dame à la licorne et d’autres tentures II. Notes de méthodologie et études comparatives », Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, tome 94, 2015, p. 89-200.
https://www.persee.fr/doc/piot_1148-6023_2015_num_94_1_2136#piot_1148-6023_2015_num_94_1_T4_0133_0000

Persée est à gauche, chevauchant son cheval ailé ; il tient une épée et son bouclier à la tête de Gorgone. Cupidon est derrière lui, debout sur la croupe de Pégase ; il envoie des flèches vers trois nymphes se tenant dans la rivière issue de la source de Castalie.

(La fontaine de Castalie se trouve à Delphes, au pied du Mont Parnasse. Dans la mythologie grecque, Castalie ou Castalia est une naïade, fille du dieu-fleuve Achéloos. Poursuivie par Apollon, elle préfère se jeter dans une fontaine que de lui céder et devient la fontaine sacrée de Poséidon.)

 

Peut-on ajouter La Chasse à la Licorne des Cloisters de New York ?

Doit-on en conclure que le même artiste a œuvré pour ces familles en relations très étroites, séduites par la beauté de son style ? Et retenir, avec Marthe Crick-Kuntziger, la ville de Bruges comme lieu des tissages ?

Bruges fut un centre de tissage de verdures armoriées dès le 15ème siècle pour une clientèle française et italienne. Les millefleurs armoriées se tissent encore au 16ème siècle à Bruges pour des clients étrangers à la Flandre : une millefleurs illustrant la vie d'Abraham sur des cartons de Martin de Vos dans le dernier quart du 16ème siècle ; une millefleurs, visible à Londres, aux armes de Paolo Giovio, évêque de Côme, tissée entre 1543 et 1552. Le style des vêtements et des coiffures comme la présence d'un fond millefleurs ne sont aucunement des preuves de tissage avant 1500 ! (François Duret-Robert, "bLes Mille Fleurs ", Connaissance des Arts, n° 268, juin 1974). Léonard de Vinci, dans son Traité des peintures, déconseille au peintre de représenter les vêtements contemporains : " réserve-les pour les portraits semblables à ceux des morts ensevelis dans les églises, pour permettre à nos descendants de rire des folles inventions des humains, ou bien pour leur inspirer admiration pour leur beauté et noblesse. "

D'autres tapisseries à fond fleuri où se retrouvent la même technique et des coloris semblables font également mystère de leur lieu de naissance : La Chasse à la licorne des Cloisters de New York, Les Sept Arts libéraux (Paris, Boston, Göteborg), Narcisse à Boston, La Vie seigneuriale et Les Vendanges à Cluny. Il en est de La Dame comme de la plupart des tapisseries de ces temps anciens. Quelle en a été la genèse ? Tout nous est mystère : le nombre de tapisseries de la série originelle, l'artiste qui en a dessiné les cartons, l'atelier qui les a tissées.

Où dort le document qui identifierait l'atelier qui les vit naître ? A-t-il été détruit car devenu inutile et encombrant par les successeurs des manufacturiers qui avait pris commande du tissage ? Il faut attendre l'édit impérial de 1544 qui oblige les liciers à tisser les marques de la ville et de l'atelier dans les tapisseries, souvent dans le bas, partie la plus fragile et parfois retissée au détriment de la marque. En 1547, le collège échevinal de Bruges décide que la marque de la ville sera formée d'un B gothique couronné auquel s'ajoutera à la fin du 16ème siècle une broche de haute lisse. Pour Bruxelles, c'était depuis 1528 un écu rouge uni entouré de deux B (ceux de Brabant et de Bruxelles). La tapisserie Pavie a dû être tissée entre 1525 et 1528 si elle le fut à Bruxelles.

Parfois, voire souvent, les pertes étaient importantes : séries démembrées entre plusieurs propriétaires aux vents des héritages, tapisseries disparues à jamais sous les assauts de l'humidité, de la lumière, des guerres, des incendies, de la bêtise humaine quant aux œuvres d'art…

En une journée, un licier tisse une surface égale à celle d’une main. On compte 1 m2 de tissage par mois pour un seul licier soit environ 12 m2 en 1 an. La surface totale (environ 90 m2, voire plus) des 7 tapisseries initiales de La Dame demande environ 36 000 heures de travail, soit presque trois ans pour cinq liciers. Ces chiffres sont corroborés par Marie-Catherine Chassain, directrice de production des Ateliers Robert Four à Aubusson, ancienne licière et collègue de travail d’André Arnaud : « Les tapisseries de La Dame à la licorne étant très fines, je pense qu’à l’époque, il fallait entre 350 et 400 heures par m². »

Le temps de tissage dépendait du nombre d’heures de travail par jour et du nombre de jours de travail par an. Du lever du jour à l’arrivée de la nuit, durée variable donc selon les saisons (entre 8 à 9 heures en hiver et 10 à 12 heures en été), soit en moyenne 10 heures par jour pendant 280 jours (en défalquant environ 80 à 85 jours de fêtes, religieuses ou autres).

Quelques chiffres donneront l'importance de la place et de la production des tapisseries pour la période qui nous intéresse : les seuls bagages de Charles Quint, souverain itinérant, comportait 15 séries soit 96 tapisseries ; Marie de Hongrie, sa sœur, possédait 37 séries soit 254 tapisseries ; Philippe II, mort en 1598, 701 tapisseries ; Marguerite de Parme, morte en 1586, 213 ; Henry VIII fut l'un des plus grands collectionneurs de tapisseries de la Renaissance à l'image des papes, des autres souverains, princes, évêques, nobles, riches bourgeois.

Dans quelle ville et dans quel atelier La Dame à la licorne a-t-elle vu le jour ?

À Bruxelles ? C’est cette ville que retiennent André Arnaud et Sophie Schneebalg-Perelman dans une étude où elle admet l'existence de huit tapisseries et donne la paternité à un peintre français. La plus grande part des registres de la Guilde des liciers de Bruxelles qui aurait pu nous renseigner a été détruite au cours du bombardement de cette ville en 1695.

D’autres villes sont sollicitées, très prudemment : Tournai par Heinrich Göbel, Geneviève Souchal, Guillaume Janneau, Phyllis Ackerman, WilliamThomson et Maria Lanckoronska ; Arras par Carmen Decu Teodorecu, hypothèse que je ferais volontiers mienne comme permettent de l’envisager les lapins de la tapisserie Dame tenant un faucon conservée au MET de New York ; Bruges par Marthe Crick-Kuntziger et Guy Delmarcel .

Dans La Tapisserie flamande, Guy Delmarcel écrit : « Ces six tapisseries que le grand public considère généralement comme l'exemple type de l'art de la tapisserie, constituent cependant un des suites au monde les plus discutées et les plus contestées […] On a avancé les villes de Tournai, de Bruxelles et de Bruges. Personnellement, nous pencherions plutôt pour cette dernière, avec toutes les réserves d'usage. » (p. 54-55)

Jusqu’à Moulins pour Francis Salet et Pierre Verlet.

. M. Crick-Kuntziger, « Un chef-d'œuvre inconnu du Maître de la Dame à la Licorne ».

. G. Delmarcel, La Tapisserie flamande, du XVe au XVIIIe siècle, Imprimerie nationale, 1999, p. 55.

. L’Artois et la Flandre ne sont soustraits à la juridiction du parlement de Paris au profit de la cour de Malines que par les traités de Madrid en 1526 et de Cambrai en 1539.

Paris est en bonne place. Audrey Nassieu Maupas remet à l’honneur les artistes parisiens, liciers et peintres de « pourtraicts » et de cartons, et qui concourent à l’élaboration de tapisseries à Paris dans les années 1480-1550. Les textes étudiés « révèlent l’existence d’un marché considérable » et permettent « de considérer sous un jour nouveau la production parisienne de tapisseries de la première moitié du XVIe siècle » dont « les tentures religieuses représentent une grande part ». Elle conclut en soulignant qu’il « est indéniable que Paris abritait des artistes réputés dans l’art de la tapisserie et que la production locale était de qualité à justifier des commandes importantes. »
Ainsi des tentures de grand renom, La Vie de saint Jean-Baptiste d’Angers de 1516 pour Audrey Nassieu Maupas, l’Histoire de saint Étienne de 1503 exposée à Cluny pour Guy-Michel Leproux et éventuellement La Dame à la licorne pour Jan-Karel Steppe et Guy Delmarcel, auraient pu voir le jour à Paris : « Selon nous, cette série est un produit typiquement français et elle peut être replacée facilement dans le milieu parisien de l’extrême fin du XVe siècle . »

A. Nassieu Maupas, « La Vie de saint Jean-Baptiste d’Angers et la production parisienne de tapisseries à Paris dans la première moitié du XVIe siècle», Revue de l’art, n° 145, 2004 ; « Les tentures parisiennes de l’Histoire de Psyché au XVIe siècle », Psyché à la Renaissance, Brepols, 2013, p. 179-187.

G-M. Leproux, La peinture à Paris sous le règne de François Ier, Presses de l'université Paris-Sorbonne, 2001, p. 77-81.

J. K. Steppe et G. Delmarcel, « Les tapisseries du cardinal Érard de la Marck prince-évêque de Liège », Revue de l’art, n° 25, 1975, p. 42-43 et note 3.

 

Dans certains cas, comme pour la Chasse à la licorne, on oscille entre Bruxelles, Bruges ou Lille. Étonnamment, la possibilité d'une exécution à Paris ne fut que récemment envisagée, alors que les travaux de Catherine Grodecki et Thierry Dufrêne avaient, dans les années 1980, largement confirmé l'importance, pressentie par Guiffrey, de l'activité de lissiers dans la capitale. Et même si de très rares pièces peuvent finalement être reliées avec certitude à ces derniers, l'attribution à Paris, aussi bien pour les cartons que pour le tissage, de tentures aussi célèbres que la Chasse à la licorne ou la Dame à la licorne, est loin d'être absurde. Elle remplace avec profit la théorie de Guiffrey, tout en restant très proche géographiquement .

. A. Nassieu Maupas, « Guiffrey et la théorie des ateliers itinérants des bords de Loire »,p. 61-73, Arachné. Histoire de l'histoire de la tapisserie et des arts décoratifs, dir. Pascal-François Bertrand, Esthétiques du divers, 2016, p. 66-67.

La Dame a pu être tissée à Paris sans trop craindre les foudres royales alerté par la présence de Mary. Montrer François d’Angoulême en colère parce que Mary subtilise des perles au trésor royal, Louise de Savoie heureuse de voir enfin son fils accéder au trône de France, Claude dans toute sa beauté, et François chevaleresque, désormais reine et roi de France, n’avait rien de condamnable. Mais la tapisserie Pavie qui expose François Ier dans sa geôle madrilène sous l’aspect de cinq animaux enchaînés en présence de Charles Quint en personne pouvait assurément déclencher l’ire du clan Angoulême. Le tissage de cette tapisserie loin de Paris était recommandé, ce qui pourrait expliquer le changement de tonalité du fond rouge.

Mais il n’est pas permis d’attribuer un lieu de tissage sans l’autorisation expresse de documents d’archives relatifs à la tenture ou la tapisserie considérée. L’examen des œuvres ne peut seul le permettre, si elle ne possède pas la marque de l’atelier.

http://bruges-la-morte.net/wp-content/uploads/Choice.pdf

 

Les Heures Bleues d'Anthoine Le Viste

(extrait du roman)

*

Plus tard dans cette année 1520, en décembre, le président Jean de Selve m’a envoyé auprès du roi François avec des instructions concernant le Grand Conseil de Flandre et le procès de la Collégiale de Bruges. C’est auprès de notre Parlement de Paris qu'étaient alors introduits les appels en provenance des deux comtés de Flandre et d’Artois. On perdit la main quand Charles Quint étendit impérialement la sienne sur ces terres qu’il revendiquait comme anciennes possessions de son arrière-grand-père Charles le Téméraire.

Au début de l’année suivante, j’ai dû me rendre à Bruges écouter les doléances des uns et des autres et trancher le différend. J’étais un veuf récent et Bruges m’a été un baume sur une plaie encore sensible. Marie et moi avons arpentée cette ville close sur elle-même comme un sang régénéré emprunte chaque artère et chaque veine portant à tout le corps l’éveil d’une santé nouvelle. Marie et non Mary. Marie, une amie chère qui avait accepté de m’accompagner prétextant une parentèle à visiter dans cette Venise du Nord ainsi que l’a nommée Érasme.

La chapelle de saint Basile en l’église du Saint-Sang a été une des stations de notre via crucis brugeoise. Un cristal de montagne évidé garni de montures en or nous avait été recommandé. Selon la légende, le sang du Christ y reposait depuis Son grand abandon et Sa grande détresse. Je me souviens encore, comme un miracle…

Non, juste un rai de lumière tombant sur Marie. Pas encore fleuve mais simple ruisseau au proche de sa source. Je l’ai vu sourdre du vitrail, et tout de suite, instinctivement, j’ai su qu’il allait inonder Marie de sa douceur de miel. Il en avait la couleur, la consistance. Cette lumière naissante vivait. Elle emplissait Marie de beauté et de paix. Se sentait-elle touchée, illuminée, par cette manne céleste ? Aux premiers instants, je ne le crois pas, son regard capté par la découverte de la chapelle. Je m’étais reculé, je la regardais, ravi, en extase comme elle aurait dû l’être. Peut-être l’était-elle. Quel hasard bienheureux l’avait placée là, sur cette chaise vouée à cette coulée d’ambre chaleureuse ? Quel peintre brugeois avait convoqué ce don solaire pour cette mise en exergue dans ce chœur consacré ? Ni Salomé, ni Sirène, ni Sémélé, ni Sapho. Marie, simplement. Dans l’attente improbable d’une transsubstantiation.

Le sang christique allait nous être présenté. Je percevais une tension de tous. Un frémissement sourd. Une attente contagieuse. Les événements se précipitaient. Trop de signes, perçus par certains d’un au-delà auquel je ne croyais déjà plus. Pour qui ces signes ? Pour Marie, pour moi ? Ou bien un rituel qui se jouait ici, tous les jours, vers dix heures trente du matin… Revenir le lendemain et observer, impartial ? Non. Ne pas briser, surtout, le cristal de l’instant. Demeurer charmé. Contempler de toute son âme rédimée. S’en souvenir, plus tard, aux heures douces ou noires, vision d’espoir et de quiétude.

Nous sommes aussi allés saluer mes tapisseries qui prenaient formes et couleurs dans un atelier de la ville. Jean en avait confié la réalisation aux liciers de damoizelle Katherine Hasselet, l’épouse de Jan de Wilde. Le travail était bien avancé. Le chatoiement des couleurs et la douce chaleur de la laine m’ont plongé dans des abîmes de tendresse. Mary y songeait déjà au mitan de ses îles dérivant dans le ciel garance. J’ai dû attendre encore quelques mois avant de recevoir à Paris, secrètement, mes sept tapisseries ; je pouvais enfin retrouver Mary et partager à nouveau ses joies, ses malheurs et ses peurs.

Qui n’a vu Bruges ne peut mourir heureux. Nous semblions, Marie et moi, avoir découvert la cité d'Utopia que Thomas More enferme dans son île-cocon protectrice.

Je viens d’apprendre son arrestation et son enfermement à la Tour de Londres. C’était le 17 avril dernier de cette année 1534. L’hallali commence.

 

 

 

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