LA DAME,
" demeure alchimique " ?
Car
c'était un spectacle digne de contemplation et de désir, que ces
magnificences du ciel, révélations du Dieu encore inconnu, et cette
somptueuse majesté de la nuit, éclairée d'une lumière
pénétrante
|
Sage
pierre, Amour, fait de boue or précieux, Rentre
en toi-même, ami, cette pierre des sages, Trône
et tente de Dieu sont les noms qu'on lui prête, Pour
monter jusqu'aux cieux, il te faut, pèlerin, Angelus Silesius, Le Pèlerin chérubinique, 1656 |
" L'alchimie constitue comme un courant souterrain accompagnant le christianisme qui, lui, règne à la surface. A l'égard de ce dernier, elle se comporte comme un rêve par rapport à la conscience et, de même que le rêve compense les conflits du conscient, l'alchimie s'efforce de combler les lacunes que laisse subsister la tension régnant entre les contraires dans le christianisme. L'axiome de Marie la Prophétesse (" L'un devient deux, le deux devient trois et du trois sort l'un comme quatrième ") en est probablement l'expression la plus pertinente Dans cet aphorisme, entre les chiffres impairs de la dogmatique chrétienne s'insèrent les chiffres pairs qui signifient le féminin, la terre, le monde souterrain, le mal lui-même. Ces derniers sont personnifiés par le 'serpens mercurii' (serpent mercuriel), le dragon qui se crée et se détruit lui-même, et qui représente la 'prima materia' (matière originelle). Cette conception fondamentale de l'alchimie renvoie au 'tehom' (tohu-bohu) (Genèse 1,2), à Tiamat aux attributs de dragon et, par là, au monde matriarcal originel qui, dans la théomachie du mythe de Marduk, a été vaincu par le monde paternel. L'évolution de la conscience vers l'aspect masculin, d'une telle importance pour l'histoire du monde, est tout d'abord compensée par l'aspect chtonien et féminin de l'inconscient. Dans certaines religions préchrétiennes déjà, on voit apparaître une différenciation du principe masculin sous la forme d'une spécification père-fils, transformation qui atteint à sa plus haute signification dans le christianisme. Si l'inconscient était simplement complémentaire, il aurait accompagné cette métamorphose de la conscience en mettant en relief la mère et la fille (en face de la trinité Père-Fils-Saint-Esprit du christianisme) et il aurait pu trouver toute la matière nécessaire dans le mythe de Déméter et Perséphone. Mais comme le montre l'alchimie, il a préféré le type Cybèle-Attis sous la forme 'prima materia'-'filius macrocosmi' (fils du macrocosme) (c'est-à-dire du Mercure). Ceci met en évidence le fait que l'inconscient n'agit pas simplement en opposition au conscient, mais qu'il se comporte plutôt comme un partenaire ou un adversaire, modifiant plus ou moins l'attitude de la conscience. " (C.G. Jung, Psychologie et alchimie, pp.33-35) http://www.alchemywebsite.com/index.html http://www.levity.com/alchemy/emb_heart.html
" En tant que vision du monde fondée sur les correspondances et " sympathies " unissant macrocosme et microcosme, l'hermétisme connut en effet en Occident, entre le 14ème et le 17ème siècle, un glorieux renouveau, antérieur puis parallèle à ce qu'on nomme classiquement Renaissance, où est censée avoir été modelée la figure de l'homme moderne. Y aurait-il donc eu deux manières de " renaître " dont l'une, rationaliste et humaniste, aurait finalement éclipsé l'autre, opérative et hermétisante ? " écrit Françoise Bonardel (La Voie hermétique, Dervy, 2002)
Francesca-Yvonne CAROUTCH (Le Mystère de La Licorne, à la recherche du sens perdu, p.361) écrit : "La Dame, vierge comme la forêt, est la manifestation de la Sophia, de la Shakti, de la Shekinah, c'est-à-dire de la Sagesse et de l'éternel féminin. Cette divinité des forêts est aussi l'âme de la chevalerie. Elle se dépouille de ses joyaux pour s'absorber sous la tente de la présence divine. La devise "A mon seul désir" signifie que le désir de la créature est accordé à celui des étoiles. Le terme désir provient de l'étoile, comme sidéré, sidéral. Ces tentures dont les protagonistes sont la Dame (Materia Prima), la Licorne (Mercure) et le Lion (Soufre) sont souvent analysées comme une Demeure Philosophale, un Logis Alchimique, ou un Mutus Liber."
L'histoire
de Mary est conçue sous la forme d'un septénaire évoquant
sept événements importants de la part française de sa courte
vie. La part d'ésotérisme occidental qu'a réservée
Jean Perréal dans La Dame a conservé de l'hermétisme
alexandrin le schéma de la chute et de la réintégration,
schéma repris par la fable religieuse d'Adam rédimé par Jésus.
Page suivante, sera étudiée le " traité " sur l'alchimie dont Jean Perréal est l'auteur, un long poème de 1 800 octosyllabes, Complainte de Nature à l'Alchimiste errant, écrit en 1516 et dédié à François 1er. Les dix-neuf premiers vers forment en acrostiche Jehan Perréal de Paris. Ce texte fut longtemps intégré au Roman de la Rose de Jean de Meung. L'alchimie se réduit-elle pour Perréal au principe de pureté ? Son admonestation préliminaire à l'adresse des mauvais alchimistes, les " souffleurs ", visait sans doute les faux-monnayeurs. Perréal a-t-il fréquenté le laboratoire et ses fourneaux ? Ou bien " l'alchimiste " Perréalien n'était-il (et c'est beaucoup) que l'artiste, le créateur, qui uvre à la permutation de " la matière commune de l'esprit humain " en " noble or ". La vierge, la licorne, le miroir, l'or, le soleil, la lumière forment le vocabulaire de cette transformation et l'inspiration divine, sa grammaire. L'artiste, divinement inspiré, devient créateur à l'instar de Dieu le Père qui a cédé sa puissance de création à la nature. Dans son long traité alchimique, Perréal recommande au bon alchimiste de tenter d'imiter la Nature. Foi naturiste pour qui l'enfournage de la matière qui deviendra en 9 mois de lente cuisson la pierre philosophale est identifiable à la procréation naturelle, animale ou agricole. L'art, à son tour, peut-il uvrer comme la Nature ?
Picatrix, traité de magie médiéval
La représentation allégorique de la Nature symbolise la part féminine et maternelle de la création. L'alchimiste se doit de respecter les lois de la nature, même si son entreprise pour réaliser le Grand uvre opère une accélération, voire une amélioration des processus naturels. Le dossier élevé du siège évoque la recommandation alchimique : " dissous et coagule " ainsi que le motif de la génération naturelle faite de naissances, de morts et de renaissances que la double spirale formalise. De nombreux éléments de l'illustration portent des mots ou expressions en latin.
Le Koré Kosmou (ou Pupille du monde, discours d'Isis à son fils Horus), en sa partie XXIII, 9-13, mentionne ainsi le mythe de la création que résume Françoise Bonardel : " à l'origine, le monde était seulement divisé en deux : le monde d'en dessus, immortel, immuable ; et celui d'en dessous, ignorant Dieu. Dans un élan d'amour à son égard, Dieu sourit et dit : 'Que Nature soit !' et un objet féminin de toute beauté jaillit de sa voix. Reconnaissant sa soumission au Père, Nature s'unit à Labeur et met au monde Invention. Dieu remplit alors toutes choses créées de mystères, et les place sous la protection d'Isis ". Elle ajoute plus loin : " Aussi peut-on parler d'une sorte de 'dialectique' des rapports de la Nature et de l'Art puisqu'attendant de l'homme qu'il la délivre de sa matérialité obscure, la Nature n'en est pas moins la médiatrice du perfectionnement humain. " Le Dialogue entre la Nature et le Fils de la Philosophie, traité attribué à Egidius de Vadis et édité en 1595 à Francfort par l'Alchimiste Bernard-Gabriel Pénot du Port, est un discours initiatique dans lequel la Nature engage l'Alchimiste à réfléchir sur le magistère en prenant son uvre en exemple et en observant comment elle gouverne par la mesure et la proportion des éléments. Au Fils qui annonce : " J'ai l'intention de produire le Soleil et la Lune " (c'est à dire l'or et l'argent sous les traits du Lion et de la Licorne), la Nature recommande : " Il n'en est pas de cette Science comme des autres, car elle ne doit pas être enseignée à tout le monde et il est peu d'hommes qui soient dignes d'une si grande faveur. Ainsi on ne doit, selon l'usage des Anciens, la communiquer que par des énigmes, des paraboles, des figures et autres semblables. "
Une illustration, extraite du traité Aurora Consurgens, présente une image alchimique de ce processus. Le cavalier de gauche, " solaire ", est le moi conscient. Le cavalier de droite, la lune, représente l'inconscient. Leur confrontation est celle des deux composantes de la personnalité. Dans
Alchimie, Etudes diverses de Symbolisme hermétique et de pratique Philosophale,
J.J. Pauvert, 1964 et 1978, Eugène Canseliet
écrit : " Délicieusement moulée dans sa robe verte,
parée de gemmes et de bijoux somptueux, comme le doit être une reine,
l'unique Dame élue, qui concentre et accapare toutes les pensées
du sage, maintient, par surcroît, la lance de joute dressée,
sa bannière flottante, de gueules avec bandes d'azur, meublée de
trois croissants chers à Diane de Poitiers. Cabalistiquement, il importe
d'entendre : la lune de poids tiers, pour la raison que, le sujet étant
d'excellente qualité et convenablement préparé, la fraction
mercurielle, qui en est recueillie à la fin de la première opération,
pèse, à peu de chose près, trois fois moins que la totalité
engagée au début. Et en commentaire de la reproduction du Toucher actuel, il note : " La main doit être experte et pure pour la manuvre de cette verge, dont dépend que l'eau mercurielle et lumineuse jaillisse du rocher. " Comment le comprenez-vous ? Pour la simple raison qu'il est l'auteur d'un ouvrage longtemps reconnu comme un classique de la littérature alchimique, Complainte de Nature à l'alchimiste errant, peut-on écrire que Jean Perréal était un féru d'alchimie ? Grand Initié ou simple souffleur repenti, Adepte conséquent ou simple compagnon de route curieux de tout, Philosophe ou spagyriste ? Il était en relations épistolaires avec Corneille Agrippa (Henricus Cornelius Agrippa ab Nettesheim, philosophe et médecin allemand, 1486-1535) alchimiste notoire et selon André Vernet, " Perréal écrivit donc un poème sur l'alchimie, pour l'attaquer assurément dans ses représentants indignes, mais plus encore pour défendre sa légitimité quand elle est pratiquée comme il se doit. Perréal n'est pas sceptique, il croit à l'alchimie, mais, comme tous les adeptes, à la sienne seulement. "
Et pour conclure : " Ainsi est complétée l'image de ce génie universel auquel rien n'aura manqué. Peintre, sculpteur, architecte, Perréal, comme les maîtres de la Renaissance italienne, joignit à ces divers talents celui d'écrire. Six manuscrits, sept impressions françaises, onze éditions au moins de la traduction allemande, trois de la version latine et une traduction anglaise ont assuré à son poème un public étendu et laissent soupçonner, sinon apprécier, l'influence que Jean Perréal, à notre insu, a pu exercer pendant plus de deux siècles sur la littérature alchimique de l'Europe et sur la poésie scientifique en France. "
James
Michel Cornudet (Collège du Grand Chêne)
(Interprétation alchimique de la dame à la licorne, lettre
inédite du 11 mai 1990, in Francesca-Yvonne CAROUTCH, Le Mystère
de La Licorne, à la recherche du sens perdu, Dervy, 1997, p.116-117)
interprète La Dame ainsi :
Après Simone Hannedouche, La Dame à la Licorne, essai d'interprétation, Cahiers d'études cathares, n°22, 1964, Albert Le Normand, Sur la symbolique de la tapisserie de La Dame à la Licorne, Cahiers de psychologie de l'art et de la culture, n°6, Paris, 1980 et La Loge Heptagone (La Dame à la Licorne, interprétation symbolique, La Maison de Vie, 2000) dont je recommande la lecture, je vais tenter (oser !) d'appliquer la " grille " alchimique sur chaque tapisserie pour une lecture complémentaire à celle, centrale, marytudorienne. |
1- Des éléments communs le
rouge
les
cinq éléments la
Licorne La Loge Heptagone écrit : " si le lion est associé au soufre philosophal, la licorne passe pour être l'un des symboles du mercure philosophal La licorne participe à la re-création de l'unité divine par l'union du mercure et du soufre, extrait de la 'matéria prima'. Comme 'unicorne minérale', elle peut aussi désigner le vitriol " Pour les alchimistes, la licorne blanche (liée au symbolisme du blanc) personnifie le mercure philosophal, l'un des éléments de base sans lequel aucune transmutation n'est possible. Fulcanelli, pour qui La Dame à la licorne constituait le chef-d'uvre hermétique du 16ème siècle, affirmait que les six tapisseries (successivement La Vue, L'Ouïe, Le Goût, L'Odorat, Pavie, A mon seul désir) représentaient allégoriquement les phases du Grand uvre dans l'affrontement répété d'une licorne et d'un lion blanc symbolisant la terre, la matière fixe, le soufre philosophal. L'ouverture du coffret à bijoux par la Dame, image de la sagesse divine, figurerait, dans Le Toucher (La Tente), la réalisation du Grand uvre. Pour Eugène Canseliet, alchimiste du 20ème siècle, " si la licorne, comme son nom l'indique, est la lumière naissante du mercure, elle est encore l'opération par laquelle les alchimistes, en fréquentes réitérations, recueillent et rassemblent cet ''esprit igné'', élevé au sein de la nature mercurielle Tout l'art [l'alchimie] est basé sur l'amour divin, par lequel le ciel s'unit à la terre, dans le chaste inceste du soufre et du mercure. " Dans sa préface au livre de Fulcanelli, Les Demeures Philosophales et le symbolisme hermétique dans ses rapports avec l'art sacré et l'ésotérisme du grand uvre (Pauvert, 1965), Eugène Canseliet écrit à propos du tombeau de Nantes de François II de Bretagne et Marguerite de Foix, parents d'Anne de Bretagne : " on ne saurait être surpris que cet artiste, à bon droit célèbre, eût imprimé un tel sens alchimique à sa merveilleuse composition funéraire Jean Perréal ne rejoint-il pas Nicolas Flamel et, de celui-ci, le livre fameux d'Abraham le Juif, lorsqu'il nous confie, quant au susdit livret de la Complainte de Nature, qu'il le découvrit dans un trou, au-dessus duquel était peinte une tête de mort, qu''il estoit fort vieil', et que l'écrivit 'ung esperit de terre et soubz terre'. " Il ajoute, en comparant les deux ouvrages : " on est alors très loin de l'extravagant empirisme dont Jean Perréal eut l'évident souci, qu'il fût nettement distingué de l'alchimie traditionnelle. " [ Observons quand même que Nicolas signifie victoire (du grec niké), Flamel : petite flamme (le Feu) et dame Perronelle : petite pierre (la Pierre Philosophale) ] Lambsprink, La Pierre philosophale, imprimé tout d'abord en latin (1599) puis en allemand (1625) avec 18 planches du Muaeum Hermeticum. De Lapide philosophorum, 3ème figure : le cerf et la licorne, symboles de l'esprit et de l'âme da la matière première, dans la forêt hermétique.
Rotulum hieroglyphicum G. Riplaei Equitis Aurati, London, Wellcome Institute MS. 692 : La licorne pourrait être un symbole thériomorphe réunissant le sabot du cheval et la pointe d'une lance. Ainsi le bourdon de ce pèlerin porterait les symboles de s(eau) par le sabot et de r(feu) par la pointe. Le bâton lui-même forme l'équivalent de la tige du caducée d'Hermès et le rouleau représente le double (animus : [Mercurius : Mercure philosophique ou double Mercure, dissolvant des Sages]. le
Lion Il symbolise le vif-argent (mercure) dans sa fonction corrosive de principe actif de nature masculine. En opposition, la licorne est le mercure alchimique que reçoit, réceptrice et passive, la jeune vierge. les
couleurs des robes successives de Mary Les Egyptiens représentaient Isis, la mère de tous les dieux, par le milan femelle. Elle était tour à tour déesse rouge, " dame à la robe rouge ", déesse noire, " souveraine et protectrice des morts ", déesse blanche, " Mère et Vierge à la fois ", les trois couleurs primordiales du Grand uvre Philosophique. Au 2ème siècle, Hippolyte la nomme " déesse aux sept robes ", ainsi que Mary dans les sept tapisseries initiales de La Dame ! Une belle femme en robe rouge, c'est Isis, Vénus, Hélène, Marie-Madeleine... la
flore les
arbres Ces troncs d'arbres ne sont-ils pas à regarder comme les colonnes d'un temple, comme les deux antiques colonnes gardiennes du Temple, bornes du sacré et du secret, voire de l'interdit, au seuil d'un autre monde ? les
animaux Les lapins symboliseraient la materia prima et indiqueraient les différentes phases de la lune qui guident l'alchimiste dans ses opérations. Lorsque le lapin est de face, il correspondrait à la pleine lune ; ses oreilles penchées à droite évoqueraient la lune décroissante, et à gauche, la lune croissante ; la nouvelle lune serait symbolisée par la pie. Le symbolisme
du lièvre et du lapin dans l'alchimie. La
pie,
convoquée trois fois dans La Dame, était consacrée
à Vénus. Cet oiseau était également sacrifié
à Dionysos-Bacchus car le vin délie les langues et rend les buveurs
indiscrets. Mais Dionysos n'est pas seulement le dieu du vin, c'est aussi celui
de la fécondité et de la végétation. Grasset d'Orcet
écrit de Hécate qu'elle était déesse triple, triade
lunaire : jeune vierge, nymphe et vieille femme. La jeune vierge était
représentée par le hiéroglyphe de la pie. " Partout
elle est la déesse de la germination et du réveil de la nature "
; appelée " la nouvelle expérience de la vie ", elle représente
" la victoire du principe humide sur le principe igné, elle a donné
naissance à la légende de la Pie voleuse. "
L'imagerie alchimique use abondamment de l'oiseau, de son aile et de son vol, pour y puiser la symbolique de sa volonté de transcendance. Le serpent désigne la départ de l'uvre et les autres animaux les phases intermédiaires, l'oiseau annonce le couronnement de l'uvre. " Un contresens plus général c'est celui qui consiste à attacher à la représentation de l'agneau une idée de douceur, de sacrifice. La lecture de I'Apocalypse déjà prouvait que le mouton peut jouer un tout autre rôle. Car il est en rapport avec le feu et cela explique pourquoi les chenets sont souvent terminés par sa tête. Puissance redoutable, il est signe de fécondité : Hermès Criophore était célébré en Béotie pour avoir détourné une épizootie emportant un bélier sur ses épaules et faisant le tour de la ville afin d'en écarter le fléau. Comme l'écrit André Virel, le bélier, c'est la puissance il est générateur du troupeau et il donne son nom à la machine qui permet d'abattre les portes et les murs des villes assiégées. " Dans le mythe en question - il s'agit de celui de la Toison d'Or - le bélier représente bien l'initiation: il est doué de verbe et de raison. Il symbolise la force psychique et sacrée, la sublimation". D'où son rôle en alchimie aussi.
Animal
du dieu Hermès, il est, par un de ces jeux de mots dont les adeptes sont
friands, le mercure des expériences. Et, lorsque le bélier, le mouton
ou l'agneau, peu importe en l'occurrence, est représenté au fronton
des églises du Berry, il s'agit évidemment d'un signe chrétien,
mais d'un signe alchimique, le tournoiement solaire des entrelacs de la croix
au sein de laquelle il se trouve se voyant répété par les
boucles de sa toison. Il y a là une double référence au Grand
uvre qui a pour but la recherche de l'or, ce qu'il ne faut pas comprendre
encore une fois au sens étroitement matériel du terme. C'est une
leçon de sagesse qui nous est apportée avant que nous ne pénétrions
dans l'édifice et dont l'origine se situe en deçà de la religion
actuelle. Premier signe du zodiaque, le bélier, qui se situe au moment
de la montée de la sève, apporte la vitalité et il contient
tout en lui, non encore révélé par l'épanouissement
végétatif. Il symbolise ainsi l'unité du Créateur
et de la créature, le chiffre de l'Universel pour reprendre l'étymologie
de l'alchimie, c'est-à-dire l'univers de Dieu. " les
îles Iles, comme Nicola d'Antonio degli Agli représenta Le mont Hélicon, en 1480, dans un manuscrit de la Bibliothèque vaticane. Cette terre céleste, massif montagneux grec en Béotie, est celle que la légende attribue aux Muses qui se réunissaient dans le bois sacré où leur sanctuaire s'élevait et autour de la fontaine Hippocrène ("la fontaine du cheval", la source que l'un des sabots de Pégase fit naître et où s'abreuvaient les poètes pour y puiser leur inspiration).
astrologue
du Moyen Âge
les formes Le croissant
de lune : hiéroglyphe de l'uvre au blanc, ou transmutation en argent,
qui précède l'uvre au rouge. |
« Pour parvenir au lapis, l'alchimiste devait choisir entre deux voies : l'une, la voie courte ou «sèche», où la dissolution de la matière a lieu sous l'effet de la chaleur extérieure et sous celui d'un « feu extérieur », l'autre, beaucoup plus longue, et qui ne menait au but qu'après mainte distillation. C'est cette dernière voie qui est illustrée ici. C'est Mercure, le mercure philosophal, qui y joue le rôle principal ; mais il ne s'agit pas du métal qui porte ce nom, il s'agit d’une substance mystérieuse dont l'origine est inconnue. C'est de cette substance qu'on extrait l'esprit matériel, le légendaire Azoth qui, en tant qu'agent de l'opus, prend son vol sous la forme d'une colombe. Tout comme pour les colombes que Noé avait lâchées pour voir si les eaux avaient diminué, son vol ne cesse que lors de l'obtention définitive du lapis. Dans cette série d'illustrations et dans d'autres encore, la colombe s'envole et se pose vingt-sept fois, et cela correspond au vol des vingt-sept alouettes dans le mythe de William Blake, qui incarnent les idées reçues. Ce n'est que le vingt-huitième vol qui amène l'illumination et l'essor de la pensée hors des limites étroites du creuset, qui se brise dès que le lapis est réalisé. Les commentaires qui accompagnent chacune des illustrations se réfèrent aux explications que donne Barchusen. Il ne fut, lui-même, jamais témoin d'une transmutation, et il ne cesse d'insister sur le fait que ce qu'il en dit n'est que spéculation. » Alexander Roob, Le musée hermétique. Alchimie & Mystique, Taschen, 1996. (traduction de Françoise Saint-Onge)
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3- Le Toucher
L'attitude
de Mary rappelle celle d'Hermès Trismégiste sur la mosaïque
de la cathédrale de Sienne (1488). Dans la main droite : le codex déclinant
les principales fonctions d'Hermès Trismégiste : législateur,
inventeur de l'écriture, philosophe et prêtre, tendu à un
'Oriental', sous le regard approbateur d'un homme 'Renaissant' (représentant
la foule des Philosophes, turba philosophorum). Dans la main gauche : une
inscription gravée tirée du Poimandrès, texte du Corpus
Hermeticum, relative à la prophétie sur la naissance du Christ. Les couvre-chefs par leur forme pointue rappellent le casque ailé du dieu Mercure. Pour
Zozime de Panapolis (alchimiste égyptien du 3ème siècle),
la licorne était le symbole du premier mercure : " un animal
s'appelle l'unicorne, qui reconnaît la pureté des vierges [
]
Nous avons pris la pierre d'escarboucle sur le front de l'animal, car on la trouve
sous la corne. " Le schéma est constant : une femme ou tout symbole
féminin porte le Graal, la coupe, la lampe à huile, la pierre. L'origine du motif de l'escarboucle au front de la licorne pourrait être d'origine arabe : Le Livre des 70 et le livre du Poisson de Geber (Jabir Ibn Hayyan, v. 721-815) relate le voyage fantastique à la recherche d'un mystérieux " médecin de la mer " qui porte sur le front une pierre possédant les propriétés de l'élixir et qui s'avère être une jeune fille. Elle porte donc sur le front une pierre qui a les vertus curatives de l'élixir (c'est un " médecin "). Défilons
davantage l'écheveau des ressemblances. Wolfram remplace la jeune fille
par la licorne qui, pour Zosime est le premier mercure appelé aussi "mercure
de fleuve ". Pour l'alchimie grecque, l'escarboucle est une pierre marine
car elle la fabrique à partir de biles d'animaux marins, poissons et cétacés,
et l'appelle " pourpre marine ". Cette " Dame de la mer "
qui porte la pierre d'escarboucle " pourpre " est structurellement semblable
à la Vénus porteuse de la coupe d'or. Le
thème de la pierre portée au front par la femme est un thème
courant au XIIè siècle. Alain de Lille dans de Planctu
Naturae décrit la Nature comme une femme d'une grande beauté
qui descend du ciel, somptueusement parée et vêtue. Elle porte un
diadème de pierres précieuses qui symbolisent les planètes
et le zodiaque. Sur le devant du diadème (donc sur le front de Dame Nature)
brillent trois pierres. Jean Perréal reprend ces thèmes dans la miniature de Complainte de Dame Nature à l'alchimiste errant, dans La Dame (la tapisserie Pavie) et dans La Chasse (la licorne morte à la corne cassée à sa base).
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4- "Le Livre des merveilles" Jean
Biès, dans son livre
important, Les Alchimistes, (Kiron-Philippe Lebaud, 2000, consacre à
la tapisserie Le Toucher-La Tente l'étude suivante (pp.77-78)
Parmi les " merveilleux jardins de laine et de soie " (Y. Caroutch) que sont les tapisseries médiévales, figure la Dame à la Licorne (xve siècle), exposée au musée de Cluny. La sixième, la plus justement célèbre, résume à elle seule la totalité de l'art alchimique. Sous une tente que dévoilent un Lion et une Licorne, la Dame sort d'un coffret présenté par une servante un trésor de joyaux, matérialisation de la pierre philosophale. Elle-même désigne la Materia prima, la substance universelle qui sert de base au travail de l'alchimiste. Mais elle peut être aussi considérée comme la personnification de la Sagesse, héritière d'Isis, debout entre Terre et Ciel, au milieu des dualités dont elle assure l'équilibre, et des deux animaux sauvages pacifiés et conciliés. Le Lion désigne la polarité mâle, le Soufre, autrement dit le fixe - Force et Lumière -, et la Licorne, la polarité femelle, le Mercure, autrement dit le volatil - Intuition et Grâce - réitéré par les oiseaux volant à l'arrière-plan. Sa corne est l'Axe du monde. La tente cosmique est un rappel de l'athanor. Elle exprime le vide central, aboutissement ultime de la quête. Elle porte à son fronton une inscription énigmatique: À MON SEUL DÉSIR, aux interprétations variées, mais dont la plus satisfaisante est celle qui insiste sur le rapport desiderium (" désir") et sidera (" astres ") ; d'où le sens " désir des astres", désir de la lumière philosophale, celui qui anime l'" homme de désir", comme l'appellera Louis-Claude de Saint-Martin. Les flammèches d'or qui descendent en pluie sur le bleu sombre du pavillon correspondent au " larmoir " de l'héraldique et signifient à qui doit tout quitter l'abandon des fausses affections et des folles vanités. La Dame ne prendrait pas alors les bijoux du coffret pour s'en parer, mais, s'en dépouillant, les y déposerait pour s'absorber tout entière dans la divine présence incluse dans la tente. Ces flammèches peuvent aussi symboliser des parcelles de l'Esprit céleste. Les arbres indiquent la profusion de Mère Nature, évoquent l'Âge d'or. Semées dans le vert de la prairie, des fleurs rappellent les couleurs des étapes alchimiques. Les lapins font allusion aux souterrains qu'il faut visiter, où ils serviront de guides - ce dont se souviendra Lewis Carroll dans Alice au pays des merveilles. Ils peuvent aussi suggérer leur propre fécondité, et par suite, la " multiplication " de la Pierre. Le singe, quant à lui, figure l'alchimiste, imitateur de Dieu. Des éléments orientaux relient l'alchimie à ses origines, plus spécialement arabes : les croissants de lune sur les hampes et les gonfalons, la coiffure à aigrette, la tente de style ottoman. L'ensemble est circonscrit par un ovale qui sépare du monde profane et forme une " île " : le jardin clos des Philosophes, le " ciel terrestre ", où se trouvent récapitulés les enseignements de l'Art royal. Le plus précieux d'entre eux pourrait bien être celui qu'on ne voit pas, caché entre fil et trame : l'indispensable patience nécessaire à l'alchimiste pour atteindre son but. Le lissier lui rappelle que pour réaliser un mètre carré de tapisserie, il lui a fallu un an de travail. " |
5- de l'Alchimie à la Franc-Maçonnerie L'alchimie
est la clef de la franc-maçonnerie.
"La
Franc-Maçonnerie, en deçà de sa généalogie
moderne, véhicule, inconsciemment souvent, une force bien plus fondamentale,
bien plus ancienne, bien plus invariante : un vieux naturalisme préchrétien
qui lui a permis de récupérer, tout au long de son histoire, les
messages des courants qui se sont opposés au dogmatisme inquisitorial de
Rome. On trouve, au fil de ses grades, l'hermétisme des alchimistes dans
les grades bleus, le kabbalisme juif et le rosicrucianisme dans ses grades rouges,
la chevalerie templière dans ses grades noirs". (p.227)
Les propos de Jean Perréal
sur la symétrie
L'alchimiste se veut aussi à Son égal après avoir accompli le Grand uvre, conquis la Pierre Philosophale et s'être élevé à la compréhension de l'intelligible. Les Francs-Maçons reprendront le symbole du compas à leurs prédécesseurs alchimistes. (Le Grand Architecte créant le Ciel et la Terre à l'aide du grand compas d'appareilleur, dessin d'après une enluminure d'une Bible française, v. 1220, Vienne) (Salomon et l'architecte du Temple de Jérusalem, avec l'équerre et le compas " serpentin ", Cathédrale de Reims, XIIIe siècle.) Comme ses confrères alchimistes-philosophes, Jean Perréal voulait-il se libérer de la domination de ses sens et (devenu magnum miraculum, grand prodige) parvenir ainsi à l'appréhension par l'esprit de la vie intelligible qui anime l'Univers ?
Les symboles religieux liés à la représentation du "
Grand Architecte de l'Univers " dont la Franc-Maçonnerie fait un large
usage sont déjà à l'uvre dans La Dame. -
le compas (symbole de la Vérité et de la Raison qui permettent
d'atteindre la compréhension de l'intelligible) que Perréal avoue
utiliser dans ses croquis à la recherche de " la divine proportion
" nommée dans le Timée de Platon et les écrits
d'Hermès Trismégiste. Il appartient aux 3 grandes lumières
avec l'équerre et le Volume de la Loi Sacrée. - les cordons qui tiennent la tente, liés au compas en ce qu'ils délimitent par leur angle une limite sacrée (le templum) - les croissants de Lune (et la licorne), le Soleil (le lion), l'ensemble de
la faune et de la flore, éléments de la Création crées
avant l'Humain - des trois couleurs : blanc qui synthétise
toutes les couleurs dans une symbolisme de l'unité et de la pureté
; le rouge du feu de la foi ; le bleu du sacré - des
formes géométriques : le carré, le symbole de la Terre
dans bien des cultures ; le triangle qui évoque la trinité
originelle : le corps, l'âme et l'esprit, ou encore le Père, le Fils
et le Saint Esprit. Le Delta lumineux est le triangle orné
d'un il qui surplombe l'Orient, la partie du temple située à
l'est, le lieu symbolique où officient le Vénérable,
l'Orateur et le Secrétaire. - le centre : où
peut s'inscrire l'il divin. C'est le lieu de quintessence où s'opère
l'harmonie de chaque être avec le cosmos dont les forces se concentrent
en ce point pour l'élévation de la pensée humaine. C'est
au (quasi) centre de chaque tapisserie que Mary tient son nombril, omphalos de
toute aventure humaine. - des animaux : le mouton ou l'agneau, évocation
de la pureté et de l'agneau pascal. - les arbres et les lances,
comme les deux colonnes du temple de Jérusalem. - les lettres (les deux barrées et les initiales des mots de la devise) à prendre comme des formules magiques. - les larmes de la tente, rappel de la condition humaine
Assemblée
des Francs-Maçons pour l'admission au grade de Maître
"Le récipiendaire est couché sur le cercueil dessiné dans la Loge, le visage recouvert d'un linge teint de sang. Et tous les assistants ayant tiré l'épée lui présentant la pointe au corps." http://www.bmlisieux.com/galeries/maconnerie/maconn01.htm http://www.eburgmasons.com/25gallery.htm
Pour découvrir le trésor caché (dans les contes et légendes), pour atteindre la Sagesse (la Pierre Philosophale enfouie en soi), il faut mourir à la vie profane (du latin profanus = hors du temple), descendre en la terre pour renaître immortel. Le terme ésotérique V.I.T.R.I.O.L. le dit expressément : Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem = Visite l'intérieur de la terre et en (te) rectifiant, (en mourant, en te dépouillant de ta vieille peau d'ignorant) tu trouveras la pierre cachée. Cette phrase est encore utilisée de nos jours dans les rituels symboliques de certaines sociétés initiatiques comme la Franc-Maçonnerie.
Peut-on
suivre l'explication de Louis Charbonneau-Lassay dans Le Bestiaire du Christ
pour comprendre la présence des larmes sur la tente de la tapisserie
du Toucher ? Les larmes de la tente sont peut-être les ancêtres des larmes de la symbolique franc-maçonnique visibles par exemple sur certains tapis et tableaux de Loges.
Ces larmes apparaissent pour
évoquer bien entendu la mort :
De
son côté, Victor Magnien, dans Les Mystères d'Éleusis
(Payot, 1950), écrit :
Quelques citations extraites du livre de Jules BOUCHER, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1998 : " L'il symbolise, sur le plan physique, le Soleil visible d'où émane la Vie et la Lumière ; sur le plan intermédiaire ou 'astral', le Verbe, le Logos, le Principe créateur ; sur le plan spirituel ou divin, le Grand Architecte de l'Univers. " " Le triangle évoque l'idée de la Trinité mais pas propre à la religion chrétienne. La Trinité se retrouve dans la plupart des religions. " (p.91) " Les larmes d'argent symbolise excellemment les rayons 'lunaires' qui vont aider l'impétrant à s'abstraire de l'influence 'solaire' physique, de l'activité factice. C'est dans la nuit, dans la 'noirceur très noire' des hermétistes, c'est-à-dire dans le silence et la méditation que l'âme s'albifie. Après la phase dite 'caput corvi', 'tête de corbeau', vient la phase de la blancheur éclatante. " (p.287) " Les lacs d'amour : en héraldique : 'cordon entrelacé dont les bouts traversent le centre et ressortent par le bas à dextre et à sénestre, en forme de houppe.' En formant ce nud (lacs d'amour), on figure bien les organes mâles et femelles, comme dans tous les nuds. " (p.173) La
grenade : Jean Boucher relève qu'elle symbolise la charité (graines
nombreuses), l'humilité (graines sous l'écorce), l'union des Chrétiens
dans l'Eglise (graines serrées), la fécondité de la génération
et de la richesse, la vulve (si ouverte), la sexualité (dans l'ésotérisme
antique : Babylone, Grèce, Syrie ; dans les cultes lunaires indien et tantrique).
Pour conclure, cette citation de Claude-Gilbert Dubois (Isomorphisme de deux constructions imaginaires : le Grand uvre alchimique et la Grande uvre de Dieu in Mots et règles, jeux et délires, p.221) à propos de l'alchimiste et l'historien de la Renaissance : "Or que découvre-t-il de lui sans le savoir, et que découvre-t-il à ses lecteurs modernes ? L'histoire de la matière ? L'histoire du monde ? Certainement pas. Il découvre la structuration de son psychisme en état de travail. Du magma originel des idées à l'édification méthodique d'une cohérence, en passant par les diverses opérations nécessaires à son développement : il rencontre le quatre ou l'exigence de totalité, il découvre le trois ou la démarche dialectique de l'esprit inventif, il rencontre l'alliance de l'animus et de l'anima, le sphinx dipien et les interdits structurants du Nom-du-Père." " L'uvre alchimique a pour essentielle mission de revaloriser ce qui est dévalué " écrit Gilbert Durand (Les Structures anthropologiques de l'imaginaire, Dunod, 1969), aussi bien la materia prima que Mary bien décriée de toutes parts. Sublimation alchimique, sublimation artistique, il s'agit du même processus.
Site
sur : La Dame à la Licorne, une tapisserie alchimique Émilie Granjon, Sémiogenèse de la symbolique alchimique. Étude des gravures de l'Atalanta fugiens (1617), thèse en sémiologie, université du Québec à Montréal, 2008. Un
autre exemple de " lecture alchimique " d'une uvre d'art : Michel
Cautaerts, Un couple et ses miroirs. Les Arnolfini, miroir d'alchimie, couple
d'individuation ? (Société Belge de Psychologie Analytique) |
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